‹ L'EspagneChapitre 73 sur 287 · E DE · texte numérisé non relu

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Blane de l'Andalousie. Getle excursion n'était pas une pelite affaire, -car les sierras de la provine:

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mois de juillet et d'août; dans les autres mois, le froid est trop vif, et le terrain trop difficile. Nous pensämes donc que le moyen le plus simple serait de nous entendre avec quelques-uns de ces neveros qui se rendent à la sierra pour aller chercher la provision de neige dont Grenade à besoin pour calmer sa soif, et qui connaissent parfaitement les moindres sentiers de la montagne. Un de nosamis, M. de Beaucorps, nous avait recommandé un vieux gilano nommé Ramirez, dont il avait fait une photographie très-réussie, que nous reproduisons. Nous allâmes trouver le nevero : c’étaitun homme d'une soixantaine d’années, à la figure bronzée et pleine d'énergie; sa coiffure se composait d'un foulard rouge et jaune sur lequel était posé le chapeau andalou ; sa veste était ornée de boutons de métal et d'agréments de soie ; une large canana ou cartouchière de cuir faisait le tour de sa taille; sa culotte, également en cuir, était serrée aux genoux par des cordons à glands. | et des alpargatas de corde tressée lui servaient de chaussure. Après quelques paroles échangées, nous tombâmes facilement d'accord : il se chargeait de nous conduire au Püicacho de Veleta, et ensuite, si nous le voulions, au Mulahacen, les deux plus hautes montagnes de la province de Grenade, et de nous procurer de bons machos pour montures, car les mulets sont bien préférables aux chevaux pour les expéditions dans la montagne. Nous remplimes nos 4otas de vin rouge de Baza, le meilleur des environs de Grenade ; un jambon euit au sucre — jamon en dulce — OCCupa, comme pièce de résistance, le fond de nos a//orjas; un salchichon de Vich, quelques poulets froids et une copieuse provision de chocolat à la cannelle, de pains ét de fruits, devaient nous mettre pour plusieurs jours à l'abri de la faim et de la soif.

Par une chaude matinée du mois d'août, Ramirez, le fusil à l’arcon de la selle, vint nous réveiller, et au bout d'un instant, nos a/forjas et nos mantes étant chargées sur nos montures, la caravane se mit Joyeusement en marche. Bientôt nous franchissions la Puerta de los Molinos, et nous étions dans la Vega. Nous traversämes d'abord la fertile et charmante vallée de Güejar, en suivant le cours du Genil qui, de temps en temps, forme des cascades et se précipite en bouillonnant entre ses deux rives toujours vertes. Grenade et ses collines nous apparaissaient comme à travers une saze, disparaissant presque dans le brouillard du matin. Nous traversämes ensuite la vallée de Monachil, et nous nous arrètâmes quelques instants à l'ancien couvent de San Geronimo, presque ruiné aujourd'hui, et où les pastores abritent leurs troupeaux. Nous commencions à monter : les barrancos, larges crevasses qui nous semblaient d'en bas de petites taches aux flancs de la montagne, se dessinaient plus nettement devant nous; la végétation commençait à changer : aux pâles oliviers succédaient les châtaigniers au vert feuillage, et déjà nous pouvions cueillir quelques fleurs alpestres.

Les neveros nous firent remarquer le barranco de Guarnon, qui renferme, d'après une croyance populaire fort ancienne, un immense trésor enfoui par les Mores peu de temps avant la reddition de Grenade ; cette tradition avait pris tant de poids au sièele dernier, qu'en 1799 le gouvernement HoMMma une COMMISSION qui se rendit sur le terrain avec une escouade d'ouvriers, et fit faire des fouilles dans le barranco ; malheureusement, soit que le trésor fût imaginaire, soit qu'il eût déjà été enlevé, toutes les recherches restèrent sans résultat.

