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Demeure seigneuriale

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des générations, une sorte de pouvoir patriarcal. C'est un homme fait du même bois que les hum- * blés pâtres qui l'entourent, habitué aux mêmes labeurs, et ne se distinguant d'eux que par son avoir et un peu plus d'instruction. Comme Don Roman à Coteruco (V. Don Gonzalo Gonzalez de la Gonzalera), mais avec plus de bonheur que lui, puisque rien n'est venu encore contrarier son influence, il s'est fait l'ami et le conseiller de tous ; c'est dans sa vaste cuisine, autour de la cheminée flambante, que les villageois se réunissent le soir pour la tertulia, et il a compris que sa haute mission morale était de se consacrer à ces braves gens, de les instruire, d'être pour eux le père de famille attentif et indulgent, mettant à leur service son expérience et sa raison supérieure. Mais il commence à se sentir bien vieux ; son corps robuste, qui a résisté jusqu'ici à tant de fatigues, subit les premières atteintes d'un mal qui l'emportera sans doute bientôt. Il se rappelle alors qu'il doit avoir, là-bas, à Madrid, un neveu, qu'il ne connaît pas, et il se risque à lui écrire pour l'engager à venir l'assister, parce qu'il se trouve bien seul et qu'il aimerait avoir à son lit de mort quelqu'un qui le touche de plus près.

Le neveu de D. Celso est un homme d'une tren-

taine d'années, qui s'est amusé à travers toutes les capitales d'Europe et commence à sentir le vide de son existence : il découvre en lui-même des symptômes de langueur d'esprit, d'inappétence morale, que chasserait peut-être un changement de vie momentané. Il hésite cependant à accepter la proposition de son oncle, qui par un côté le tente; homme de plaine, il a horreur de la montagne, et craint de périr d'ennui et de tristesse à Tablanca. Mais l'insistance de D. Gelso se fait si pressante, que Marcelo se décide enfin à partir, au moins par charité, en se disant qu'après tout il ne va pas s'enterrer là-bas pour toujours.

Son voyage à cheval, depuis la station du chemin de fer la plus proche, à travers des sites grandioses et sauvages, lui donne le frisson, et il regrette déjà d'être parti. Le spectacle de cette nature tragique excite son cerveau presque jusqu'au délire, et le civilisé se voit transporté soudain avec effroi à l'époque barbare de la Cantabrie primitive.

La contemplation de ce labyrinthe de sierras sauvages, de hauteurs escarpées et de pics inaccessibles, de terribles ravins et de rochers abrupts, transporta soudain mon imagination d'un enthousiasme préhistorique; je conçus le Cantabre dans sa barbare grandeur, vêtu de peaux et buvant du sang de cheval ; et même j'en vins à le voir; je

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le vis, ouï, ressuscité en chair et en os, dans la chair et les os de mon guide. Ce corps musclé et infatigable; ces longs cheveux d'étoupe; ce bâton sculpté, qui dans sa main droite imitait le javelot ; ce parapluie bleu qui sous son bras gauche pouvait être pris pour un faisceau de flèches empoisonnées ; cette mâchoire saillante ; ce regard puissant et imperturbable; ce visage bruni de montagnard ; oh ! en grattant un peu tout cela, il n'y avait pas de doute, on retrouverait le Cantabre primitif. Je compris alors sa résistance de six ans contre les invincibles légions d'Auguste, et les légions entières mises en pièces dans le fond des défilés ou roulant sur les pentes rocailleuses, écrasées par les rocs arrachés des cimes ; le sentiment exalté de leur sauvage indépendance ; la mort en croix plutôt que le joug du conquérant; ... tout, je compris et je sentis tout, sauf que de vivre dans ces solitudes farouches fût possible à un homme de mon éducation, de mes sentiments et de mes habitudes.

