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De Jaen nous étions revenus à Grenade, où nous ne devions nous arrêter que pour prendre le repos nécessaire et préparer dans l'Alpujarra une exeursion que nous avions projetée. Nous
nous mimes en quête d'un guide : notre ami Ramirez, le vieux »evero de la sierra Nevada, nous mit en rapport avec un de ses camarades, Manuel Rojas, dit Jigochumbo, surnom andalou qui lui venait sans doute de son teint, semblable au fruit du cactus; il nous était recommandé comme un ben mozo, — un bon garçon, — et il fut convenu qu'il nous guiderait à travers la partie la plus sauvage de l'Espagne, de Grenade à Almeria. Nous quittämes Grenade de bon matin, pour éviter la grande chaleur, retournant de temps en temps la tête pour dire adieu à Alhambra et aux Dorres Bermejas que doraient les premiers rayons du soleil. Après quelques heures de marche, nous atteignimes la petite ville d’Aldenhin, située au sommet d'un rocher sauvage, comme la sentinelle avancée de l'Alpujarra. Lorsque le malheureux Boahdil, après avoir rendu aux rois catholiques la capitale de son royaume, prit le chemin de lâpre contrée qui lui avait été abandonnée comme fief par les vainqueurs, il s'arrêta quelques instants à Aldenhin, le dernier point d'où il pût apercevoir Grenade ; on nous conduisit à l'endroit où la tradition prétend qu'il fit arrêter son cheval pour jeter un regard d'adieu sur sa Chère capitale. On assure qu'en regardant pour la dernière fois le paradis terrestre qu'il allait quitter pour une terre ingrate et sauvage, il s’écria : — AYah akhbar! — Dieu est grand, et que son vizir lui dit : « Réfléchissez, seigneur, que les grandes infortunes. pourvu qu'on les supporte avec force et courage, rendent les hommes aussi fameux dans l’histoire que les plus grandes prospérités ! — Hélas, répondit Boabdil, quelles adversités égalèrent Jamais les miennes?» Et un torrent de larmes s’échappa de ses veux : c’est alors que sa mère Avyesha se
serait tournée vers lui en s'écriant : « Pleure comme un enfant ton royaume, puisque tu n’as pas su le défendre comme un homme!» Rien, du reste, ne prouve l'authenticité de ces paroles cruelles, peu dignes d'une mère qui n'était pas étrangère aux malheurs de son fils; quoi qu'il en soit, le rocher est encore appelé £7 ültimo Suspiro del Moro, — le derhier Soupir du More, — ou /a Cuesta de las ligrimas, — Va côte des larmes. On assure que lorsque le mot d'Ayesha fut rapporté à Charles-Quint, l'empereur répondit qu'elle avait eu raison, et qu'une tombe dans l'Alhambra valait mieux pour un roi qu'un palais dans les Alpujarras.
On n'est pas d'accord sur la fin de Boabdil. Marmol prétend qu'il passa en Afrique, et qu'il fut tué dans une escarmouche, en défendant la cause d’un peut prince avec plus d'énergie qu'il n'avait défendu la sienne propre ; mais il est plus probable que le pauvre exilé, après avoir débarqué à Melilla, sur la côte d'Afrique, se dirigea vers Fez, où il vécut tristement. regrettant toujours son royaume ; on ajoute que, pour se rappeler le temps de sa grandeur, il fit construire plusiéurs palais à Pimitation de ceux de Grenade. Il mourut en 1538, laissant deux enfants mâles, et ses descendants furent réduits à la nécessité de vivre des charités allouées aux fakirs et aux pauvres sur les revenus des mosquées! Telle fut la fin lamentable des rejetons d'une famille royale, des fils du dernier des princes musulmans qui ait régné en Espagne.
Nous quittâmes Alhendin de bonne heure. après avoir donné un peu de repos à nos montures, qui devaient nous conduire le soir même Jusqu'à Padul, une pelite ville des Alpujarras. Cette contrée montagneuse est une des plus intéressantes el des moins connues de la Péninsule; ses vertes vallées et ses montagnes inaccessibles étaient encore, quatre-vingts ans après la reddition de Grenade, le théâtre de combats acharnés entre les Espagnols et les derniers Mores d'Espagne.
