‹ L'EspagneChapitre 82 sur 287 · NUL · texte numérisé non relu

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Le qui bac nn temp à Malaga DuTaRe y étudier, s'ils

LEA “certaines gens, des types extrêmement curieux, tels que le charranet le baratero. 4 Qu'est-ce que le charran? e Diccionario de la Academia española ne nous mat rien à sur ce sun et ce mot est également absent des autres dictionnaires espagnols. Ce n’est ni le gamin $

de Paris, ni le péle voyou ; ce n° est pas non plus le lazzarone napolitai n, et pourtant c'est un peu UE

de tout cela. Allons flâner dans le barrio del Perchel, quartier où les pêcheurs étendent leurs filets

on perchas pour les faire sécher; c’est le rendez-vous des #a7os, comme à Séville la Maca-

rena ; à Malaga, quand on veut parler d’une fille du peuple élégante et pleine de dé ol

on dit une »0za Perchelera, comme à Séville on dit une kembra Macarena. k

Approchons-nous de cette barque échouée sur la plage, et à l'ombre de le des hommes

du peuple sont assis et jouent aux cartes: ce sont des charranes ; ils sont nés à Malaga, et ils y

mourront, à moins qu'ils n’aillent finir leurs jours au presidio (bagne) de Ceuta ou de Melilla; ils

exercent, il est vrai, une industrie apparente : ainsi ils vont par les rues vendant des boguerones, ,

les sardines de l’endroit ; ou bien ils offrent leurs services aux ménagères qui viennent acheter au

marché la provision du jour; mais leur véritable état, c’est de ne rien faire, de vivre d'endustrie,

dans le mauvais sens du mot, de prendre le soleil sur la plage ou l'ombre sur l’esplanade du

muelle.

Le charran est un garçon de quatorze à vingt ans ; jeune, on l'appelle pe/lo, mot à peu près synonyme de voyou; on l'appelle encore granuja, expression locale qui signifie pepin de raisin, et qui entraîne une intention de mépris. Les gamins de Malaga n'ont rien à envier, sous le rapport de l'adresse, aux plus habiles filous de Naples ou de Londres ; nous en avons fait personnellement l'expérience, à bon marché du reste, puisqu'elle ne nous a coûté qu'un mouchoir. Hs sont très-inventifs pour s'approprier le bien d'autrui; on en pourra juger par cette petite histoire locale, que nous rapportons dans toute sa pureté, d’après un Malagueño. IH s'agissait de voler à un brave arriero, descendu de la montagne, une once d'or qu'il avait mise dans sa bouche, dans la crainte des filous. Un dimanche, notre arriero rencontrait à la Puerta de Mar un paysan de ses amis, qui le pressait de l'accompagner à l'église; le méfiant montagnard refusa, disant qu'il avait une once d’or dans sa /aja, et qu'il craignait de se trouver au milieu de la foule. Le paysan insista, lui faisant observer que ce n'était pas une raison suffisante pour manquer la messe, — perder la misa;— et puis, ajouta-t-il, mets /a onza dans ta bouche : elle y sera plus en sûreté que dans ta ceinture.

Cette raison parut concluante à l’arriero, qui prit avec son ami le chemin de l'église. Quelques vauriens, pellos, granujas ou charranes, avaient entendu la conversation, et avaient vu l'once d'or passer de la faja dans la bouche de l'arriero ; trois d’entre eux se détachèrent de leurs camarades, et suivirent leur victime jusque dans l'église. Avant d'entrer, ils prirent chacun les deux coins d'un mouchoir dans lequel ils jetèrent quelques petites pièces de monnaie, et se mirent à jouer au naturel le rôle de deux marins demandant des offrandes pour faire dire des messes à la Vierge del Cérmen. Is s'approchèrent ainsi de l'arriero, qui se tenait au milieu d'un groupe, serrant les dents pour mieux garder son once, et regardant de travers tous ceux qui se trouvaient autour de lui; les faux marins s'étaient agenouillés, et faisaient semblant de murmurer des prières, sans dés de vue l’arriero. Enfin, après l’te müssa est, un d'eux lâcha tout à coup les coins du mouchoir, et la monnaie roula sur les dalles.

« Caballeros, que personne ne bouge, s’écria un des charranes, tout cet argent appartient à la

Virjen santisima! Attention à l'once ! où est l'once d'or?» Tous les assistants se penchèrent pour regarder, à l'exception des faux marins, qui reprirent tout haut : « Personne n'a vu l'once pour les messes de Maria Santisima? Qui done a pris l’once?

«— C'est ce coquin-là qui vient de la ramasser et de la mettre dans sa bouche, » s'écria un des assistants qui n'était autre qu'un compère, en montrant du doigt le pauvre arriero, Celui-ci, confus et interdit, porta naïvement sa main à sa bouche, et en retira l'once d'or, qu'un des assistants, — toujours un compère, — lui arracha violemment des mains avec une indignation bien Jouée, pour la remettre dans le mouchoir des pauvres marins. Le public, indigné, accabla de reproches le prétendu voleur, et quand celui-ci put enfin ouvrir la bouche pour protester de son innocence, les charranes, qui s'étaient faufilés parmi la foule comme des serpents à travers un buisson, se partageaient l’once d’or en dehors de l'église.

Malgré leur costume délabré, ces lazzaroni de Malaga ont une certaine désinvolture qui empêche de les confondre avec les mendiants de profession ; du reste 1ls ne demandent pas : ils aiment mieux voler; l'esplanade del Muelle est le théâtre ordinaire de leurs exploits; cest là qu'ils ont l'habitude de prélever la dime sur les marchandises qu'on dé- L barque; tantôt c'est un bacalao (morue; qu'ils font adroitement passer sous leur chemise, tantôt c'est un énorme oignon, | 4 ; £: , un melon, ou quelques batatas ; ils sont — SEE = GLS 2, encore fort habiles à plonger leur navaja \\ | dans un ballot, pour recevoir dans leur sombrero le riz qui s’en échappe; ils se donnent ensuite rendez-vous dans le lit de desséché du torrent de Guadalmedina, où — si) Ce dans quelque autre endroit écarté, où ils D 7 Dre, font cuire entre deux pierres, dans quel-

TN ET EE ques vieux lessons, les produits de leur maraude. |

IL est rare que ces festins ne se terminent pas par une partie de cartes, car ils sont très-joueurs, comme presque tous les Andalous de la basse classe : une mante crasseuse. pliée en quatre et jetée à terre, leur sert de tapis de Jeu; les cartes sont tellement usées que c’est à peine si l’on distingue les points. Ils ne sont pas moins passionnés pour les jeux de hasard, notamment celui de pile ou face, — caray cruz ; — el comme ils ne se font pas faute de tricher, il est rare que la partie finisse sans quelque rixe, où les coups de poing, les coups de bâton et les pierres pleuvent comme grêle; les pedreas, c'est ainsi qu'ils appellent leurs combats à coups de pierres, ont ordinairement lieu dans le torrent de Guadal- Medina, qui leur fournit des projectiles de tout calibre. C’est là aussi que se vident les querelles

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