Bien que l'air fût déjà assez vif, nos montures se ressentaient de l'ardeur du soleil : après avoir gravi pendant un temps assez long le cumino de los Neveros, nous arrivâämes au sommet de la rambla del Dornajo, heu que nos guides avaient désigné pour la grande halte du jour. L'air de la montagne nous avait donné un appétit formidable. Assis près d'une fontaine limpide et glaciale,

la /uente de los Neveros, nous fimes honneur à nos provisions, et une de nos botas fut bientôt dégonflée : l'âne qui portait les provisions dut se sentir considérablement allégé.

Après une sieste délicieuse, nous nous remimes en marche pleins d’une ardeur nouvelle, afin d'arriver de Jour au Panderon, où nous devions passer la nuit. La montée devenait plus rude, mais la splendeur du spectacle nous empêchait de sentir la fatigue; de temps en temps nous apercevions au-dessus de nos têtes des aigles et des vautours qui planaient comme immobiles, et dont le plu-

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‘instants encore ce sublime spectacle, et voir le soleil dispa = Le soleil couché, nous allumâmes un feu de branches mortes q 1i nous fut d in £ car nous commencions déjà à être engourdis par le froid. Assis autour du foyer improvi fimes une nouvelle brèche à nos provisions, et nous ne tardâmes pas à nous retirer dans notre appartement, qui consistait en une cabane élevée par les pastores et les neveros, et qui leur sert

d'abri quand ils sont forcés de passer la nuit dans ces solitudés. Bien nous prit de nous être mu-

nis de nos mantes de Valence, car nous aurions pu nous croire au mois de janvier, et notre cabane

était si mal close, qu’en nous endormant nous pûmes voir à travers le toit les innombrables étoiles

qui scintillaient au ciel. bé

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Le lendemain, nous étions en marche avant les premières lueurs du jour, désireux d'arriver au Picacho de Veleta pour jouir du lever du soleil. Nous ne tardâmes pas à apercevoir les premières neiges disséminées en longues plaques dans les anfractuosités des rochers; bientôt elles devinrent plus abondantes : nous étions dans la région des ventisqueros ; c'est ainsi qu'on appelle, d'un nom qui signifie bourrasque (ventsca), les énormes amas de neige que l’ardeur du soleil ne parvient jamais à fondre, et qui servent à l’approvisionnement de Grenade et des principales villes de la province. Il existe encore d’autres ventisqueros non moins importants que le Panderon, tels que ceux du Corral de Veleta et du Cerro del Caballo; ils appartiennent à la ville de Grenade, qui les afferme aux neveros et en tire un bon revenu.

Quand nous arrivâmes au plus haut plateau accessible du Picacho de Veleta, il était jour depuis longtemps, et le disque du soleil nous était encore caché par l'énorme cône neigeux du Mulahacen ; enfin il s’éleva radieux au-dessus des neiges éternelles, et éclaira l'immense paysage qui s'étendait sous nos veux ; il n'est peut-être pas en Europe un spectacle comparable à celui dont on jouit du haut des sommets de la Sierra Nevada, ni une vue aussi étendue : au nord s’élevaient les sierras de Baza et de Segura, au couchant celles de Tejeda et de Ronda; la Sierra Morena, justifiant son nom, dessinait à l'horizon ses dentelures sombres ; la chaîne de Gador et une partie de la sauvage Alpujarra s’élevaient à nos pieds dans la direction du midi, et plus loin, de l’autre côté de la Méditerranée, nous distinguions dans une brume transparente les montagnes qui s'élèvent sur la côte africaine.

Le Picacho de Veleta doit son nom à une vigie (veleta) établie autrefois au sommet de la montagne, dans une atalaya ou tour d'observation dont on voit encore les ruines ; les signaux se transmettaient de cime en cime jusqu'à Grenade, au moyen de feux allumés pendant la nuit. Le Mulahacen est le plus haut pie de la Sierra Nevada; le Picacho de Veleta ne vient qu en seconde ligne *, et cependant la vue du dernier est beaucoup plus magnifique et l'horizon beaucoup plus étendu, le Picacho masquant une orande partie de la côte de Barbarie. Nous renonçâmes donc à l'ascension du Mulahacen, où nos neveros nous proposaient de nous accompagner, et qui nous aurait pris deux où trois jours de plus.

