‹ L'EspagneChapitre 8 sur 287 · EXÉCGUTION D'UN ASSASSIN À BARCELONE · texte numérisé non relu

EXÉCGUTION D'UN ASSASSIN À BARCELONE

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Malgré ces récits attrayants, nous n'avons jamais aperçu, de loin ni de près, la figure d'un

brigand espagnol, bien que nous ayons souvent traversé les passages renommés comme les plus dangereux, par exemple la route de Gérona à Figueras, où la diligence fut arrêtée la veille de notre passage, en mai 1872. Cependant une petite arrestation à main armée ne fait pas mal dans des souvenirs de voyage, et nous la désirions d'autant plus que nous n'avions rien qu'on püût nous voler. Cette impression, hélas ! nous a toujours été refusée. Bien des fois, il nous est arrivé de rencontrer des gens à la mine assez féroce, armés du #rabuco où tromblon national ; mais en passant près de nous, au lieu de nous demander la bourse ou la vie, ou de nous crier : Boca abajo ! (La face contre terre !), ils nous adressaient fort poliment le salut traditionnel : Vayan ustedes con Dios ! (Que Dieu vous accompagne !) Mais comme tout se perfectionne dans ce siècle de progrès, on a trouvé le moyen, en l'an de grâce 1872, d'arrêter les trains de chemin de fer, comme cela est arrivé près de la Sierra-Morena, il n'y a guère plus d'un an.

Déjà nous avions traversé la campagne fertile qu'arrose le Llobregat (Rubricatus), petite rivière dont le nom est parfaitement approprié à ses eaux rougeâtres et troubles. Notre diligence soulevait des tourbillons de poussière blanche ; heureusement, nous avions eu la précaution de prendre nos places sur l'impériale : le nuage s'élevait rarement jusqu à nous, tandis que les voyageurs de l'intérieur étaient littéralement poudrés à blanc ; nous étions en outre parfaitement placés pour étudier à notre aise toute l’organisation d'une diligence espagnole. Ce lourd véhicule est bardé de fer, de manière à résister aux chocs les plus rudes ; pour la distribution intérieure, il diffère peu des nôtres ; il y a parfois deux coupés communiquant entre eux au moyen d’un guichet qui peut s’ouvrir et se fermer à volonté, et des jalousies composées de petites lames de bois, excellente précaution contre la chaleur. Les chevaux et les mules, dont le nombre varie entre huit et quatorze, sont rasés à mi-corps, dans le sens horizontal ; on les attelle toujours deux par deux, en laissant entre chaque couple un assez grand espace, comme dans les attelages en arbalète ; cela forme une longue file qui, vue d'en haut, se développe comme un immense serpent.

Les diligences sont très-chères en Espagne : souvent on fait payer deux pesetas, plus de deux francs par lieue, c'est-à-dire cinq fois environ le prix de la première classe du chemin de fer. Les transports de bagages ne sont pas d’un prix moins exorbitant, et on n’accorde au voyageur qu'un poids tout à fait dérisoire. Dans un rapport à son gouvernement, M. Barringer, ministre des États-Unis, affirmait, il y a une quinzaine d'années, qu'il avait dû payer trois cents duros, plus de quinze cents franes, pour le transport, de Cadix à Madrid, d'une voiture qui n'avait coûté que cinquante duros de New-York à Cadix.

Le personnel de la diligence se compose invariablement du mayoral, du zagal et du delantero. On peut se figurer, comme type du mayoral, un gros homme à la face large et haute en couleur, encadrée d'épais favoris taillés en côtelette ; il est coiffé d'un foulard noué sur la nuque et surmonté du sombrero calañes, chapeau andalou à bords retroussés, surmonté de deux pompons de soie noire ; il porte lenarsille, veste courte ornée de broderies et d’aiguillettes, avec des pièces de drap rouge ou vert aux coudes, et un grand pot de fleurs brodé qui étend ses ramages au milieu du dos; le pantalon, qui descend un peu plus bas que les genoux, est en drap bordé de velours, ou en peau de mouton, ca/zon de pellejo ; la chaussure consiste en souliers blanes recouverts de botines, guêtres de cuir à moitié ouvertes sur le mollet.

Le mayoral est un personnage important : il Le sait et en abuse ; il règne en tyran non-seulement sur ses subordonnés, le zagal et le delantero, mais aussi sur le voyageur.

