‹ L'EspagneChapitre 77 sur 287 · SAT 2, PR ELA · texte numérisé non relu

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— Ginez Perez raconte plus loin une histoire des plus dramatiques : « Deux soldats espa après avoir pillé la maison d’un riche Morisque, découvrirent une jeune fille d’une beauté Re veilleuse, qui avait espéré échapper à leurs recherches. Is mirent en même temps la main sur elle, chacun voulant s'assurer la possession d'un pareil trésor; mais, comme ils ne pouvaient | tomber d'accord, ils finirent par tirer leurs épées. En ce moment survint un troisième soldat : celui-ci, les voyant sur le point de s’égorger, eut l'idée de mettre fin à leur querelle en en faisant disparaître l'objet ; il se dirigea done vers la jeune fille, et l’étendit morte de deux coups de poignard dans le sein. C'était à faire pitié au ciel. Après avoir frappé, le misérable ajouta froidement : «Il n'était pas juste que deux braves soldats risquassent leur vie pour si peu de chose ! » | « Mais les deux soldats, indignés de tant de cruauté et courroucés de voir cette pauvre innocente étendue dans son sang, se réunirent contre lui. « Ta méchanceté ne restera pas impunie, lui dirent-ils, monstre infernal qui as privé la terre du plus précieux présent du ciel! » Sur quoi ils le percèrent de coups d'épée, et ils sortirent désolés de la maison où ils laissèrent, à côté du corps de l'assassin, celui de la belle jeune fille, qu'on aurait prise pour un ange endormi. »

Avant d'arriver à Lanjaron, nous passâmes le puente de Tablate, hardiment jeté sur un ravin profond ; en 1569, ce pont était défendu par les Morisques avec tant d'acharnement, que les troupes espagnoles hésitaient à l’attaquer; un moine franciscain, Cristoval de Molina, pour faire honte aux soldats, prit d'une main un bouclier et une épée, de l’autre un erucitix, et s'avança

intrépidement ; les soldats le suivirent, et le pont fut emporté.

Lanjaron est une petite ville agréablement située au pied de la colline de Bordayla, sur le versant méridional de la Sierra Nevada; c’est là que finit la fertile vallée de Lecrin, que l’on à appelée el Paraiso de las Alpujarras. Ce fut une des premières villes qui se révoltèrent contre les Espagnols, et elle eut beaucoup à souffrir de la guerre; on dit qu’elle resta déserte pendant quatrevingts ans, jusqu'à ce qu'on fit venir, pour la repeupler, cinquante habitants de l'intérieur de l'Espagne. Lanjaron est aujourd’hui la première ville des Alpujarras; ses maisons à deux étages, à toits plats, sont blanchies au lait de chaux à la moresque, et ont un aspect de gaieté qui manque aux autres villes de la contrée; nous y rencontrâmes quelques personnes venues d’Almeria et de Grenade pour fuir la chaleur et prendre les eaux minérales.

En nous rendant de Lanjaron à Orgiva, nous traversâmes un pays sauvage el très-accidenté ; les paysans que nous rencontrions, sans avoir rien d'hostile, nous regardaient d'un air farouche - et étonné. Orgiva est un gros bourg bâti au pied du haut Picacho de Veleta. Pour profiter de quelques heures de halte que notre arriero nous demandait pour ses mules, qui n'en pouvaient plus, nous fimes un détour à pied jusqu'au barranco de Poqueira, un des sites les plus effrayants que l’imagination puisse rêver : à l'extrémité d'un défilé qui s'ouvre entre deux hautes murailles de rochers à pic, s'ouvre un immense abime dont la vue donne le vertige; des nuages noirs s'élevaient au-dessus des plateaux abrupts qui couronnent le barranco, et se confondaient avec la fumée

épaisse des feux allumés par les neveros; un ciel orageux donnait à ces rochers d’un gris de

plomb un aspect plus sombre et plus sinistre encore. La nature devient de plus en plus sauvage jusqu'à Ujijar, la ville la plus centrale et l'ancienne

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— ]a fameuse,

frappa lu-mé ‘ k. de la crosse de son ésdobollE né une aie qui HA servait t de sd « e | pasteur na pu RpnaNer la brebis vivante, dit l’infâme El Seniz en livrant son RU aux Fspagnols,

il en apporte la toison. » 1703 Le corps d'Aben so fut porté. à Grenade, et livré aux enfants, qui $ mirent en quartiers el le déchirèrent; la tête fat enfermée dans une cage de fer qu'on plaça on de la porte Bib-

Racha, avec cette inscription :

Esta es la cabeza del traidor Aben Aboo; nadic la quite so pena de muerte. (Cette tète est celle du traître Aben Abou; que personne ne l’enlève, sous peine de mort.)

