À {} SI \ CES NA LA
CONTREBANDIERS DE LA SERRANIA DE RONDA (page 273).
(douan sjir Ê tout nement des ant, — “tel est 1 surnom que 1 gens e ques |
donnent s com atriotes, — "le contrebandier ne craignit pas de nous initier à quelques-uns des mystères de son aventureux métier.
AP) première opération du contrabandista consiste à aller s’approvisionner à Gibraltar. Ce sont ordinairement des juifs qui se chargent de lui fournir les marchandises dont il a besoin : mousselines, foulards, cigares, tabac, etc. Jusque-là, rien de plus simple et de plus facile; mais il s'agit de faire entrer les-marchandises sur le territoire espagnol ; ici commencent les difficultés ; le corredor est là pour les résoudre. Ce courtier est un personnage qui habite Gibraltar, où il s'est ré fugié pour éviter les suites de quelques peccadilles. L'industrie de cet honnête intermédiaire consiste à aplanir, moyennant un forfait fixé à l'avance, les difficultés que des douaniers trop rigoureux pourraient opposer à l'introduction de la contrebande ; il sait à merveille distribuer quelques pesetas aux carabineros, afin de leur ôter toute envie de savoir ce qu'il y a dans les alforjas et sous l'aparejo des mulets, et leur offrir, en outre, des puros du plus gros calibre pour les remercier d'avoir été si peu curieux. |
Il arrive quelquefois que le corredor entreprenne des opérations sur une plus grande échelle pour le compte d'importantes mäisons ; on en a vu d'assez habiles pour faire débarquer en fraude des navires entiers. Notre contrabandista, plus modeste, se contente de faire entrer en Espagne quelques petites chärges de foulards ou de tabac ; une fois qu'il a passé la frontière, il se réunit à quelques camarades, et la caravane se met en marche, ayant soin de ne voyager que la nuit, faisant halte le jour dans des cortijadas ou fermes isolées, et quelquefois dans des villages où ils ont des affidés. Ces hardis contrabandistas, agiles comme des chamoiïs, connaissent les passages les plus difficiles de la serra, qu'ils parcourent le sac sur le dos et la carabine sur l'épaule, en se cramponnant des deux mains aux saillies des rochers à pic.
Les contrebandiers sont souvent dans les meilleurs termes avec les autorités des villages qu ils traversent ; ils n'oublient pas d'offrir un paquet de cigares à l'alcalde, du tabac à son secrétaire, et un beau foulard de soie à la femme du maire, — la señora alcaldesa. — Is arrivent presque toujours sans encombre au but de leur voyage ; parfois cependant un encuentro à lieu avec des carabineros ; alors le combat s'engage, et les refacos, chargés jusqu'à la gueule, font retentir les échos de la sierra: mais ces cas sont rares, car ilest presque toujours avec les douaniers de faciles accommodements, et quelques duros arrangent l'affaire à la satisfaction des deux camps. Arrivé au terme de son voyage, le contrebandier remet ses marchandises à ses correspondants, qui partagent avec lui; pour le tabac et les cigares, il arrive même, assure--on, qu'ils sont vendus pour son
compte nb estanquero, — le buraliste.
Quand il n’est pas en route, le contrebandier dépense avec prodigalité l'argent qu'il a gagné au péril de sa vie ; il passe son temps à la éaberna, soit à jouer au monte, jeu de cartes pour lequel il est passionné, soit à conter ses exploits, et en ayant soin d'arroser son récit de fréquentes rasades de jerez, de remojar la palabra, — de détremper la par ole, suivant une expression pitto— resque familière aux Andalous. Il résulte de tout cela que le contr abandista, peu habitué à faire des économies, arrive rarement à la fortune ; moins heureux que les employés de hacienda, avec lesquels il a partagé, il n’a d'autre retraite que la prison ou le pres/dio.
