‹ L'Espagne littéraireChapitre 16 sur 36 · CLAUDIO · texte numérisé non relu

CLAUDIO

Dejad, lictores, que abrazarla pueda.

VIRGINIA

ï Padre !

VIRGINIO

l Virginia!

VIRGINIA

Te comprendo.

VIRGINIO

Ahogada Vas à morir.

VIRGINIA

No : ten. — Mi frente besa

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Dans cette page superbe, Tamayo a su dépasser Alfieri. A rapprocher les deux dénouements, on y voit toute la différence entre l'émotion italienne débordante, un peu théâtrale, et l'émotion espagnole, plus profonde et plus concentrée. Et il se trouve que l'art le plus sobre, qui traduit mieux ici l'angoisse suprême, est à la fois humainement plus vrai et d'un effet plus saisissant.

Le succès de Virginie fut éclatant. Les Espagnols considèrent avec raison cette pièce comme le chef-d'œuvre de la tragédie romaine en Espa- I gne.

Avec la Riche-Femme (la Ricahembra) [i854],

Y acaba.

V1RGINIO

I Hierro atroz t

VIRGINIA

^Eres mi padre?

VIRGINIO

4,Lo dudas tû?

VIRGINIA

Lo dudaré si tiemblas.

VIRGINIO

No tiemblo. — No lo dudes.

VIRGINIA

1 Ya soy libre I

écrite en collaboration avec le docte Aureliano Fernândez Guerra, Tamayo revint à la tradition nationale de la comedia. Cette pièce, qui évoque à nos yeux l'Espagne du moyen âge, rappelle, plus que toute autre pièce moderne, par la saveur un peu archaïque du style et le caractère de la facture poétique, la manière brillante de Lope ou de Tirso. Le premier acte, où les auteurs n'ont fait que dramatiser habilement une page de vieux chroniqueur, est resté célèbre en Espagne comme une des plus belles expositions qui soient au théâtre.

Une jeune et illustre veuve, Dona Juana de Mendoza, vit dans son château fort de Villaharta Quintana où elle fait le bonheur de ses vassaux. Beaucoup de grands seigneurs du royaume briguent sa main, mais elle les refuse tous. Elle aime, sans oser se Ta vouer, son secrétaire Vivaldo, un jeune homme de basse naissance, mais noble de cœur, qui est éperdument épîs lui-même de sa maîtresse. « Pourquoi n'est-il pas mon égal? » se demande-t-elle avec regret. Lui, rêve une occasion de se hausser jusqu'à elle, d'illustrer son nom par quelque exploit. Cette occasion se présente. Un des prétendants de Dona Juana, furieux de n'avoir pas vu agréer ses hommages, est entré avec une armée dans ses Etats. Vivaldo revendique et

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obtient Phonneiir de conduire au combat les paysans, qui veulent défendre le territoire et repousser l'invasion. Il part, d'avance presque sûr de vaincre et plein d'espoir pour son amour.

Sur ces entrefaites, un page du Roi se présente au château. Il est reçu par la Riche-Femme et lui remet une lettre, où le Roi lui ordonne d'épouser son cousin, l'illustre amiral Don Alonso.

Le rouge monte au visage de Dona Juana, tandis qu'elle lit ce billet. Elle sait que ce Don Alonso, que le Roi veut lui donner pour mari, est un bâtard, né des amours de D. Fadrique, frère naturel de Pierre le Cruel, avec une servante juive.

— Quelle réponse rapporterai-je à mon maître? demande le page.

— Dis-lui, répond fièrement la Riche-Femme, qu'on ne se marie pas d'après le bon plaisir d'autrui, et que je veux porter encore les coiffes de veuvage.

— Prenez garde, vous mécontenterez le Roi.

— Ajoute, si tu veux, que je suis la fille du seigneur de Hita y Buitrago, et rappelle-lui, s'il s'avisait de l'oublier, que mon blason est pur comme l'aurore.

— Le Roi vous donne un de ses cousins...

— Qui est le fils d'un bâtard.

— Vive Dieu!

— Et un bâtard lui-même... Son père était un religieux et sa mère une juive.