La défense fut respectée longtemps, car, en 1599, la tête d'Aben Abou était encore à la même place. Quant à El Seniz, sa trahison ne lui profita guère : il mourut PIENIEE à Guadalajara, écartelé comme voleur de grand chemin. | ne

Après avoir monté pendant plusieurs heures, nous arrivâmes à Berja, au pied de la Sierra de Gador; nous devions bientôt quitter l'Alpujarra, non sans emporter les meilleurs souvenirs de ses paysages étranges et de ses poétiques montagnes; le Puerto del Lobo (la Gorge du Loup), par exemple, étroit défilé entre deux gigantesques rochers qui paraissent se précipiter l'un sur l’autre. — Où la Sierra Bermeja, — la montagne Vermeille, — au pied de laquelle coule le Rio Verde. — la rivière Verte, — « dont les ondes cristallines, dit le romance si connu, furent autrefois Leintes en rouge par le sang de tant de chevaliers mores et chrétiens : »

Rio Verde, rio Verde,

Tinto vas en sangre viva ; Entre {i y Sierra Bermeja Murié gran cavalleria,

i Cuanto cuerpo en ti se baña De Cristianos y de Moros:

Y tus oudas cristalinas, De roja sangre esmaltan !

La Sierra de Gador est très-renommée pour ses mines de plomb, ol étaient déjà exploitées à l'époque romaine; elles sont encore aujourd’hui tellement riches, qu'un dicton local prétend que la montagne renferme plus de plomb que de pierres. Cette montagne, qui a près de deux mille cinq cents mètres d'élévation, est une des plus hautes de la contrée accidentée et sauvage qui s'étend le long du littoral de la Méditerranée. Bien que depuis des siècles les flancs de la sierra aient été fouillés dans tous les sens par d'innombrables mineurs, ses richesses ne paraissent pas devoir s “épuiser de sitôt, car le minerai donne encore au Jourd'hui du plomb dans une prnbeEs tion {rès-considérable . |

Au pied des derniers contre-forts de la Sierra de Gador s'élève la jolie petite ville de Berja, dont l'activité industrielle contraste avec l'aspect paisible et patriareal des villes des Alpujarras.

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mençait À nous gagner quand nous quittâmes

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Le séjour d’Almeria nous parut, après notre fatigante excursion dans les Alpujarras. d'une mollesse incomparable; les lits de la fonda nous semblaient excellents, et la cuisine à l'huile succulente. Almeria, avec ses maisons blanches surmontées de toits plats et de terrasses, a un aspect tout à fait arabe; ses rues étroites, tortueuses et escarpées rappellent certains quartiers d'Alger; la plupart des rez-de-chaussée sont ouverts, et on y voit souvent des femmes accroupies àda manière orientale et occupées à fabriquer ces esteras de esparto, ou tapis de jonc, dont on fait usage dans toute l'Andalousie. Quoique les mines des environs donnent à la ville une certaine activité. elle est bien loin d'avoir aujourd’hui la même importance qu'autrefois; elle passe pour être plus ancienne que Grenade, et il y a même à ce sujet un dicton populaire :

Cuando Almeria era Almeria Granada era su alqueria.

« Quand Almeria était Almeria, Grenade n’était encore que sa métairie. »

Almeria devint, dès l'an 766, la capitale d’un royaume arabe qui subsista jusqu'au milieu du douzième siècle; son port était alors un repaire de pirates qui infestaient la Méditerranée; Îles Espagnols en firent le siége en 1147, et sen emparèrent avec l'aide des Pisans et des Génois ; les vainqueurs se partagèrent un riche butin, et on assure que, dans la part échue à ces derniers, se trouvait une coupe d'émeraude dont Notre-Seigneur, suivant la tradition, s'était servi à la sainte Cène; cette relique, connue à Gênes depuis des siècles sous le nom du Sacro Catino (la Coupe sacrée), y fut considérée longtemps comme le plus précieux trésor de la ville; suivant une autre tradition, elle aurait été prise à Césarée à l’époque des croisades et aurait fait partie des présents apportés à Salomon par la reine de Saba ; ou bien encore, ce serait le Saint Graal, le vase mystérieux à la recherche duquel le roi Arthur et les chevaliers de la Table ronde entreprirent tant d'expéditions. Autrefois on montrait de loin au public le Sacro-Catino dans les occasions solennelles, et il y avait les peines les plus sévères contre celui qui aurait osé le toucher. Quelques voyageurs du siècle dernier, l'abbé Barthélemy entre autres, avaient osé élever des doutes au sujet de la fameuse relique ; ces doutes furent confirmés lorsque, sous Napoléon I, la prétendue coupe d’émeraude fut portée à Paris : on s’aperçut facilement qu'au lieu d’une pierre précieuse, c'était une coupe de verre antique. En 1815 elle fut renvoyée à Gênes el se cassa pendant le trajet ; nous avons pu voir, moyennant rétribution, dans le trésor de la cathédrale, les fragments du Sacro Catino ornés d’une monture en or.