On nous assura que beaucoup de contrabandistas, quand les affaires étaient languissantes, uti-
lisaient leurs loisirs en: courant les chemins et en allégeant les voyageurs du poids de leur argent,
opération à laquelle ils procédaient, du reste, avec la plus grande courtoisie. 11 est possible qu'on ne les ait pas calomniés, car le métier de contrebandier est un excellent apprentissage pour célui de brigand. | IST RATRE
Gaucin se trouve à peu près à moitié chemin entre Ronda et Gibraltar ; du haut de son vieux château moresque, nous découvrimes une des plus splendides vues de Andalousie. Au premier plan s'élevaient les derniers contre-forts de la sierra de Ronda, qui s’abaissait insensiblement vers la mer et dont les teintes sombres contrastaient avec l'éclat de la plaine qui miroitait au soleil. | en
La Méditerranée s'étend à l'extrémité de cette plaine comme une longue bande d'azur, audessus de laquelle s'élève un petit point sombre.
C est Le rocher de Gibraltar. AE A
Plus haut encore, à l'horizon, se dessinent vaguement les montagnes qui bordent la côte d'Afrique entre Tanger et Ceuta. Après Gaucin, la route côtoie les plus effrovables précipices: les rochers sont entassés pêle-mêle sur les rochers ; il est probable que, dans des temps éloignés, un tremblement de terre à bouleversé la contrée. Nous arrivâmes le soir à San Roque, assez à temps pour apercevoir encore très-distinctement le rocher de Gibraltar, dont l'énorme masse noire, dorée par les derniers rayons du soleil couchant, s'élevait au-dessus de la mer comme le dos d’un monstre fantastique. San Roque est une ville toute moderne, dont la construction ne remonte qu'au com— mencement du siècle dernier, à l'époque où les Anglais enlevèrent Gibraltar aux Espagnols ; c’est la ville d'Espagne la plus rapprochée du fameux rocher, dont deux lieues à peine la séparent ; quelques familles anglaises viennent s’y installer l'été pour y chercher une fraîcheur relative. San Roque se ressent du voisinage de Gibraltar : les cottages, avee leurs portes bâtardes et leurs fenêtres à guillotine, pourraient faire supposer au premier abord qu'on est dans quelque ville d'Angleterre, si un ciel d'azur et un soleil africain ne donnaient à cette hypothèse le plus éclatant démenti.
À peu de distance de San Roque, dans la direction du sud, nous rencontrâmes une étroite et longue bande de sable, presque au niveau de la mer, qu'on appelle /e terrain neutre, et qui sépare le territoire britannique du territoire espagnol ; nous franchimes bientôt les lignes anglaises, et un instant après nous étions à Gibraltar, où nous devions nous reposer quelques jours.
Nous laisserons de côté le formidable rocher qui, depuis plus d’un siècle et demi, appartient à l'Angleterre, au grand désespoir de tout bon Espagnol, et nous nous embarquerons pour Aljeciras dans un /alucho aux longues voiles latines, qui fendra rapidement les flots bleus de la baie.
Aljeciras était appelée par les Arabes Jezirah-al-Khadrà, — l'ile verte, — nom qui ne lui convient plus aujourd'hui, car la verdure n’abonde ni dans la ville, ni dans les environs ;: c'est néan— moins une assez Jolie ville, qui n a pas, comme San Roque, perdu le caractère espagnol; cependant Gibraltar n’est guère qu'à deux lieues : quand le ciel est pur, on aperçoit distinctement les maisons de la ville, bâties au pied de l'énorme roc, et le soir nous entendimes le coup de canon qui annonçait la fermeture du port. +
Après avoir suivi une route très-accidentée, nous arrivâmes à Tarifa ; aucune ville d'Europe n est aussi rapprochée de l'Afrique, et nous apercevions distinctement les montagnes aux cimes anguleuses qui bordent la côte du Maroc. La ville, qui doit son nom au More Tarif, fut au moyen âge le théâtre des exploits du fameux Guzman, qui la défendit contre les infidèles, et mérita ainsi d'être appelé e/ Bueno, — le brave. — Les Tarifeñas, renommées entre les autres Andalouses pour leur beauté, nous parurent dignes de leur réputation : elles ont conservé l'usage de sortir voilées à la mode arabe, — tapadas ; leur mantille, en cachant la moitié de la figure, ne laisse voir qu'un œil noir aux longs cils veloutés.
