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la chevelure ébouriffée et grisonnante de la vieille gitana, se livrait consciencieusement à une chasse active, vrai devoir filial, tandis qu'un autre gitano à la mine rébarbative, à la peau couleur: de bistre, la tête coiffée d'un foulard tombant derrière la nuque, se tenait gravement en arrière du groupe, contemplant d'un air sérieux et indifférent une scène à laquelle il paraissait habitué,
Nous avions recommandé à notre calesero de se tenir prêt dès le lever du soleil, afin d'arriver à Lorca avant la chaleur du jour. La contrée que nous traversämes manque absolument d'eau ; aussi est-elle poudreuse et desséchée ; nous sortimes de la galère complétement poudrés à blanc par la poussière du chemin, comme si nous avions fait vingt lieues, tandis que nous venions d'en
faire à peine cinq ou six.
Lorca est une grande ville, à l'aspect sauvage, aux rues tortueuses et escarpées ; on estime sa population à quarante-cinq mille âmes, chiffre qui nous parut exagéré, autant qu'un séjour peu prolongé nous permit d’en juger. Au-dessus de la ville s'élève un monticule couvert de cactus et d’aloès, le Monte de Oro, au pied duquel coule, — quand elle a de l'eau, — une rivière appelée el Sangonera, ou de son ancien nom arabe e/ Guadalentin, qui va se jeter dans le Ségura, la rivière de Murcie. Sur les pentes du Monte de Oro est bâtie la vieille ville arabe, dont il reste encore des tours carrées et des murs crénelés en briques d’un ton rougeûtre; c’est dans cette partie de la ville qu'habitent les gens pauvres et les gitanos. La partie basse, située sur l'autre rive du Guadalentin, est beaucoup plus propre et mieux bâtie ; en revanche, les grandes rues modernes qui viennent aboutir à la Plaza Mayor n'ont aucun caractère particulier. Lorca n'est pas très-riche en monuments : c’est à peine s’il faut citer la cathédrale, sous l'invocation de san Patricio, grand édifice corinthien froid et correct, et une petite église gothique, appelée Santa Maria comme celle d'Elche. L'Alameda, qui s'étend sur le bord de la rivière, est une promenade agréable, après la chaleur du jour seulement, car le climat de Lorca est un des plus chauds de l'Espagne. Nous aperçümes, en nous promenant dans la Corredera, un pilastre antique sur lequel est gravée une inscription, à moitié effacée, de l'époque romaine : les habitants de Lorca sont très-fiers de ce fragment, qu'ils considèrent avec raison comme un titre de noblesse pour leur ville, à laquelle il donne une existence authentique de dix-huit cents ans, et dont l’ancien nom, £/icroca, a été changé par les Arabes en celui qu'elle porte encore aujourd'hui.
Non loin de Lorca existait, il y a environ une soixantaine d'années, un pantano, immense ré— servoir d’eau. Le pantano de Lorca, qu'on appelait e/ Puente ou el Pantano de Puentes, était une digue colossale bâtie en pierres de taille, à l'entrée d’une vallée, dans le but de retenir les eaux des montagnes voisines. Cette immense muraille, qui fermait la vallée d’une côte à l'autre, avait plus de quatorze cents pieds de hauteur et se composait de sept étages superposés, dont l'épaisseur, à partir du haut, allait en augmentant de douze pieds à chaque étage, en sorte que la base n'avait pas moins de quatre-vingt-quatre pieds en largeur. Ce grand réservoir fut construit par une compagnie particulière, à la tête de laquelle était, dit-on, un certain Lenurda, qui espérait faire une spéculation très-productive en vendant l’eau fort cher aux agriculteurs. La digue fut commencée en 1775. mais ce n'est qu'au mois de février de l’année 1802 que le pantano fut rempli d'eau pour la première fois. Son existence ne devait pas être de longue durée, car, moins de trois mois après, le 30 avril, la pression de l’eau renversa tout d’un coup l'immense muraille, et le torrent, se précipitant avec un fracas épouvantable, prit la direction de Lorca : la partie basse de la ville et le faubourg de San-Cristobal presque entier furent détruits de fond en comble; non-seulement les édifices publics et les habitations des particuliers furent enlevés par la force des eaux, mais plus de six mille personnes, et un nombre considérable d'animaux domestiques, qu'on estime à vingtquatre mille, périrent dans la catastrophe : on prétend que le dommage s'éleva à la somme de deux cents millions de réaux, plus de cinquante millions de francs. Suivant la tradition, Lenurda,
l'auteur involontaire de la catastrophe, en fut une des premières victimes : on prétend même qu'à
la vue de tout le mal qu'il avait causé, il se donna volontairement la mort en se précipitant dans le torrent. Le souvenir de cette horrible inondation, toujours vivant à Lorca, se perpétuera bien longtemps encore dans le pays, et malgré le temps qui s'est écoulé, malgré toutes les réparations
qu'on a faites, les traces du malheur sont encore visibles aujourd'hur. Comme nous étions impatients de nous rendre à Grenade, nous nous mimes, après quelques