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Nous quittâmes Cadiz par une fraiche matinée, sur une de ces petites barques au mât court et à la longue voile latine, que les Andalous appellent faltas, et qui était ornée à l'avant de deux grands yeux peints en rouge, comme un speronaro sicilien. Un vent frais enfla bientôt notre voile blanche, et notre fala fendit rapidement les eaux bleues et transparentes de la baie. Le Puerto, où nous devions débarquer, n’est qu’à deux ou trois lieues de Cadiz; nous distinguions déjà ses maisons qui se dessinaient comme une ligne blanche entre le bleu du ciel et celui de la mer, et plus loin, sur la côte, Rota, célèbre par ses vins ; bientôt nous laissions sur notre gauche la Puntilla et la batterie de Santa Catalina, et quelques instants après nous abordions au quai, encombré de navires chargés de tonneaux de toutes dimensions.
Le Puerto, qu’on appelle aussi Puerto Santa Maria, est situé à l'embouchure du Guadalete, qui vient se jeter dans la baie de Cadiz; c’est l'entrepôt et le port d'embarquement des vins de Jerez ; da ville, blanche, gaie et propre, est comme un diminutif de Cadiz; nous visitâmes ses bodegas, vastes caves qui nous donnèrent un avant-goût de celles de Jerez, et sa plaza de Toros, une des meilleures de toute l'Espagne.
Los toros del Puerto, tel est le titre d’une chanson andalouse, populaire dans toute l'Espagne, et qui dépeint à merveille l'enthousiasme des habitants de Cadiz pour leurs fêtes nationales :
; Quién se embarca para el Puerto ?
Que se larga mi falua !
« Qui s’embarque pour le Puerto? — Ma fulüa va prendre le large! » s'écrie le marinero ; puis, s'adressant à une jeune Andalouse qui va monter dans sa barque :
Señorita, : Levantusté esa patita,
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Msn. out à 101
Y sartuté à este barquiyo | | No se le ponga à uste tuerto El molde de ese moniyo !
« Señorita, levez cette petite patte, et sautez-moi dans cette barque ! Mais n'allez pas gâter le moule de ce joli corset ! »
Jerez de la Frontera, qu'on appelle ainsi pour la distinguer de Jerez de los Caballeros, une petite ville d'Estramadure, à reçu ce nom à cause du voisinage de la frontière du Portugal. Ce qui nous frappa tout d'abord quand nous entrâmes à Jerez, ce fut un air de bien-être, de richesse, de propreté, qui n'est pas le partage de toutes les petites villes espagnoles. Jerez n'est pas riche en monuments : le seul qui. mérite d'être cité est la Cartuja, ou chartreuse, que nous allâmes visiter à une demi-heure de la ville. C'était autrefois un des principaux couvents de l'Espagne, riche en bons tableaux, qui ont tous disparu; nous primes un croquis de la facade, supportée par quatre colonnes d'ordre dorique, élégant spécimen de l'architecture espagnole à l'époque de Philippe IT.
Les Jerezanos jouissent, parmi les autres Andalous, d’une réputation assez bien établie en fait de häbleries ; notre ca/esero ne laissait rien à désirer sous ce rapport, et peut-être avait-il servi de modèle pour cette Relacion andaluza, populaire dans le pays, où sont célébrés en vers de huit pieds les Hazañas, hechos y valentias, c'est-à-dire les exploits, hauts faits et traits de courage de Pepillo el Jerezano.
Les Jerezanos ne sont pas moins célèbres comme #4j0s, comme toreros et comme contrabandistas. Leurs danses, parmi lesquelles il faut citer le classique Jaleo de Jerez, tiennent le premier rang dans la chorégraphie andalouse. Ces majos de Jerez, qui excellent à porter avec grâce l’élégant costume andalou, ont la réputation d’être fort habiles à manier la navaja, et d'avoir, comme on dit, la tête près du bonnet : c'est sans doute ce qui a donné naissance à un proverbe bien connu : Burlas de manos, burlas de Jerezanos, — Jeux de mains, jeux de Jerezanos.
La Plaza de Jerez est peut-être, après celle de Valence, la plus belle et la plus vaste qu'il y ait en Espagne : nous y assistâmes à une course qui fit époque dans les annales de la tauromachie, et que les ficionados comparaient à celles qui se donnent tous les ans à l’occasion de la Saint- Jean, et qui attirent à Jerez la foule la plus pittoresque. Huit taureaux furent tués dans cette corrida, sans compter le Toro del aquardiente, — c'est-à-dire, littéralement, le taureau de l'eau-devie. Cette expression, qui n'offre aucun sens aux personnes peu familiarisées avec les mœurs andalouses, S'applique à un taureau qu'on livre aux gens du peuple, dès le point du jour, au moment où ils ont l'habitude de prendre leur copita de aguardiente, ou, comme ils disent, de tomar la mañana, de «prendre le matin». Le toro-del aquardiente, combattu par des aficronados qui ont plus d'enthousiasme que d'expérience, plus de témérité que de savoir, fait souvent plus d'une vie- Une, et les plus heureux sont ceux qui s’en tirent avec une simple écorchure. ù
Les vignobles de Jerez occupent une superficie d'environ douze mille aranzadas de terrain, — quelque chose comme six mille hectares, qui produisent, bon an mal an, cinq mille botas ou quinze mille barricas de vin, ce qui approche du chiffre respectable de deux millions cinq cent mille litres. La plus grande partie des vignobles appartient aux négociants en vins, qui sont en même lemps cultivateurs et fabricants, car ils ont des ateliers où de nombreux ouvriers travaillent à la confection des tonneaux nécessaires pour l'emmagasinage et l'expédition des vins. Quelques propriétaires ont des vignobles tellement considérables, qu'ils occupent, pour la culture seulement, jusqu à un millier de personnes. Nous citerons notamment la maison Domecq et la maison Gordon : M. Domeeq possède le fameux vignoble de Macharnudo, le plus estimé des environs, el qui ne contient pas moins de cinq cents arpents.
À proximité des vignobles, s'élèvent de vastes édifices où sont logés et nourris, soit toute
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ARCOS DE LA FRONTERA (page 289).