‹ L'EspagneChapitre 76 sur 287 · FORM · texte numérisé non relu

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et la division ne tarda pas à s'introduire dans son camp. Il avait pour rival un autre chef nome |

Farrax-Abencerrage; c'était un homme sanguinaire, qui avait fait décapiter trois mille Espagnols en un seul jour, et il ne pouvait s accorder avec Aben-Humeya, qui était doux et humain et avait défendu d'égorger les femmes et les enfants ; celui-ci fut surpris un jour par des conjurés, qui su mirent en mesure de l’étrangler : « Je saurai mourir avec courage, » leur dit-il, et il se passa

lui-même le lacet autour du cou. On prétend qu'en mourant il se fit chrétien ; son Corps, jeté

dans un égout, en fut retiré, et on l’enterra à Guadiz, sous son ancien nom de Fernando del Valor. |

Le bourg de Padul, où nous nous arrêtâmes pour passer la nuit, eut beaucoup à souffrir à l'époque de la guerre des Morisques, et il est d'un aspect si misérable, qu'on pourrait croire qu'il s’en ressent encore; la posada était à peine pourvue des choses les plus nécessaires, et nous aurions fait un maigre souper sans les s provisions dont nous avions eu soin de bourrer nos alforjas. Nous

quittâmes de bonne heure Padul, et nous fimes halte pour déjeuner à la venta de los Mosquitos A ’

(l'auberge des Moustiques), dont le nom n’était que trop justifié; c'est à peine si nous pûmes obtenir des œufs et du feu pour les faire cuire; car la nécessité nous avait rendus quelque peü cuisiniers. Doré, qui sait son Homère par cœur, essayait de relever à nos yeux d'aussi triviales occupations, en nous assurant qu'Eumée savait très-bien faire rôtir un pore, et que le bouillant Achille, aidé de Patrocle, avait, de ses mains héroïques, préparé sous sa tente un festin pour les députés d'Agamemnon.

La petite ville de Durcal, où nous nous arrêtâmes ensuite, et qui est habitée par des labradores qui cultivent les environs, est située au pied du cerro de Sahor, un contre-fort de la Sierra Nevada. Marmol raconte de terribles combats que les Espagnols livrèrent aux Morisques près de cette ville : Philippe Il, voulant abattre l'insurrection par un coup terrible, avait donné le commandement des troupes au marquis de Los Velez, qui commença une guerre à feu et à sang, et reçut bientôt des Mores le surnom du Diable à la tête de fer ; les soldats voulaient venger leurs frères, car le marquis de Sesa, qui était entré dans l'Alpujarra avec dix mille hommes, n en avait plus que quinze cents. Les siéges faits par les Espagnols étaient toujours suivis de talas : ce enre d'expédition, qui exigeait au moins deux mille hommes, consistait à détruire les arbres, les moissons et même les maisons du pays. « Une nuée de sauterelles qui s'abat sur un pré n'y fait pas plus de ravages, dit Marmol, que n'en firent nos troupes affamées dans les jardins où elles campèrent; au bout d'une heure, on n'y aurait pas trouvé une feuille verte. » En moins d'un mois, dix mille Morisques furent massacrés où réduits en esclavage : il yveut, ajoute-t-i}, plus de quatre-vingts actions de guerre. Des villages entiers furent dépeuplés ; les habitants d'Alhen- ‘din, par exemple, furent transportés en masse à Montiel, dans la Manche; de là vient sans doute, qu'à l'époque de Cervantès les Morisques étaient si nombreux dans le pays de Don Quichotte.

Ginez Perez de Hita, un des historiens de ces guerres terribles, avait fait partie de l'expédition comme soldat. « Les Espagnols, dit-il, ne rèvaient que massacre et pillage; ils étaient Lous voleurs, e{ moi le premier, ajoute-t1l naïvement ; on mettait la main sur la ferraille, sur les fruits, sur les chats, pour ne pas perdre l'habitude du vol. Après le sac du château de Jubilez, un millier de femmes moresques et trois cents hommes furent froidement égorgés ; les Mores se défendaient avec énergie : quand les armes leur manquaient et qu'ils avaient épuisé leurs flèches empoisonnées, 1ls faisaient rouler sur leurs ennemis des quartiers de rocher; les femmes et les enfants se lancaient intrépidement sur les Espagnols, et cherchaient à les aveugler en leur lançant du sable dans les veux; on vit des Mores enfouir leurs filles vivantes sous la neige, pour les empêcher de tomber aux mans des Espagnols. » L'historien raconte qu'il trouva un jour, sur le chemin de Filix, une femme couverte de blessures, éterdue sans vie à côté de six de ses enfants;

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