Après une pénible journée de voyage, à la nuit noire, sous une pluie fine et un ciel sans étoiles, il s'arrête enfin à la porte de la vieille casona, comme à l'entrée d'un monde inconnu , et la curieuse page qu'on va lire caractérise bien la manière de Pereda, — par la facture d'abord, un peu massive (j'ai dû alléger de quelques détails cette énumération interminable), — mais aussi, et surtout, par l'évocation merveilleusement aiguë et nette de la série des sen sations, précises ou confuses, qui assaillent son

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héros dans le désarroi d'une lugubre arrivée nocturne.

Un sifflement très original de Chisco, mon compagnon; le glapissement d'un gros chien, peu après; une clarté faible et errante apparue aussitôt ; l'arrêt soudain de mon cheval, après deux dernières glissades des quatre fers sur les cailloux du chemin ; des fantômes noirs autour de la lumière et un bruit de voix âpres, de timbres différents; ma descente difficile de cheval, auquel paraissait collé mon corps par les fatigues de la journée; ma chute sur une poitrine et entre des bras enveloppés de vêtements grossiers qui sentaient la fumée de cuisine, et la sensation de grosses mains qui me frappaient affectueusement les côtes, en même temps que les bras me serraient contre la poitrine ; mon nom répété bien des fois, près d'une de mes oreilles, par une bouche ébréchée; mon entrée ensuite, et presque à la remorque, dans un vestibule très obscur; ma montée par un escalier aux marches tremblantes ; mon arrivée au haut de cet escalier, dans un autre abîme ténébreux ; mon passage à travers celui-ci, conduit à la main, comme un aveugle, par quelqu'un qui ne cessait de me dire, entre les reprises bruyantes de son haleine et de fortes menaces de toux, des choses qu'il devait croire agréables et qui sans doute lui sortaient du cœur, m'avertissant au passage par où je devais avancer, où il convenait de lever le pied et de marcher avec des précautions déterminées, sans cesser de réclamer à grands cris et avec des interjections du plus cru un flambeau qui n'apparaissait pas, parce que tout le domestique était

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occupé aux bagages et aux montures; brusquement un peu de clarté vers la droite, et l'entrée dans un autre désert aux fonds très noirs avec une lumière à une des extrémités ; alors, moi de m'installer, sur les instances répétées de mon conducteur, dans le meilleur siège près de la lumière, et lui de se mettre, peinant et toussant, à amonceler les tisons épars et à les couvrir de deux grands fagots touffus. — A cela se réduisent tous les souvenirs que je conserve de mon arrivée au manoir de mes aïeux.

Et maintenant les six cents pages du roman qui restent, c'est, sans l'ombre d'une intrigue, sans le plus léger sacrifice à la curiosité de bas étage, l'adaptation progressive de Marcelo à son milieu nouveau, où il se sent d'abord si triste et dépaysé. L'atmosphère de Tablanca lui semble étouffante et irrespirable; les gens qui l'entourent, son oncle lui-même, sont, à ses yeux, grossiers et vulgaires. Mais peu à peu tout lui apparaît sous un aspect différent. Il appréciera chaque jour davantage les jouissances saines et fortifiantes de la vie montagnarde ; il reconnaîtra que la société des paysans vaut bien celle des oisifs madrilènes. Cette transformation s'opère en lui par une gradation insensible, sous l'action lente des choses extérieures, à laquelle on ne se soustrait pas, et moins qu'ailleurs au sein de la grande nature, — grâce aussi aux

conseils, aux leçons d'amis éclairés, — et enfin parce qu'il est lui-même un tempérament sain et bien équilibré, et qu'il ne s'engourdit pas dans une passive inertie.