Almeria et ses fertiles jardins sont souvent chantés dans les romances moresques. A l'époque

de la guerre de l'Alpujarra, le r20 d' Almeria fut une des dernières parties du pays qui se rendit aux

ME es | Espagnols. Calderon a tiré d'unépisode de cette guerre le sujet d'une de ses pièces î Amar despuet de la muerte, y el sitio de la Alpuxarra, c'est-à-dire : Aimer après la mort, et le siége de l'Alpujarra. PP | 3

Il yavait à Almeria un jeune Morisque nommé Tuzani ; c'était un beau cavalier, habile à manier avec adresse sa longue épée de fine trempe suspendue à un élégant ‘baudrier, et sa riche arquebuse valencienne. Tuzani aimait une jeune Moresque, la belle Malcha, qui fut tuée au siége de Galera, où se commirent tant d’atrocités ;‘il retrouva le corps de sa maîtresse pers de deux coups mortels, et fit le serment de la venger. Il s'enrôla dans l’armée espagnole, et finit par découvrir, à force de recherches, que le meurtrier était un certain Garcès ; enfermé par hasard avec le Morisque dans la prison d’Andarax, Garcès s'avoua l’auteur du meurtre, et fut POISPants par Tuzani, qui parvint à s'échapper; il fut enfin repris, et on le conduisit devant don Juan d'Autriche, qui, après avoir entendu son histoire, lui accorda son pardon et la liberté.

Comme nous voulions nous rendre à cheval d’Almeria à Malaga en suivant la côte de la Méditerranée, nous retournâmes sur nos pas, en passant par la petite ville de Dalias, et nous tra- . versâmes ensuite Awdra, l’ancienne Aôdera des Phéniciens, qui remonte, comme toutes les villes de cette côte, à une très-haute antiquité ; nous avons vu des médailles frappées dans cette ville à l'époque de Tibère. [ei le climat et la végétation sont dignes des tropiques; on cultive Le coton et la canne à sucre dans les environs de Motril ; toute cette côte est exposée à un soleil ardent, et quoique nous fussions en automne, il nous était quelquefois impossible de voyager pendant les heures les plus chaudes de la journée.

Peu de temps après avoir quitté Motril, nous arrivèmes à Salobreña, petite ville peu intéressante par elle-même, mais qui fait remonter sa fondation à Salambo en personne; telle est du moins l'origine revendiquée pour elle par un historien espagnol, et cela bien avant le bruit fait autour de la Vénus phénicienne par un roman français.

A peu de distance de Motril se trouve Almuñecar, d’où on voit se découper, sur un ciel toujours bleu, la haute Sierra de Lujar, et un peu plus loin celle de Tejeda. Il n’est guère de pays qui réunisse des productions aussi variées : les hautes montagnes qui dominent la côte produisent des saxifrages et autres plantes des climats froids, tandis que, dans les terrains d'alluvion qui bordent la mer, on peut acclimater la plupart des végétaux de la zone torride.

Velez-Malaga est le paradis de la côte méridionale d'Espagne ; il n'est peut-être aucune ville d'Europe dont le ciel soit aussi beau et le climat aussi doux: outre le coton et la canne à sucre. — Cana dulce, — Vindigo, le café, la patate et d'autres plantes des tropiques y réussissent à merveille; nous achetämes au marché des cannes à sucre vertes qui étaient excellentes, et des fruits originaires d'Amérique appelés chirimoyas. A l’époque de la domination arabe, il y avait à Velez- Malaga et sur toute la côte, jusqu'à Marbella, beaucoup plus de moulins à sucre qu'aujourd'hui; il Y en avait encore un certain nombre au dix-septième siècle, comme le montre ce passage d'un voyageur : « Il ya aussi des salines et des moulins à sucre. qu'ils appellent éngenios de azucar, dont Jay veù auprès de Marpella ou Marbella en Andalousie. où J'ai veù beaucoup de cannes de sucre, qui sont faites comme d'autres roseaux. mais qui ont au dedans une certaine moüelle, et une eaüe fort douce. car j'en ay cueilly par les chemins. » A

Velez-Malaga à de brillantes pages dans son histoire; quelques années avant la prise de Grenade, elle appartenait encore aux Mores, et Ferdinand le Catholique vint en personne faire le siége de la ville, une des dernières qui fussent au pouvoir des infidèles. La chronique de Hernando del Pulgar raconte que, les assiégés ayant fait une sortie, le roi se trouva un moment entouré de plusieurs Mores qui voulaient semparer de sa personne; le baudrier de son épée s étant accroché au harnachement de son cheval, il ne pouvait se défendre et il allait être fait prisonnier,

quand l'intrépide Garcilaso de la Vega, lançant son cheval au galop, mit les ennemis en fuite el

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parvint à.délivrer son souverain, qui lui-même pérea un More de sa lance, En

souvenir de cet événement, Ferdinand donna pour armoiries à la ville de Velez-Malaga un roi à cheval revêtu

de son armure et perçant un More de sa lance.

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