‹ L'EspagneChapitre 93 sur 287 · PRÈS DES BORDS DL · texte numérisé non relu

PRÈS DES BORDS DL

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Une 6odega contient ordinairement quatre ou cinq récoltes, car le vin ne se vend guère avant cinq ans; elle contient en outre l’assortiment des vins qu'on laisse vieillir, et qu'on appelle vinos añejos, assortiment qui comprend des vins d'âges différents ; puis enfin les vinos madres ou vins mères, qui se conservent toujours en quantité égale. La contenance moyenne d’une bodega est de cinq mille botas de trente arrobas (quinze à seize litres) chacune ; celle de M. Domecq contient, dit-on, jusqu à quinze mille futailles. |

L'an

Arcos de la Frontera; malgré le voisinage du chemin de fer de Cadiz à Séville, est un des endroits qui ont le mieux conservé les mœurs et les costumes andalous. La ville, qui s'élève au dessus du Guadalete, est séparée en deux par une rue longue et escarpée, horriblement pavée, mais des plus pittoresques ; suivant l’ancien usage un ruisseau, ménagé au milieu, sert à l'écoulement des eaux: les murs blanchis à la chaux, comme du temps des Arabes, les toits plats couverts de grandes tuiles imbriquées, les rejas de fer qui défendent les fenêtres ; tout cela donne à la Calle Mayor d'Arcos de la Frontera un aspect tout à fait original. Tout en haut de la ville s'élèvent, à côté de l'église, de vieilles tours moresques couronnées de créneaux ; le sacristain nous fit monter au sommet du clocher, d'où nous découvrimes une vue superbe: à nos pieds une colline plantée d'oliviers; plus bas le Guadalete, qui sillonnait une plaine admirablement fertile. Le pont d’Arcos, sur le Guadalete, a donné lieu à toutes sortes de dictons populaires, comme chez nous le pont d'Avignon : ainsi, quand une personne entreprend une tâche sans la mener à fin, on la compare à la Puente de Arcos, « qu'on n'acheva Jamais, bien qu'on eût apporté les pierres et la chaux. »

«Il V'arrivera, dit la chanson andalouse, ce qui arriva au Rp d'Arcos : on 1 y avait apporté la chaux et les pierres, et il resta inachevé :

Como à la puente de Arcos Te tiene de suceder :

Que trajéron cal y canto, Y se quedo por hacer.

— «Celui qui s'élève trop haut, dit une autre chanson, fait une CoUE plus grande : vois le pont d’Arcos, à es point il est arrivé :

Aquel que mas alto sube,

Mas grande porrazo dû : .

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PT

Mira la puente de Arcôs En lo que viné à parar.

Sanlücar est situé sur la rive gauche du Guadalquivir, à peu de distance de l'embouchure du fleuve, qui s'élargit beaucoup avant de se jeter dans l'Océan. Bâtie sur une plage presque à fleur d’eau, la ville n'offre rien de très-remarquable; quelques palmiers, qui s'élèvent au-dessus d’un terrain sablonneux brûlé par le soleil, témoignent de la douceur du climat, qu'on peut comparer à celui de Malaga. La grande affaire de Sanlücar de Barrameda, c'est le commerce

des vins, principalement ceux de Manzanilla.

Suivant un quatrain populaire, « C’est à Rome qu’on va pour les indulgences, à Gibraltar

pour le tabac, à Sandücar pour le manzanilla, et à Cadix pour la grâce : »

À Roma se va por bulas, Por tabaco à Gibraltar,

Por manzanilla à Sanlucar, Y à Cädiz se vä por sal.

Le mianzanilla est un excellent vin, un peu plus pâle que le jerez et beaucoup moins capiteux ; les Espagnols, qui en font un cas particulier, consomment la plus grande partie de ce qui se produit. ;

Comme nous voulions remonter le Guadalquivir depuis son embouchure jusqu'à Séville, nous nous rendimes de Sanlücar à Bonanza, qui n’en est qu'à une très-courte distance, et où s’arrètent les bateaux qui font journellement le voyage de Cadiz à Séville, et réciproquement.

Bonanza, le port de Sanlücar, n’est qu’une petite ville insignifiante, où est établi un poste de douane ; ce nom, qui signifie littéralement calme, lui a été donné parce qu'elle est située à l'endroit où commence le fleuve, et où le calme suceède à l'agitation de la mer; un peu plus bas, à l'endroit où les eaux jaunâtres du Bétis se mêlent aux eaux bleues et transparentes de l'Océan, se trouve la fameuse barre du Guadalquivir, où la lame se fait sentir assez fortement. Ce nom vient de l'arabe Ouad-al-Kebir, littéralement la Grande-Rivière ; les Gitanos l'appellent encore aujourd'hui Len Baro, mots qui, dans leur langage, ont exactement la même signification. Tout le monde sait que c'était le Bétis des anciens et qu’il a donné son nom à la Bétique, ce pays merveilleux si souvent chanté autrefois par les poëtes, et plus récemment par Fénelon qui, dans un des chants du Télémaque, y place les Champs-Élysées, et en fait une description des plus séduisantes.

C'est à Bonanza que nous nous embarquâmes, dès sept heures du matin, sur le T'eodosio, un des petits vapeurs qui font le service du fleuve, et qui franchit la barre sans incident, car le temps était superbe. Il paraît que ce passage n'est pas toujours exempt de danger; 1l était même autrefois fort redouté des marins, si nous en croyons le récit d'un ancien voyageur anglais, Richard Twiss, qui mit, soit dit en passant, une journée entière à descendre le Guadalquivir dans une barque à quatre rameurs :

QU y a un banc de sable très-dangereux dans les temps d'orage. Quand les Espagnols v passent, ils ôtent leurs chapeaux et disent un Pater et un Ave Maria pour les âmes des passagers qui y ont péri, et le maître de la barque fait parmi les voyageurs une collecte de petites pièces de monnaie, pour dire des messes en faveur de la délivrance de leurs âmes. »

La barre franchie, nous entrâmes dans le T'ablazo, — c'est le nom qu'on donne à cette partie du fleuve, qui est d'une assez grande largeur. La vue s'étend au loin sur un pays peu accidenté, et nous n'apercevons à l'horizon qu'une colline éclairée par le soleil du matin : e/ Coto de doña Ana.

A partir de là le fleuve devient beaucoup plus étroit, et sa largeur ne dépasse guère celle de la Seine à Paris. Sur les rives plates et presque à fleur d'eau, nous apercevions de temps en temps

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