I] fallait, malgré l'admiration qui nous clouait sur place, songer à opérer noie descente ; elle fut plus difficile que la montée, et nous avions parfois le vertige cu franchis;sn d’étroits sentiers qui surplombaient au-dessus d'un abime; mais no$ machos ayaent le pied sûr, et nous nous en Éirâmes sans accident. Nous ne manquions pas de nous faire indiquer par nos guides les noms des

1 D’après les géographes espagnols, la hauteur du Mulahacen est de 3652 mètres, et celle du Picacho de Veleta de 3560 mètres au-dessus du niveau de la mer.

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ue ces noms sont très-pittoresques, comme le Montayre, — la montagne de PAir; — le Puerto dol Die — le passage du Loup ; — la Cueva del Ahorcado, or la grotte du Pendu, — el autres noms également significatifs.

De retour à Grenade, nous dimes adieu à notre brave Ramirez et aux autres neveros, et nous nous séparâmes les meilleurs amis du monde. Après quelques jours consacrés au repos et à de nouvelles visites à l'Alhambra, nous nous résolümes, non sans regret, à dire adieu, ou plutôt au revoir, à la vieille cité moresque, et nous allâmes retenir nos places à la diligence de Jaen.

UN NEVERO DE LA SIERRA NEVADA (page 220).

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VUE DE LANJARON, DANS LES ALPUJARRAS (page 235).

De Grenade à Jaen. — Le Puerto de Arenas. — Le Javalcuz et la Pandera. — Jaen ; le Santo Rostro. — Excursion dans l’Alpujarra. — Alhendin; el ültimo Suspiro del Moro. — Comment finit le dernier roi de Grenade. — La vallée de Lecrin. — Padul. — La Venta de los Mosquitos. — Durcal. — Atrocités de la guerre des Morisques. — Fernando de Valor et Aben Humeya. — Ginez Perez de Hita, soldat et historien. — Lanjaron. — Ujijar. — Le Barranco de Poqueira. — Aben Abou. — La Sierra de Gador. — Le Rio Verde. —Berja. — Almeria ; le Sacro Catino. — Une pièce de Calderon : le Morisque Tuzani. — Adra et Motril : végétation tropicale. — Salobrena et la déesse Salambo. —- Almuñecar. — Les cañias dulces et les moulins à sucre. — Velez-Malaga; Garcilaso de la Vega. — Malaga. — Les malagueñus. — La cathédrale, — L’escrime andalouse : puñal et navaja. — Le javeque, le desjarretazo, la plumadu, le floretazo, la corrida, ete. — Le coup du commandeur. — Le moulinet, etc.; lanzar la navaja. — Types malagueños : le charran; Varriero et l’once d'or. — Les Barateros. — La chanson du Baratero.

La route de Grenade à Jaen, une des plus belles de l'Espagne, est très-accidentée; en quittant la ville, on rencontre, à droite et à sauche du chemin, quelques anciennes al/querias, où fermes, abritées sous des figuiers au feuillage épais et entourées d'énormes cactus et d'aloès aux tiges hérissées; bientôt les habitations deviennent plus rares, le pays prend un aspect plus sauvage; la verdure n'apparaît luxuriante que dans les vallons où un cours d’eau entretient la fraicheur.

Nous atteignimes enfin des régions montagneuses, au milieu desquelles la route monte en serpentant ; il était nuit close quand nous traversâmes les contre-forts de la haute sierra de Martos, une des plus âpres montagnes de l'Andalousie. Notre lourd véhicule gravissait lentement les ramblas escarpées, bien qu'il fàt à peu près vide, car la plupart des voyageurs étaient descendus | : pour gravir à pied ces montées qui semblaient ne devoir pas finir.