On désigne sous le nom d'Alpujarra, ou Alpujarras, une
vaste contrée qui dépend de la province de Grenade et de celle d'Almeria., et
dont le territoire occupe une vingtaine de lieues de longueur de l'est à l'ouest, de Motril à Almeria. et douze ou quinze lieues de largeur du nord au sud, depuis la longue chaine de la sierra Nevada Jusqu'à la côte de la Méditerranée. Dès 1490, après la prise de Baza, les rois catholiques s'emparèrent d'une partie de l'Alpujarra ; mais ils avaient nÜ pas à S'insurger : peu d'années après la chute de Grenade, en 1500 et en 1502. une nouvelle insurrection éclata, et c’est à Alhendin que
affaire à des montagnards indomptables qui ne tardère D
Ferdinand et Isabelle réunirent l'armée destinée à la combattre.
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Fe M les eniere, les citronniers et les orangers son En D g. hd DE chaleurs, par des courants d’eau vive qui descendent de la montagne.
La vallée de Lecrin fut un des principaux centres de la grande insurrection des Mores de Grenade, et ses champs, aujourd’ hui si frais et si tranquilles, furent arrosés, au seizième sivele. du sang de bien des milliers d'hommes ; la résistance était tellement acharnée, que l'énergie et le carnage des Espagnols venaient se briser contre le désespoir des révoltés. Les atrocités les plus révoltantes furent commises des deux côtés ; on était arrivé à ne plus faire ni trêve ni quartier : à Guecija, les Mores s’emparèrent des moines du couvent des Augustins et les firent bouillir dans l'huile ; à Mayrena, la garnison espagnole s'étant retirée, les habitants bourrèrent de poudre le curé et le firent éclater comme une bombe. Les Mores de Canjayar sacrifièrent des enfants sur l'étal d'un boucher, et, ayant égorgé deux chrétiens, ils mangèrent le cœur de l’un d'eux. Le curé de ce bourg, qui s'appelait Marcos de Soto, fut traîné de force dans l’église, en compagnie de son sacristain, qui dut sonner les cloches pour appeler tous les habitants. Quand ils furent réunis dans l'église, ils passèrent chacun à leur tour devant le malheureux curé, l’un lui tirant les cheveux et les cils, l’autre lui assenant un coup de poing. Quand on l’eut abreuvé de toutes sortes d'insultes. deux Mores lui coupèrent, avec un rasoir, les doigts des pieds et ceux des mains; un autre lui
arracha les yeux, et, les lui mettant dans la bouche, lui dit : « Avale ces yeux qui nous surveillaient ! »
Ensuite, un autre More lui ayant coupé la langue avec son «fanje : « Avale cette langue qui
nous dénonçait ! »
Enfin, pour assouvir leur vengeance avec une nevnellle atrocité, on lui arracha le cœur et on le donna à manger aux chiens.
Cette terrible insurrection des Moriscos avait été organisée à Grenade mème, dans le quartier de l'Albayzin, avec tant de secret que Philippe I n’en fut instruit que quand les Alpujarras étaient déjà en armes. Le premier chef des révoltés fut un jeune homme de vingt-deux ans, beau et hardi, descendant des califes Ommiades, qui avait embrassé le christianisme sous le nom de Fernando del Valor. La révolte gagna d’abord toute la vallée de Lecrin, puis s’étendit rapidement jusqu à Almeria. Fernando del Valor quitta alors son nom pour prendre celui de Muley-Mohammed-Aben-Humeya, que portaient ses ancêtres, et il prit aussi le titre de roi de Grenade et d’Andalousie. C'était un chef de partisans habile et courageux, mais ses premiers succès lui firent perdre la tête : il se crut déjà puissant ; il voulut avoir une cour, et jouer au souverain. Hurtado de Mendoza, un des historiens de la révolte des Mores, raconte qu'il avait un harem, et donne des détails assez curieux sur une de ses femmes, la belle Zahara, de naissance noble, habile à danser les zambras à la morisque, à chanter les /eylas et à Jouer du luth, et qui, ajoute-t-il, se parait avec plus d'élégance que de modestie.
Le règne d’ RU HUE RE ne fut pas de longue durée ; les Espagnols avaient mis sa tête à prix,