‹ L'EspagneChapitre 87 sur 287 · EE L · texte numérisé non relu

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— Antequera, comme toute ls contrée hérissée nm montagnes qui s'étend vers le sud, el qu on appelle la Serrania de Ronda, joue un rôle important dans l'histoire du brigandage ; ces sierras sauvages servaient d'asile à de nombreuses bandes qui détroussaient impunément les voyageurs, et devant lesquelles la force publique restait souvent impuissante. Le capitan de bandoleros était d'ordinaire un homme agile et robuste ; sa tête rasée, couverte d'un foulard de soie aux vives couleurs dont les deux coins retombaient sur la nuque, était coiffée du sombrero calañes chargé de nombreuses houppes de soie noire. Sa veste en cuir fauve était ornée de toutes sortes d'agréments, de broderies en soie, et d'innombrables boutons de filigrane d'argent, — botonadura de plata ; une culotte courte, ajustée et dessinant les formes, tombait jusqu'au--dessus des mollets, que cachaïent à demi d'élégantes guêtres de cuir brodé, — botines de caida, — entr'ouvertes sur le côté, et d'où pendaient de longues et minces lanières de cuir. Dans les plis d'un large /aja de soie, serrant la taille, s'enfonçaient deux pistolets chargés jusqu’à la gueule, sans préjudice d'un puñal effilé et d’un cuchillo de monte, large poignard muni d’une garde, et dont le manche de corne s'ajuste dans le canon de l’escopette.

Le vrai bandolero faisait ses expéditions à cheval; il avait pour monture un vigoureux potro andalou à la longue crinière noire ornée d’aparejos de soie, et dont la queue était entourée de cette espèce de ruban que les Andalous appellent ata=cola ; une manta aux rayures éclatantes laissait flotter de chaque côté des pompons sans nombre. {1 va sans dire que linévitable #rabuco malaqueño, à la gueule évasée, suspendu la crosse en l'air au gancho d'une selle à la mode arabe, complétait l'armement : on dit que José Maria, ainsi équipé, aimait à adresser cette plaisanterie à ses camarades, en montrant deux rangées de dents blanches : Quién me pedir& el pasaporte? — Qui me demandera mon passé-port ?

L'expédition classique du bandolero, l'A B C du alien c'était l'attaque de la diligence : aussitôt que les vedettes en annonçaient l’arrivée, la route était barrée par la partida, et les chevaux abattus ou dételés. On enjoignait aux voyageurs de descendre, de se placer la face contre terre, boca abajo, et on leur attachait les bras derrière le dos; le capitan donnait ensuite l'ordre de procéder à la visite des bagages ; on fouillait aussi les voyageurs, et après avoir menacé de mort celui qui avant une demi-heure ferait le moindre mouvement, la partida regagnait à fond de train son repaire, où avait lieu le partage du butin. On faisait trois parts égales : l’une pour le capitan, l’autre pour la partida, dont le nombre dépassait rarement huit ou dix personnes; le reste était comme un fonds de réserve destiné à secourir les camarades tombés entre les mains de dame justice, et à faire dire des messes, — decir misas, — pour l'âme des malheureux qui finissaient, suivant leur langage pittoresque, par danser au gibet sans castagnettes, — bailar en la horca sin castañuelas. |

Une des plus célèbres partidas d'Andalousie était celle des Niños de Ecija, — les Gars d'Ecija ; — cette fameuse bande avait de nombreux espions, largement payés, qui étaient au courant du passage des diligences, des galères et des convois d'argent; ils avaient des intelligences dans les fermes, dans les campagnes et jusque dans les villes; si jamais quelqu'un les trahissait, on.

ne tardait guère à trouver son corps, criblé de coups de poignard par une main inconnue,

Les Miños de Ecija changèrent plusieurs fois de chef; le plus fameux, dont on vantait la générosité chevaleresque, était le capitan Ojitos ; c'était, assure-t-on, un cavalier accompli, appartenant à une bonne famille d’Ecija, et qui fit tourner plus d'une tête; son second, à cause de son

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LES ENFANTS TOREROS, SCENE ANDALOUSE, À RONDA page 269).