Voici un dialogue entre un voyageur et un conducteur, sténographié d'après nature par un Espagnol : |

«Dites donc, mayoral, deux mots, s’il vous plaît ? »

Le mayoral passe son chemin sans répondre.

ce

Le

18 | CHAPITRE PREMIER. , «Mayoral, auriez-vous la bonté de m'écouter un instant ? ven à bc ps | — Qu'est-ce qu'il y a? FAURE KP Here 7 EL LNEAEE PEUR — Hombre! je voudrais bien partir avec cette diligence : dans le cas où il n'y aurait pas de

place, pourrais-je me mettre à côté de vous sur le siége? RATE 2 6 Don ANUS

— Pas possible. rs s'y He 24 PAR | — Voyons, mayoral, ne me laissez pas dans l'embarras; pourrais-je au moins me placer sous

la bâche? | — On verra. | — Et combien cela me coûtera-t-1l ?

— Le prix de l'intérieur. » |

On dit que le nom du zaga/ Vient d'un mot arabe qui signifie agile; en effet, le rôle du zagal est des plus actifs, et la moitié au moins de son existence se passe à courir à côté des mulets et à les exciter par tous les moyens possibles. Ses ressources en ce genre sont inépuisables : tantôt il vole rapidement depuis la première mule jusqu’à la dernière, en distribuant à chacune son coup de bâton ; tantôt on le voit, devançant l’attelage, faire provision d’une quantité de petits cailloux qu'il lance très-adroitement dans les oreilles des bêtes les plus paresseuses ; le moyen ne manque jamais son but ; les mules, électrisées et chatouillées par les projectiles, lancent des ruades à droite et àgauche; il en résulte alors un pêle-mêle mextricable de jambes entortillées dans les traits, et le zagal, pour faire rentrer les choses dans l’ordre, ne trouve pas de meilleur moyen que de recommencer sa distribution de petits cailloux. On se demande comment les mules espagnoles peuvent résister aux innombrables coups dont on les accable : si elles n’en recevaient que du zagal, passe encore ; mais un usage établi veut que les passants ne manquent presque jamais de lancer un coup de bâton ou de fouet aux chevaux ou mules qu'ils rencontrent ; c’est un petit service qu'on n’a garde d'oublier de se rendre. Le costume du zagal est des plus simples et des plus légers ; un foulard noué autour de la tête, une chemise de couleur, un pantalon de velours de coton entouré d'une large /aja, ceinture rayée, et pour chaussure, les a/pargatas de chanvre tressé. Le zagal porte toujours derrière le dos, passé sous sa ceinture comme la batte d'arlequin, un bâton mince et flexible, instrument qui paraît être indispensable à sa profession.

Le delantero est ainsi nommé parce qu'il est toujours en avant, monté sur la première mule du côté gauche. On l'appelle le condamné à mort, à cause de la dureté extraordinaire de son métier : il restait autrefois quarante-huit heures de suite en selle, et même davantage. Le trajet de Madrid à Bayonne se faisait sans qu'on changeât de delantero une seule fois. Le delantero est un garçon de quinze à vingt ans; il est ordinairement coiffé de la montera, espèce de bonnet en peau d'agneau, qui donne à sa figure noircie par le soleil une expression des plus sauvages. Jadis, le personnel de la diligence n’était pas complet sans les escopeleros ; on appelait ainsi deux gendarmes chargés de protéger les voyageurs en cas d'attaque, et qui se tenaient sur le haut de la diligence pour surveiller la route.

Tant que dure le voyage, le mayoral et le zagal ne cessent d'interpeller les mules, dont chacune porte un nom particulier; ils leur adressent, avec les intonations les plus divertissantes, toutes sortes d’épithètes, tantôt flatteuses, tantôt injurieuses, suivant les circonstances, ou des plaisanteries dans le genre de celle-ci : Coronela, en llegando à casa me harëé una papalina con tu pellejo! (Golonelle, en arrivant je me ferai un bonnet avec ta peau !) La nuit ne met pas fin à cette musique, et quand le mayoral sucecombe au sommeil, on l'entend encore murmurer : Capitanaaa…. comisar000..….. raa.…. puliaan.… bandolero.…., arre carboneraaa : et ainsi de suite, jusqu'à ce que, tout à fait endormi, il soit remplacé par le zagal, qui reprend dans le même ton.