Il commence par explorer les alentours de Tablanca avec deux jeunes gars qui lui enseignent à tirer le gibier et lui feront connaître plus tard les fortes émotions de la chasse à l'ours. Puis, un beau jour, le curé Don Sabas l'entraîne à une grande excursion, sur un des pics voisins, pour lui faire contempler le panorama du pays. Quel merveilleux initiateur aux mystères de la montagne que ce curé de village, chasseur intrépide, dont la main ne tremble pas pour loger une balle dans le cœur d'un ours, et ascensionniste enthousiaste 1 Peu bavard et de médiocres ressources dans la vie ordinaire, il se transfigure à mesure qu'il grimpe, il devient éloquent et lyrique. Il a une manière à lui de savourer la nature qui l'entoure, de la humer par les narines, de s'en pénétrer par tous les pores, et aussi de l'expliquer à ses compagnons de route dans une langue simple et rude, mais toujours avec le mot juste, la note exacte, la touche pittoresque. Et lorsqu'il arrive au sommet, il faut le voir se découvrir la tête, laisser flotter au vent ses longs cheveux gris, lever les bras en l'air

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avec son chapeau et sa canne ; il faut l'entendre entonner d'une voix mâle et solennelle, qui retentit de manière étrange dans le silence des hauteurs : Excelsus super omnes gentes Dominus, et super cœlos gloria ejus t A ces moments-là le brave homme de curé est tout simplement sublime, et Marcelo est trop artiste pour n'être pas ému à son tour et ne pas vibrer à l'unisson de son enthousiasme.

La montagne vue, comprise et aimée sous tous ses aspects, avec ses rochers abrupts, ses défilés tortueux, ses panoramas grandioses^ — la vraie montagne sauvage, sans hôtels, funiculaires ni touristes, à toutes les heures du jour, à toutes les saisons, par tous les temps, — voilà en grande partie le livre de Pereda. Jamais le talent du romancier n'a disposé de plus de ressources pittoresques. Tel réveil de Marcelo, après une nuit de neige, avec sa surprise que les montagnes d'alentour, toutes blanches, semblent avoir triplé de hauteur et que l'unité de couleur et la rondeur des formes changent à ses yeux tous les plans et toutes les lignes d'un panorama familier, — tel clair de lune sur là neige, — ou encore telle levée de brume le matin, peuvent compter parmi les meilleures pages descriptives de son œuvre. Je ne crains pas de

répéter que d'autres paysagistes littéraires ont eu de nos jours une palette plus riche et un pinceau plus habile. Je me rends compte qu'il serait plus facile de tirer par exemple du Voyage aux Pyrénées un brillant extrait pour Morceaux choisis; Taine est un artiste plus raffiné que Pereda et un coloriste plus chaud. Et cependant, en lisant Penas arriba, on se sent en présence d'un art supérieur, moins surchargé, moins laborieux, et d'autant plus puissant qu'il ne se laisse pas entrevoir. Avec cet instrument rude et peu flexible qu'est son style Pereda obtient, malgré tout, des effets prodigieux d'intensité. Nul ne l'égale à rendre les mille impressions multiples qui nous assaillent à la fois en face de la nature : de là sa puissance d'évocation singulière. Il n'est pas un pur visuel : le toucher, l'ouïe, l'odorat ont pour lui une part presque égale dans la perception d'un paysage. Et par l'éveil simultané d'images de tous nos sens il nous plonge pour ainsi dire dans la réalité même, au lieu de nous la présenter extérieure, comme sur un théâtre ou sur un tableau. N'est-ce pas là justement la supériorité de la plume sur le pinceau, de pouvoir s'adresser à l'homme tout entier ? Erreur fondamentale que celle de nos descripteurs, qui ne prétendent qu'à rivaliser avec les peintres, sans se

douter qu'ils renoncent à des moyens plus riches d'expression ! Avec Penas arriba on se croit transporté soudain en pleine montagne, dans une atmosphère plus vivifiante, pleine d'âpres senteurs ; le vent glacé des sommets vous fouette le visage. Et de quelle angoisse on se sent étreint à l'approche de la saison mauvaise, quand le ciel devient couleur de plomb, que la rafale hurle dans les gorges, que les maisons se ferment et que tout le monde est morne, silencieux, mal à l'aise, dans l'attente du long blocus de l'hiver ! Jamais ne nous ont été mieux communiqués tous les effets de la montagne sur l'organisme et sur l'âme. Penas arriba est bien le roman type de la vie montagnarde, dont je ne trouve d'équivalent dans aucune autre littérature, et on a pu dire à juste titre qu'il donne parfois comme le vertige des hauteurs.

