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GITANA DE GRENADE DANSANT LE ZORONGO (page 212).
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les plus erânes, la tête relevée, les jarrets tendus et le poing sur la hanche, à laquelle elle in
h .t iprimait ce mouvement de va-et-vient horizontal qu'on appelle
zarandeo, parce qu'il ressemble à
celui d'un crible qu'on agite. Le père, un gitano au teint bronzé, coiffé du foulard et du sombrero calañes, faisait résonner le tambour de basque sous ses doigts, pendant que la mère regardait complaisamment ses enfants danser; la vieille gitana, celle qu ‘on appelait la revieja, ne restait pas inactive : se rappelant le temps éloigné de sa jeunesse, elle avait passé les castagnettes à son pouce, et, joignant l'exemple à la, parole, elle encourageait les petites danseuses en accentuant les poses et en répétant de temps en temps : Mas sarandeo, chica,mas zarandeo ! — « VPÈs de zarandeo, petite. plus de zarandeo ! »
Cependant les danses n'étaient pas encore finies; électrisés nous-mêmes par le roulement sonore des panderos et par les accords saccadés des guitares, nous voulûmes, à notre tour, prendre part au baile : en un instant habits et cilets furent accrochés aux raquettes d'un cactus, nos mains s’armèrent des inévitables castagnettes, et nous nous élaänçâmes dans l'arène le jarret tendu, le corps cambré et les bras arrondis, prêts à mettre à profit les leçons que nous venions de prendre. Deux des gitanas qui s'étaient déjà distinguées s’avancèrent de nouveau, prêtes à nous tenir tête, et le ballet recommença avec un redoublement d'entrain. Une nouvelle danseuse vint se joindre à nous : c'était une gitana d'une quinzaine d'années, à l'air timide et mélancolique : une épaisse chevelure couvrait sa petite tête, et de longs cils voilaient ses grands yeux noirs, d’une sauvagerie extraordinaire; ses petits pieds nus et ses mains d'enfant annonçaient une grande pureté de race. et auraient fait envie aux beautés Les plus aristocratiques. Dès les premiers pas qu'elle fit, nous fûmes frappés de la souplesse étonnante de sa taille; ses mouvements n'avaient rien de l'impétuosité que déployaient ses compagnes ; à peine changeait-elle de place, agitant ses bras avec une orâce nonchalante, et donnant à son cou des inflexions charmantes ; à vrai dire, elle ne dansait qu'avec les hanches, et cependant jamais danse ne fut plus expressive; très-sérieuse elle-même, elle nous prenait tout à fait au sérieux comme danseurs; aussi eùmes-nous un certain suecès parmi les gitanos, et un succès tel qu'on fut obligé de fermer les portes pour empêchér la foule d'envahir le patio, car le bruit s'était répandu que des caballeros ingleses, — on nous prenait pour des Anglais, — se livraient au zarandeo comme de vrais Andalous, chose inouïe dans les annales du Sacro-Monte. Les danses finies, il veut, bien entendu, une distribution de pesetas, monnaie à laquelle danseurs, musiciens et danseuses étaient loin d’être indifférents.
Sous le rapport des mœurs, les gitanos sont généralement irréprochables; les gitanas surtout ontune réputation méritée de chasteté, malgré un certain air provoquant qu'elles affectent assez souvent, principalement dans leurs danses. Les gitanos ne se marient ordinairement entre eux qu'après avoir été fiancés très-longtemps à l'avance. D’après leur loi, ou plutôt leurs usages, la durée de ces fiançailles doit être de deux ans; leurs noces sont extrêmement bruvyantes ; les fêtes ne durent pas moins de trois jours, pendant lesquels ils chantent, dansent et boivent, dépensant ainsi une grande partie de ce qu'ils possèdent. Quant à leur religion, e’est à peine s'ils en ont une : ils passent généralement pour ne croire ni à Dieu, ni: à la sainte Vierge, ni aux saints. On assure que beaucoup d'entre eux croient à la métempsycose et sont persuadés, comme les sectateurs de Bouddha, que l'âme n'atteint un état suffisant de pureté qu'après avoir passé dans un nombre infini de corps.
Tels sont les principaux traits des mœurs des gitanos de Grenade, différents en quelques points de leurs frères de Séville, que nous aurons l'occasion d'étudier plus tard.
Nous avions parcouru Grenade en tous sens, et exploré jusqu'aux moindres coins .de la ville et des faubourgs ; mais 11 nous restait à faire l'ascension de la Sierra Nevada, car nous nous étions bien promis de ne pas partir sans avoir vu de près les neiges du Picacho de Veletau, ce mont