Après Tarifa, nous traversâmes une contrée aride et désolée jusqu'à la petite ville de Vejer;
* il | | gl 1 |
{page
ROCHER i DE GIBR »IBRALTAR
al peine à. “an te tardios Sent que ce traces si pu sont ouate visibles rocher. LR |
Il n’est guère de ville en Andalousie qui n'ait sa élite légende de ce genre, accompagnée de quelque sobriquet plus ou moins grotesque; les environs de Cadiz sont particulièrement riches en ce genre : ainsi les habitants de Medina Sidonia sont appelés Zorros, les Renards, et ceux de Conil, Desechados, ce qui signifie quelque chose comme dédaignés ou abandonnés. Fernan Ca-
ballero à peint d'une manière charmante, dans ses écrits si populaires, ce côté pittoresque des mœurs andalouses.
Euh Tan. | '
Chiclana, où nous arrivämes après avoir traversé Conil, est une jolie petite ville située sur une hauteur, à peu de distance de l'Océan. De gracieuses casas de recreo, aux murs blanes et aux volets verts, annoncent le voisinage d'une grande ville : c’est là, en effet, que les habitants de Cadiz viennent l'été chercher un peu d'ombre. Les Chic'aneros ont aussi leursobriquet, tout comme leurs voisins : on les a surnommés A/aja-Primos, parce qu'un soir deux cousins, se promenant au bord de la rivière, virent la lune qui se reflétait dans l’eau et voulurent s’en emparer; mais ils avaient beau courir, la lune ne bougeait pas ; l’un des deux dit alors à l’autre : Dé vuelta adelante, y atdjala, primo! « Fais le tour vivement, et barre-lui le chemin, cousin!» La plaisanterie parait, dit-on, de très-mauvais goût aux Chiclaneros. Heureusement, ils ont pour se consoler le souvenir du grand Montès, e/ Chiclanero, le César et le Napoléon de la tauromachie, l'honneur et la gloire de Chiclana.:
Quelques heures seulement nous séparaient de Cadiz ; nous ne tardâmes pas à quitter la terre ferme pour entrer dans la Zs/a de Leon, l'île de Léon, pleine de marais salants où de nombreux salineros, à demi nus et hâlés comme des Africains, travaillaient en plein soleil; bientôt nous traversâmes la petite ville de San Fernando, célèbre par son observatoire, et une heure après nous arrivions à Cadiz. ?
Cadiz est la plus ancienne ville d'Espagne, plus ancienne que Rome même ; la Gaddir phénicienne, qui existait déjà mille ans avant l'ère chrétienne, devint plus tard la Gades des Romains, et fut longtemps la ville la plus florissante de la péninsule ibérique, une ville toute bâtie en marbre, et le centre du plaisir par excellence. Des palais de marbre, il n’est pas resté la moindre trace, mais Cadiz est toujours restée aussi gaie que Martial nous la dépeignait il y a dix-huit cents ans. Il faut lire ce poëte pour se faire une idée de ce qu'était cette ville à l'époque romaine. «Les grandes richesses, dit un auteur ancien, y avaient introduit un grand luxe; de là vint que les filles de Cadiz étaient recherchées dans les réjouissances publiques, tant pour leur habileté à jouer de divers instruments que pour leur humeur, qui avait quelque chose de plus que de l'en- Jouement. »
Les ne Gaditanæ, comme jee appelle Martial, étaient déjà célèbres dans le monde entier pour leurs danses et pour leur habileté à faire résonner les bætica crusmala, qui n'étaient autre chose que les modernes castagnettes, aujourd'hui encore l'accompagnement obligé de l'ole gadi-
à mi
"SES ASE Lo PS La CN | LNET
RARES fre Séville al b | le, dit FREE qui S élève sur “a côte lointaine, est encor L
el
par Je nee les true labs Ares h | mer seule no a
souvent les filles de Cadiz, et fait les délices du Deroes espagnol. » Ce passage nous revint à la
mémoire au milieu d'une assez belle course qu’on donna pendant notre séjour à Cadiz. Lord Byron, assurément, n'était pas un a/ficionado consommé : dans le même chant de Childe-Hurold, il appelle «roi des forêts », ce taureau qui n'a jamais vu que des plaines sans arbres ; les pauvres
haridelles, qu'on pousse à fe mort après leur avoir bandé un œil avee un mauvais foulard de coton, deviennent de « fers coursiers bondissant avec grâce, et qui savent se détourner ; » que à l’agile matador, «son arme est un javelot, il ne combat que de loin. » |
Vue du large, Cadiz est comparée par les Espagnols à une coupe d'argent posée sur la mer, wa taza de plata en el mar ; ses hautes maisons, blanchies à la chaux ou peintes des.couleurs les plus tendres, brillent au soleil comme une couronne d'erfévrerie, sous ce merveilleux ciel d Andalousie, ce ciel vétu d'azur :
El cielo de Andalucia Estä vestido de azul.