Quelques cigares et quelques paroles échangées nous avaient mis dans les bonnes grâces du

mayoral : il nous fit voir, sur le bord de la route, la borne qui marquait la limite de la pr vil Grenade et de celle de Jaen, où nous venions d'entrer ; lorsque j étais jeune, nous dit-il, il n'a pas été prudent de traverser la sierra à pareille heure; on aurait pu Y éncontier quelques bandoleros, par exemple ceux dont le vaillant Ojitos était le chef; mais aujourd’ hui! Le mayoral voulait-il dire qu'aujourd'hui la police est mieux faite et que les routes sont plus sûres ; où bien regrettait-il le bon temps ? Nous ne savons; mais il nous sembla Voir percer dans son exelamation un vagué accent de regret. On aura beau faire, les bandits d' autrefois seront longtemps encore des héros populaires en Andalousie. [

Les gorges désertes que nous traversions se prêtaient admirablement, du reste, à des histoires de brigands : d’un côté de la route, c'était un précipice dont le fond se perdait dans les ténèbres ; de l’autre côté, une haute muraille de rochers à pie se dressant au-dessus de nos têtes comme des obélisques gigantesques ; quelquefois un bloc énorme, qui s'était détaché de la masse, surplombait au-dessus de la route, et, semblait avoir été arrêté dans sa chute par la main d'un géant, Le vaste réflecteur de la diligence éclairait la scène de lueurs fantastiques : la lumière s'accrochait aux moindres aspérités des rochers, qui projetaient de grandes ombres se renouvelant sans cesse sous des formes différentes. Les dix mulets de notre long attelage faisaient scintiller leurs pompons, les premiers en pleine lumière, les autres se perdant graduellement dans l'ombre; le ciel, noir et orageux, ne laissait voir que de rares étoiles ; si, à un détour de la route, nous avions vu miroiter dans l'ombre quelques tromblons, semblables aux jeux d’orgues des églises espagnoles, la chose nous eût paru la plus naturelle du monde et tout à fait en situation dans le sombre puerto de

Arenas : tel est le nom de cette gorge peu faite pour rassurer les gens timides, ou crédules, qui croient encore aux brigands.

Nous arrivâmes à Jaen aux premières lueurs du jour; les rues et les places “aient silencieuses et désertes; quand nous disons désertes, nous nous trompons, car au pied des maisons des groupes de dormeurs se dessinaient çà et là sur le pavé, comme de grandes taches brunes : enveloppés-dans leurs mantes couleur d’amadou, ces disciples de Diogène avaient passé la nuit à la belle étoile, avec la pierre pour matelas, et leur coude pour oreiller ; quelques-uns, réveillés par le bruit de ferraille de la diligence, soulevaient nonchalamment leur tête, qui disparaissait aussitôt dans les profondeurs de la manta. Cette coutume de dormir en plein air, très-répandue en Andalousie, s explique facilement par la douceur du climat et par l'indifférence absolue des habitants en matière de confortable : c'est ce que notre mayoral appelait en plaisantant, dans son dialecte andalou, coucher à l'auberge de la lune, — «7 parador de la luna.

Cependant un groupe de dormeurs, voyant que la diligence était bien garnie (de voyageurs, s était levé pour aller prendre position sur le poyo ou bane de pierre du parador où nous nous arreUions : C'était une famille composée du père, de la mère et de quatre enfants ; le père était aveugle, et son teint bronzé donnait à ses veux blancs une expression des plus étranges. «Toma, hermano, lui dimes-nous en laissant tomber quelques cuartos dans le sombrero calañes qu'il nous lendait, oma, hermano. » — car en Espagne, ce pays de la vraie égalité, on donne le litre de frère aux mendiants,

Jaen est située au pied de hauteurs couronnées de vieilles murailles moresques, aussi rousses ct aussi lézardées que celles de Alhambra ; nous avons rarement vu des ruinés surchargées d'une végétation aussi touffue : on croirait voir les fameux jardins suspendus de Babylone. Du haut de ces remparts on domine la ville, au-dessus de laquelle s'élève la masse imposante de la cathédrale, el, un peu plus loin, les montagnes de Javaleuz et de la Pandera, si rapprochées de Jaen qu à certaines heures elles la couvrent presque entièrement de leur ombre. Elles sont, pour les habitants de Jaen et d'une partie de la province, un baromètre infaillible : les vents du sud-ouest, qui soufflent dans la contrée avec une violence extrème et qui sont suivis de pluies très-abondantes,

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