Séduit peu à peu par les charmes de la montagne, qui produit en lui un accroissement de vitalité, Marcelo tourne bientôt sa curiosité sur les hommes. La race du pays est une des plus belles et des plus saines de l'Espagne : elle doit ses qualités physiques à la continuelle gymnastique de la montagne, à l'abondance du lait, à l'honnêteté des mœurs. -Le type blond y domine. Marcelo est frappé de la manière calme et grave dont marchent les paysans,

dont ils parlent, dont ils se meuvent; il a noté « sur tous les visages, jeunes et vieux, avec la même expression de bonté, une certaine surprise effrayée, comme si la vision continuelle de ces grandes masses, à l'ombre desquelles ils vivent, les rendait timides et inquiets ». Leur langue est âpre et rude; elle multiplie les gutturales ; mais la cadence de leur phrase est harmonieuse, et ils ont des expressions et des tours d'une classique saveur : la conversation entre deux de ces montagnards évoque la musique des vieux Romanceros. Voilà de quoi charmer déjà une âme un peu sensible à la beauté. Marcelo commence bientôt à s'intéresser aux préoccupations de ces braves gens : à la tertulia de son oncle, il ne se sent plus si lointain à tout ce qui se dit ; il prend part lui-même à la causerie, qu'il finit par trouver aussi intéressante, et peut-être moins vide, que celle des salons de Madrid. II retrouve chez les paysans les mêmes sentiments, les mêmes passions que chez les autres hommes, et souvent plus profondes. Quel drame mondain aussi poignant que celui de cette pauvre servante Facia, dont l'allure énigmatique l'intrigue longtemps et dont il reçoit enfin la confession douloureuse! Elle a épousé, malgré les conseils de

D. Celso, une sorte d'aventurier, un chenapan, qui Ta abandonnée et a été depuis au bagne; il revient maintenant à Pinsu de tous, Pépie lorsqu'elle sort, pour lui arracher ses dernières économies, et exige d'elle, avec des menaces, qu'elle vole son maître. La pauvre femme est en proie à la lutte morale la plus cruelle entre son honnêteté native et la terreur, peut-être même un reste de tendresse, que lui inspire un mari indigne.

Le médecin Neluco, un homme jeune encore, intelligent, né dans le pays où il se trouve très heureux, s'est mis en tête de retenir Marcelo â Tablanca. Il ne lui cache pas que Pétat de son oncle est grave : sa mort laissera sans appui toutes les familles de paysans qui, de temps immémorial , vivent à Pombre de la casa solar. Il y a là pour Marcelo un devoir qui s'impose, une mission morale à accepter : recueillir la succession de D. Celso et continuer son œuvre pour le bonheur de tous. Quelle existence plus belle, plus riche d'impressions, peut-il donc rêver? Et pour le mieux convaincre, il lui expose toute une petite philosophie sociale qu'il s'est façonnée à son usage, et qui, un peu simpliste et naïve, n'en est pas moins bonne, après tout, si elle l'attache davantage au coin de terre où il est utile, si elle l'aide à vivre

et lui fait prendre plus à cœur sa profession. L'époque actuelle est-elle plus mauvaise qu'une autre? Il ne le croit pas; mais aujourd'hui l'organisme social est atteint à la tête et au cœur ; de là paralysie de la vie spirituelle des hommes. On a perdu la foi au divin, le noble enthousiasme pour les idées. La gangrène vient des grands centres, de la ville, de l'atelier, de l'Académie, de la politique. Mais, grâce à Dieu , les extrémités de l'organisme sont saines encore, et d'elles viendra sans doute la régénération sociale; ces membres intacts sont les communes montagnardes, fermées jusqu'ici aux idées du dehors. C'est à conserver et même à accroître ce précieux trésor de santé morale, espoir de l'avenir, que Neluco convie chaleureusement Marcelo, au risque de le voir sourire de ses « candides idéalismes ».

