PENAS ARRIBA
Comme observateur satirique des mœurs bourgeoises Pereda fait songer parfois à Flaubert. Il a la même haine du bourgeois, du provincial ridi-
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cule, mais non par préjugé romantique; il lui en veut surtout de ne pas rester assez près de la nature, de ne pas être assez simple, assez vrai, assez peuple. Rien ne lui est plus odieux et ne lui semble plus laid que la vulgarité prétentieuse. Son roman Nubes de Estio (1891) nous offre des caricatures, dont se serait délecté Fauteur de Bouvard et Pécuchet. Il y peint avec un humour inépuisable la petite ville de province, ambitieuse de copier la capitale ; et en même temps il nous esquisse quelques excellentes silhouettes de Madrilènes en villégiature, « nuages d'été » que la saison brûlante chasse vers les stations de bains de mer. Pereda est un adorateur passionné de la province, mais à condition qu'elle reste elle-même et qu'elle ne se laisse pas défigurer par de grotesques contrefaçons. Il faut signaler dans ce roman quelques déclarations un peu vives de Pereda en faveur du régionalisme littéraire, qui furent bruyamment commentées à Madrid. Pereda se plaint de l'indifférence de la capitale à l'égard des littérateurs provinciaux, donne satisfaction aux Catalans, en louant leurs poètes, et dit joliment leur fait aux petits journalistes madrilènes, los chicos de la prensa, comme il les appelle d'une expression devenue courante depuis. Mais il est inutile d'insister Ion-
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guement sur ce roman, qui, malgré la vigueur du comique, n'offre qu'un intérêt un peu trop particulier.
La dernière œuvre de Pereda (1895) est de celles au contraire dont on peut dire qu'elles enrichissent la littérature européenne. Je la tiens pour un dés plus beaux livres de notre temps. L'écrivaiû y résume, avec une rare élévation et sous une forme admirable, sa conception morale de la vie, ses rêves sociaux. Le titre de Penas arriba {Vers les cimes), — en même temps qu'il désigne la plus haute partie habitée de la montagne, la seule que Pereda n'eût jamais décrite, — est comme un cri de Sursum corda.
Le sujet du roman' est la double initiation d'un citadin endurci aux beautés de la montagne, et d'un désœuvré dilettante à la vie active et utile.
Dans un de ces villages, juchés au cœur des Pyrénées cantabrîques, où se conserve la race la plus pure, le genre de vie le plus simple, et jusqu'où ne souffla jamais le vent des idées modernes et des révolutions, subsiste une antique casa solar 1 , habitée par un vieillard, Don Celso, le mayorazgo d'une vieille famille, exerçant dans le pays, depuis