air sauvage et rébarbatif, avait reçu le surnom de Cara de hereje, — Face d'hérétique. — Le capl lan Ojitos eut une fin tragique : s étant un Jour querellé avec un de ses bandoleros nommé Tiria, il s'ensuivit une lutte au puñal, et les deux combattants restèrent sur le terrain

LES BANDOLEROS

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\ sol, et tous se baissèrent pour les ‘amasse ce tombèrent criblés de balles par des soldats cachés dan des qui à aisi le moment où ils élaient réunis en groupe, comme fait le 1 les perdrix viennent se réunir autour de la poignée de grain qu'on jette à terre ‘illustre bandolero, était le vrai modèle du bandit courtois et chevaleresque :

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DEA EN Del pobre protector, ladron sensible, ‘A | Fué sempre con el rico inexorable.

En ‘ M 7 «Protecteur du pauvre, brigand sensible, dit la chanson populaire, il se montra toujours inexorable avec le riche. » "er e. .

José Maria était de Ronda : comme la plupart des Andalous, il avait un sobriquet, apodo ; on J'avait surnommé T'empranillo parce qu'il était toujours sur pied de grand matin. Il se plaisait, dit-on, à distribuer aux malheureux ce qu'il avait enlevé aux riches, et il devint ainsi très-populaire en Andalousie. Il finit tranquillement ses jours dans l’aisance, comme un honnête rentier ; de même que la plupart des bandoleros, il avait sa querida, une brune fille de la Serrania de Ronda : sa ÆRosita 6 mayo, — petite Rose de mai, comme il l’appelait, le décida à demander l'éndulto. son pardon, qu'on fut trop heureux de lui accorder. Ses exploits sont célébrés dans une quantité de romances populaires ; ilen est une qui reproche au gouvernement d'avoir transigé avec lui et sa partida : k

Al valor español haciendo insulto,

Pidié al bandido contener su saña, Y diôle en pago miserable indulto, Para baldon de la valiente España !

«Faisant insulte à la valeur espagnole, il demanda au bandit de contenir sa rage, et lui donna en payement un misérable pardon, à la grande honte de la vaillante Espagne!»

Il n'est guère de ville d’Espagne où l’on ne trouve de ces romances populaires, dans lesquelles presque toujours les bandoleros jouent le plus beau rôle : on pourrait presque dire que les enfants apprennent à lire dans des histoires de brigands. Nous achetâmes un jour dans la petite ville de Carmona une cancion andalusa intitulée E7 Bandolero :

Soy gefe de bandoleros,

Y al frente de mi partida

Nada mi pecho intimida,

Nada me puede arredrar.

Que vengan carabineros,

Que vengan guardias civiles,

Mis trabucos naranjeros

Les harän escarmentar,

Y no querrän mas ensayO ;

A caballo !

Trabucazo, y à cargar!

« Je suis chef de bandoleros, et à la tête de ma partida, rien ne m'intimide, rien n’est capable de m'arrèter ; viennent les carabiniers, viennent les gardes civiles : mes tromblons du calibre d'unc'orange leur apprendront à vivre, et ils ne voudront plus en essayer. À cheval! Déchargez vos tromblons, et en avant!»

Ainsi, les histoires de bandits courent les rues ; quel bel exemple pour la génération future, que celui de Diego Corrientes, e/ Bandido generoso, d'Orepita, de Palillos ou de Francisco Esteban el Guapo, que les gravures sur bois à deux cuartos nous montrent vêtus du plus beau costume andalou, détroussant de pauvres voyageurs qui implorent leur pardon à deux genoux, de l'air Je plus piteux! Voici encore les Siete hermanos Vandoleros, « où se conte la vie, l'emprisonnement

PONT ROMAIN, A RONDA (page 269).

et la mort de sept frères bandits, avec le détail des grandes cruautés, attaques, vols et assassinats commis par Andrés Vasquez et ses six frères, comme le verra le curieux lecteur. » Les membres de cette aimable famille, qu'on prit d’un même coup de filet, s'avoutrent coupables de cent deux assassinats, Sans compter d'autres peccadilles du même genre.

Inest pas jusqu'aux femmes qui n'aient leur place dans cette galerie du brigandage ; nous

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