Les adjurations de Neluco, Marcelo se les entend répéter sous mille formes par tous les petits propriétaires de la contrée à qui il rend visite. Une fois qu'on lui a demandé ses impressions sur le pays, — qui ne vaut pas sans doute « Paris de France », — on entreprend toujours l'éloge de D. Celso et on se lamente à la pensée du malheur que sera sa disparition, s'il ne trouve pas un successeur. Et la bienveillance de l'accueil que Mar-

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celo reçoit à tous les foyers continue à multiplier les liens subtils qui peu à peu le fixeront à Tablanca. Il y a là une suite de scènes d'intérieur, de tableaux de genre, pleins de bonhomie et de fraîcheur, qui montrent un côté charmant du talent de Pereda.

Au cours d'une de ses promenades, Marcelo s'arrête dans un village chez la sœur de Neluco, qui le reçoit avec cette amabilité exubérante où se manifeste toujours « le caractère généreux et hospitalier des dames de cette agreste région montagnarde ». Elle exige à toutes forces qu'il se restaure avant de repartir.

L'excellente sœur de Neluco ne me laissait le temps de rien admirer dans la maison. Me conduire dans la salle, appeler une servante, tirer entre temps des choses d'un placard et d'autres choses d'un buffet, mettre les premières dans les mains de la grosse fille (qui n'arriva pas aussi vite qu'elle le désirait), avec une bonne enfilade de recommandations et de commissions à mi-voix, et les autres sur une table qu'il y avait dans la salle, contre un mur, et aller ça et là sans me laisser jamais entièrement seul ni privé de sa conversation, d'un peu plus loin ou d'un peu plus près, — tout cela ne m'accordait pas un instant pour fixer mon attention à n'importe quoi.

Enfin, cette rafale se calma, et, ramassant tout ce qu'elle avait mis auparavant sur la table et le plaçant

provisoirement sur les chaises voisines, elle leva un battant de la table et non les deux, parce qu'il n'était pas besoin pour moi de tant de place, comme elle eut la bonté de m'en avertir ; elle étendit sur la table une nappe blanche, mit sur celle-ci une bouteille de vin, un couvert d'argent massif de forme antique, deux verres de cristal, trois assiettes superposées, une tourte de pain, tiède encore, me dit la complaisante senora, parce qu'il était sorti du four deux heures auparavant... En même temps, elle ne cessait de me parler et me faisait mille questions, sans attendre à chacune d'elle la réponse complète à la précédente...

N'est-ce pas là un charmant tableau d'école flamande, et le groupe d'enfants que Pereda va nous décrire ne fait-il pas songer à une toile de Murillo? Rappelez-vous les exquis bambins de la Pinacothèque de Munich.

Là-dessus commença à me monter aux narines une odeur très agréable de friture, et avec elle entra dans la salle un gamin d'environ six ans, le museau barbouillé et les vêtements tout sales; après, un autre, de même accoutrement, mais plus jeune ; ensuite, un autre plus petit que les deux premiers ; puis une fillette blonde, aux yeux à fleur de tête, les jambes maigres, les bras longs ; derrière elle, une gamine brune, joufflue, aux yeux noirs et aux gros mollets, menant par la main un bébé tout souriant, qui se dandinait en marchant sur ses patoches arquées, et enfin le garçon qui m'avait reçu. Toute cette marmaille, apparue peu à peu, à pas lents et avec un

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regard craintif, fut se placer en un demi-cercle, très serré, en face de moi ; et comme ils ne savaient que me dire, quoique je leur demandasse un tas de bêtises, pendant que leur mère me les nommait par rang d'âge, tout en les grondant, sans grande colère, pour leur discourtoise effronterie, chacun passait le temps et supportait la mauvaise minute le mieux possible, qui en se frottant le nez, qui en se grattant la tête — et tel autre, une partie du corps plus basse et plus charnue.

