LE LAC D'ALBUFERA
intermittentes, et nous ne pouvions, sans être pris de pitié, les voir travailler du matin au soir 1 pieds dans l'eau et la tête exposée à un soleil brûlant. 4 AIUPPS N c = S Ù re , .
C’est autour de la petite ville d'Albéric qu'on voit le plus d'arrozales ; un proverbe bien connu dans le pays fait allusion aux profits en même temps qu’à l’insalubrité de la culture du riz :
«Si vols vivre poc, y fer te ric, « Vesten à Alberic. »
C'est-à-dire : Si tu veux vivre peu, et te faire riche, va-t’en à Albéric.
Une animation extraordiaire régnait sur les bords de l'Albufera : la foule était déjà compacte; de nombreux groupes s'étaient formés çà et là, les uns cherchant un peu d'ombre sous les tartanas, d'autres, bravement installés au soleil, faisant honneur, avec la frugalité traditionnelle des Espagnols, à un déjeuner champêtre arrosé du vin noir qui sortait des outres de cuir sous la forme d'un mince filet.
La guitare et la cétara accompaonaient des chants Joyeux, en marquant le rhythme saccadé de la Jota aragonesa, où de la Rondalla valencienne.
Quant aux chasseurs, on les voyait çà et là occupés à préparer leurs armes, car on entendait dire de tous côtés que la grande battue, batida, allait commen cer. Vers le milieu du lac, nous
apercevions de place en place comme de grandes taches noires
qui s'étendaient sur plusieurs centaines de mètres de longueur;
c'étaient des bandes d'oiseaux
aquatiques, tels que des canards
sauvages, des macreuses, qu on appelle ici cercelas, et quantité d'autres volatiles d'espèces plus ou moins rares, qui se reposaient tranquillement à la surface de l’eau, sans se douter de la guerre acharnée qu'on allait