La diligence est le moyen de transport aristocratique : elle ne roule que sur les routes royales, Canunos reales ou carreteros. A serait plus juste de dire : elle ne roulait, car, depuis que d’impor-

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PRISON DE L'INQUISITION A BARCELONE. (page 13.)

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uze duros (une soixantaine « | et nous nous relevämes sains et saufs; mais on ne se fre pas ouJo à accidents : on nous montra, dans notre voyage de Barcelone à Valence, un dans lequel une ROUES avait été précipitée, entraînant done sa chute voxgeurs | |: 1 t ORSUNRE | | LA PRE A Il y a aussi le correo, le courrier, qui marche un peu plus vite, et n ‘admet que es ou trois voyageurs; c'est un véhicule ordinairement mal suspendu, quelquefois même il ne je est pas du tout; puis le coche de colleras, diminutif de la diligence, qui n'est attelé que d une demi-douzaine de mules, et ne fait guère plus de dix lieues d’ Espagne, ou treize lieues de France par jour. Vient ensuite la galere. Jamais instrument de torture ne mérita mieux son nom. Qu'on se figure une très-longue charrette supportée par quatre roues; le fond se compose d'un filet en sparterie à larges mailles qui, décrivant une courbe, va presque toucher le sol : c’est sur ce plancher à jour qu'on place pêle-mêle les marchandises et les voyageurs, — on devrait plutôt dire les condamnés ; le toit de ce bagne ambulant consiste en cerceaux qui s’arrondissent parallèlement et qu'on recouvre : d'une toile grossière. L'intérieur d'une galère est un vrai chaos : les voyageurs sont obligés de lutter contre les bagages qui ne cessent de tomber sur eux, et auxquels le mavoral donne toujours la préférence, attendu qu'il en est responsable; quant aux malheureux voyageurs, s'ils ont quelques côtes brisées, c’est leur affaire. Un jour, nous eùmes l’imprudence de nous aventurer dans une galère, mais nous n’y restâmes pas longtemps ; nous primes le parti de la suivre à pied, ce qui nous fut facile, car elle faisait à peine sept ou huit lieues par jour. Le zagal de la galère joue un rôle beaucoup moins actif que celui de la diligence : il organise les haltes, donne à boire aux mules dans ces grands chaudrons de fer qu'on voit suspendus aux côtés du véhicule, et dans les descentes rapides, enraye la lourde machine au moyen d’une longue perche qui, faisant levier, vient s'appuyer sur une des roues. Trop souvent, cette perche est un jeune arbre coupé sur le bord de la route.

Les carros, aussi peu suspendus que les galères et d’une marche aussi lente, n’ont que deux roues et transportent rarement des voyageurs. Quant à la fartana, c'est un véhicule à part, propre à Valence et à Murcie, où nous les retrouverons tout à l'heure, car nous ne tarderons pas à quitter la Catalogne pour entrer dans le royaume de Valence. Pendant que nous sommes sur la grand'route, n'oublions pas de dire quelques mots des peones camineros : ce nom ronflant signifie tout simplement : des piétons chargés des chemins. Les péons portent ordinairement à leur chapeau une large plaque de cuivre indiquant leur profession ; outre la pioche et la pelle, ils ont presque toujours à côté d'eux une escopeta, ou bien un vieux refaco, fusil court, armes rouillées, mais qui leur suffisent cependant pour tenir en respect les rateros. On donne ce nom aux voleurs isolés, aux maraudeurs à l'affût d’un larcin quelconque, comme on en rencontre un peu dans tous les pays : le ratero est souvent un apprenti bandido, un voleur amateur que l'occasion à fait larron.

Le cantonnier espagnol est presque toujours grand consommateur de cigarettes, et bon nombre d’entre eux nous ont paru ennemis décidés de la fatigue. Quel est le voyageur qui ne l'a vu transporter, sans jamais se presser, un peu de sable ou quelques petites pierres dans une petite corbeille de jonc qu'il tient par les deux anses, appuyée sur un de ses genoux; car l'usage de la brouette lui est ordinairement inconnu. Arrivé au terme de sa course, on le voit déposer avec soin son fardeau dans une ornière, qu'il finit quelquefois par combler. Nous ne dirons rien de la contrée qu'on traverse entre Barcelone et Tarragone, si ce n'est que

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