‹ L'EspagneChapitre 84 sur 287 · VIT · texte numérisé non relu

VIT

Nous avons déjà dit quelques mots du baratero : c’est un homme de la lie du peuple, qui a acquis une habileté extraordinaire à manier la navaja et le puñal, et qui exploite la terreur qu'il inspire pour exiger des joueurs un droit sur l'enjeu de la partie. Nous l'avons déjà dit, les Andalous de la basse classe sont extrêmement joueurs : chaque ville renferme un certain nombre de gens sans aveu désignés sous le nom de fahures, qui correspond à peu près à celui de grecs, et qui n ont d'autre industrie que le jeu.

: Il est rare que les vices d’une nation ne soient pas plusieurs fois séculaires : les ordonnances d'Alphonse le Savant contre les /afurerias ou maisons de jeu prouvent que dès cette époque la passion du jeu était déjà très-violente en Espagne; elle n'avait en rien diminué au dix-septième siècle, si nous en croyons un curieux ouvrage d'un auteur sévillan, le licencié Fajardo, contre les oisifs et les joueurs, ouvrage dans lequel l’auteur énumère les nombreux tours, pratiques et escroqueries employés par les grecs du temps.

Chaque ville d'Andalousie a ses garitos ou tripots, où se réunissent les joueurs de profession, auxquels on pourrait encore appliquer ces anciens vers : | Ya el jugador de España

Su esperanza no fia En el incierto azar, sino en la maña. L:

« Aujourd'hui, le joueur espagnol ne met pas son espérance dans le hasard incertain, mais dans l'adresse de ses doigts. »

Les garitos ne sont pas les seuls rendez-vous des joueurs ; ils se réunissent partout : sur la plage, à l'ombre d’une barque ; sous les arbres d'une promenade, ou à l'abri d'un vieux mur, dans quelque endroit écarté : l'assistance est ordinairement composée de charranes et autres gens sans aveu, auxquels se mêlent quelques marins et quelques soldats. Voyez-les le long de ce /alucho

AL D ds SE RS, = SR

254 O2 CHAPITRE DIXIÈME Le ALT échoué sur le sable, et dont Le voiles sèchent au soleil : les :, sont Ïs, les au couchés ph

ventre devant un jeu de cartes crasseux; ils jouent au cané, au pecao, ou à quelque autre de ll Jeux favoris ; leur physionomie est inquiète et agitée, soit par la passion du jeu, soit Pa la crinte de voir arriver un a/guacil. 4 | ARS "A

Tout à coup, et sans qu'on sache d'où il est venu, un individu au teint pâle, à la ÉLbe sinistre, : 10 à l'air hardi et provocateur, apparaît au milieu du groupe : c'est un homme robuste, bien empati- Hlado, c'est-à-dire orné d’une large paire de favoris; il porte d'un air dégagé sa veste sur l'épaule, et son pantalon court est retenu par une large ceinture de soie : c'est un baratero, qui s installe sans facon à côté des joueurs, et leur annonce brutalement qu'il vient prélever sa part sur l'enjeu, — cobrar el baralo ; — c'est ainsi qu'on appelle BAAPEES de tribut qu'il s'arroge le droit de prélever, et qui, du reste, ne consiste ordinairement qu en une somme très-minime ; deux ou trois GRATOE tout au plus, ou environ dix centimes par partie.

« Ahi va eso! s'écrie le baratero en jetant au milieu du groupe un n objet entouré d'un vieux papier gris qui a dû servir à envelopper du poisson frit : c’est un paquet de vieilles cartes, — barapa, — qui signifie qu'on ne doit jouer qu'avec ses cartes : Aqgui no se juega sino con nus barajas ! «{ei, on ne joue qu'avec mes cartes ! » Si les joueurs sont de bonne composition, le baratero empoche ses euartos, et tout se passe paisiblement. Mais il arrive quelquefois qu'il se trouve dans le groupe un valiente, — un vaillant, — un m020 cruo, littéralement : un garçon cru, expression andalouse presque intraduisible, qui signifie un jeune honime hardi et brave. Celui-ci répond sans s’effrayer, avee un fort accent andalou : Camard, nojotros no necesitamos jeso! — «Camarade, nous n'avons pas besoin de cela! » Et il rend le jeu de cartes au baratero. « Chiquyo, reprend celui-ci, venga aqut el barato, y sonsoniche! « Gamin, fais-moi vite passer le 6arato, et pas un mot!» Le #20 cruo tire alors un long couteau attaché à sa ceinture, l’ouvre en faisant entendre le eliquetis-des ressorts, en enfonce la pointe à côté de l'enjeu. et s’écrie en regardant le provocateur d'un air de défi: Agui no se cobra el barato sino con la punta de una navaja! « Xei on ne touche le barato qu avec la pointe d'une navaja. »

Il est rare que le défi ne soit pas accepté ; en ce cas les deux adversaires prononcent le solennel vamonos ! ou vamos ali! « Allons-y !» ou bien encore : Vanos à echar un viaje! «Allons faire un voyage!» C'est leur a/ea jacta est. On s'en va dans un coin écarté, les navajas ou les puñales sont tirés de la ceinture et brillent en l'air, et un des adversaires tombe ensanglanté.

Le meurtre ne demeure pas toujours impuni, et il arrive parfois que deux ou trois mois plus lard on entend par les rues de la ville le son d’une petite cloche et la voix d'un homme qui demande des aumônes para decir misas por el alma de un pobre que van à ajusticiar, «pour dire des messes pour l'âme d’un malheureux qu'on va justicier. »

Il arrive aussi que deux barateros se rencontrent sur le même terrain, et que le nouveau venu réclame sa part de l'enjeu; quelquefois la querelle se termine par un duel à mort ; on en à vu s enfermer dans une cour étroite et se déchirer à coups de couteau jusqu'à ce que l'un des deux tombât inanimé. Mais quelquefois aussi les adversaires n’ont que l'apparence de la bravoure el réalisent ce type du bravache pourfendeur, audäcieux avec les faibles, filant doux quand on lui lient (ête: type connu sous les noms de maton, le matachin, le valenton, le perdonavidas, ete. Lorsque deux braves de cette espèce ont une affaire, il s'établit entre eux un dialogue des plus amusants, dont nous allons essayer de donner une idée, bien que le dialecte andalou perde, en passant dans une autre langue, beaucoup de son originalité.

« Eal! c'est ici que les braves vont se montrer, dit l’un d'eux en faisant crier les ressorts de sa nava]a !

— Tire osté! Tirez ! compère Juan, s'écrie l'autre en tournant autour de son adversaire.

— Vente à mi, Curriyo ! pas tant de tours et de détours!

TE

SN

JA | 4 \ \ (A { AN A | AU APT T ALAN \ PAR LA AA Et

Sims RAA 2e “7 DE DOTE DAT on VA ll I | N | | J Aa (fl l |! | 1| 1

Page 1