— Vous mentez, s'écrie le page avec colère ; et, s'élançant sur Dona Juana, il lui donne un soufflet.

— Est-il possible? s'écrie-t^elle hors d'ellemême. Ta main sur mon visage... Holà, mes gardes, holà!

Tandis qu'on accourt, le prétendu page se fait connaître.

— J'ai conservé trop longtemps, dit-il, un déguisement qui m'avilit; c'est moi qui suis D. Alonso Enrfquez, amiral de Castille.

— Et maintenant, que personne ne sorte, reprend Dona Juana. Qu'on dise à mon confesseur d'aller m'attendre chez moi.

— Que voulez-vous faire? demande D, Alonso.

— Tu vas être mon mari, et sans retard. On ne dira pas qu'un homme, qui n'était pas mon mari, a pu lever la main sur moi.

Au même moment, on entend des cris de joie :

c'est Vivaldo qui revient vaiqueur. Il s'avance pour déposer son épée aux pieds de celle qu'il aime.

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— J'ai aujourd'hui, lui dit-elle, avec amertume, tous les bonheurs à la fois... Je me remarie... Voici l'amiral de Castille, votre nouveau maître.

Le reste du drame nous montre la Riche-Femme, personnification de l'amour féminin, immolant son amour à son devoir, obtenant aussi de Vivaldo, qu'elle marie à une de ses vassales, le sacrifice de sa passion, et désarmant enfin la jalousie de son époux.

L'œuvre est d'une mâle poésie, où passe comme un souffle venu du Romancero; mais, comme la plupart des anciens drames espagnols, la psychologie en est un peu sommaire. Le caractère de la Riche-Femme est nettement esquissé par quelques traits heureux; mais le rôle manque de développement et de nuances.

Il semble que Tamayo, pour écrire la Boule de neige (i856), ait emprunté à Breton de los Herreros sa verve étourdissante et le secret de sa prestigieuse versification. L'idée de la pièce est jolie. Claire et Louis sont frère et sœur, et fiancés, l'une à Ferdinand, l'autre à Marie. Les deux couples s'adorent et rien ne manque à leur bonheur que la confiance réciproque. Glaire, jalouse de son naturel, obsède Ferdinand de ses injustes soupçons; Louis n'ose se croire aimé de Marie, et passe son

a4 l'espagne littéraire.

temps à l'espionner. Une circonstance innocente, mal interprétée, fait supposer en même temps à, Louis et à Claire que Ferdinand et Marie sont d'intelligence, qu'ils s'aiment en secret et les trahissent. Les deux jeunes cens, indignés de se voir accuser de la sorte, rompent l'un et l'autre un mariage qui leur promet une vie d'enfer. Cependant, l'occasion leur a été fournie de se mieux connaître, d'apprendre à s'estimer, et ce qui n'était d'abord qu'une accusation absurde, se trouve soudain être vrai. Lorsque Claire et Louis veulent revenir et obtenir leur pardon, il est trop tard; Ferdinand et Marie s'épouseront, et ce sont eux qui les auront mariés. La pièce, qui commence en comédie, s'élève peu à peu, et par une gradation insensible, jusqu'au drame : c'est bien la boule de neige, qui a grossi en roulant.

La Boule de neige réussit brillamment au théâtre, et en 1887, à une reprise, elle valait à l'auteur, je m'en souviens, une ovation enthousiaste. Il y faut accepter les défauts du genre : nous sommes en pleine convention. Le parallélisme des scènes de jalousie entre Claire et Ferdinand, Louis et Marie, est un procédé bien artificiel, dont le poète abuse trop. Le mérite durable de l'œuvre, c'est surtout la forme, qui est spirituelle, alerte,

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charmante, et, par là, elle fera toujours les délices du public espagnol, plus sensible qu'à tout le reste à la musique du vers.

Dans les pièces étudiées jusqu'ici la psychologie cède le pas au mouvement scénique, à Faction; Tamayo reste en grande mesure fidèle à la tradition du théâtre national. La Folie d'Amour (i855) est son premier essai de drame psychologique; pour la première fois il fait du développement d'un caractère le sujet même de son œuvre, et il adopte la prose comme moyen d'expression mieux approprié.

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