Les maisons de Cadiz sont très-hautes, et ont souvent six ou sept étages; la ville, resserrée dans une étroite ceinture de fortifications, est obligée de regagner en hauteur ce qu'elle ne peut atteindre en étendue. Beaucoup de toits sont surmontés d'un belvédère à jour et d’une terrasse, — azotea, — où d'une tour carrée au sommet de laquelle s’élance un mât élevé. Les fenêtres sont presque toutes peintes en vert, ce qui donne à la ville un aspect singulièrement gai; la plupart, surtout celles du premier étage, sont garnies d'um mérador où balcon entièrement vitré, qu'on ouvre l'été, et qu'on garnit de fleurs pendant l'hiver.
Cadiz a ses palmiers.
a dit Victor Hugo ; malheureusement les palmiers de l’alameda, top exposés sans doute aux vents de mer, n'ont plus guère que le tronc, et ressemblent à peu près à des échassiers qui auraient perdu leurs plumes; mais c'est un détail que les belles Gaditanes font bien vite oublier. C'est à Cadiz qu'il faut voir l'Andalousie gaie, riante, vivante ; c’est là qu'abondent le meneo, la sal, la sandunga, c'est-à-dire cette grâce, ce charme, cette désinvolture, qui sont comme le privilége exclusif des Andalouses.
Les femmes de Cadiz viennent à l'a/ameda bien moins pour voir que pour être vues et admirées : on peut dire, avec le poëte, qu'elles sont habiles dans l’art des œillades; il est vrai que nous n'oserions répéter avec lui qu'elles sont toujours disposées à guérir les blessures faites par leurs regards; mais nous croirions volontiers que e’est pour les Gaditanes qu'a été créé un des mots les plus expressifs de la langue espagnole, le verbe o7ear, qu'il faudrait traduire en français en forgeant le mot œillader.
Le temps de la basquine et du jupon court est passé ; la mantille est la seule partie du costume féminin qui ait survécu ; elle était fort appréciée il y a deux cents ans, si nous en croyons une Française qui voyageait en Espagne sous Louis XIV : « Les mantilles, dit madame d'Aulnoy, font
| nains pour les dire de Cie, nous aimons És “ie croire, te di ap D RO anglais n'est pas plus exacte que sa description d’une corrida, « ce jeu barbare, qui rassemble
le même effet que nos écharpes de taffetas noir, excepté qu'elles sicent mieux et qu'elles sont plus
mn ee 7
à 9984) Z14VD
= = == ppp JDE —
pe ail AL : DUT ès mettent sur leur têl +
Aramonnee et ñ nous en 1 croyons encore d M de EE cé. péché mign gn ( | Rte iv leurs. aïeules, qui avaient aussi un goût des plus prononcés pour les sucreries : PU ARTS SF Re se 2 ks % «ilyade vieilles dames qui, après s'être crevées d'en manger, ont cinq ou six mouchoirs q qu ‘elles à LT RC ET MONNE apportent tout exprès et elles les emplissent de confitures; bien qu'on les voie, on n'en fait pas semblan t; l'on a l'honnêteté d'en aller prendre tant qu las veulent et même d'en aller querir encore. Elles attachent ces mouchoirs avec des cordons tout autour de leur sacristain (on appelait ainsi une ‘espèce de panier ou vertugadin) : cela ressemble au crochet d'un garde-manger où l'on | pend du gibier. » | Ve Les at Parmi les femmes de Cadiz, il ne faut pas “ie les cigarreras : c'est ainsi qu'on appelle les | filles, jeunes pour la plupart, qui travaillent en grand nombre à la Fébrica de tabacos. La cigarrera andalouse est un type à part que nous étudierons plus particulièrement à Séville, et nous ne notons que pour mémoire celle de Cadiz, bien qu'elle ait aussi son imdividualité et ses mérites particuliers, si nous en croyons une petite feuille imprimée à Carmona sous le titre de Jocosa . relacion de las cigarreras de Cädiz. : | +0