Dans une autre occasion, Neluco conduit Marcelo chez un ami de D. Celso, D. Pedro Nolasco, patriarche d'une nombreuse famille, Hercule octogénaire, dont la tête énorme tient à peine sur ses vastes épaules, et dont la joie de vivre retentit en éclats de voix, pareils à des salves d'artillerie. C'est là que Marcelo aperçoit pour la première fois l'exquise petite Lita, dont il aura le bon esprit un jour de faire sa compagne. Et nous ne nous étonnons guère qu'il soit émerveillé et bientôt conquis par cette créature de jeunesse, rayonnante de vie, de bonne humeur et de simplicité.

Le médecin donna deux coups sur le sol avec le bout de son bâton, et simultanément apparurent, comme évoquées par un charme, à la porte de droite, la prestance énorme de D. Pedro Nolasco, et à celle de gauche une jeune fille, un peu négligée de toilette et de coiffure, mais propre comme l'or, fraîche et épanouie comme une petite rose d'avril.

— Ah! c'est Neluco, exclama-t-elle avec un timbre de voix qui semblait une note de harpe, et avec son petit visage d'ange de Rubens inondé de joie. Toma ! ajoutât-elle ensuite, en venant vers nous et en me regardant, un peu rougissante, comme si elle voulait corriger son impolitesse à mon égard, — et il vient avec un autre monsieur très caballero ! Allons ! comme je suis impolie!... Mais c'est le neveu de D. Celso. Je l'ai vu à la messe dimanche. Maladroite que je suis !... Et comment allez-vous? Voyez, senor D. Marcelo, il faut me pardonner si vous me trouvez comme cela, parce que j'ai pétri à la cuisine avec ma mère et les servantes pour la fournée de cette nuit, et justement j'allais me mettre plus chrétienne !

Telle était la véhémence de son affabilité qu'elle ne m'offrit pas le plus léger interstice pour y glisser une réponse à son salut et une acceptation galante de ses excuses. Mais qu'elle était gracieuse et jolie avec son retroussis de cheveux châtains ombrageant son visage juvénile, poli et frais, parlant par ses yeux bleus, aux longs cils, autant que par sa petite bouche aux lèvres rouges, sur les dents les plus blanches et les plus serrées que j'aie vues de ma vie !

Soudain résonna vers la porte d'en face, presque bouchée par la masse de D. Pedro Nolasco, quelque chose comme un coup de canon qui nous disait : « Entrez, caballeritos. »

Et pour obéir à D. Pedro qui nous appelait, nous nous séparâmes de la jolie boulangère, qui nous poussait des yeux vers lui, tandis qu'elle prenait congé de nous jusqu'à : Tout à l'heure !

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Neluco, qui cherche partout des alliés pour l'aider à la conversion de Marcelo, l'emmène un jour chez un illustre hidalgo du voisinage, le seigneur de Provendano. A la porte d'un vieux manoir, ils trouvent un homme d'une cinquantaine d'années, occupé à décharger une charrette ; dès qu'il les aperçoit, il s'avance vers eux et les salue avec la plus exquise courtoisie. « Je ne m'excuse pas, dit-il à Marcelo, de l'occupation où vous me surprenez, car si je trouvais avilissant de m'y employer, je ne m'y emploierais pas comme je le fais souvent. Elle ne me donne pas le pain qui me nourrit, mais elle m'aide à le conserver; d'ailleurs, elle me semble agréable et j'estime qu'elle honore un homme. »

On introduit le visiteur, et le maître de la maison reparaît bientôt en redingote, dans la tenue la plus correcte. « Ne croyez pas, mon ami, dit-il encore à Marcelo, que je me sois revêtu de ces vêtements à la mode pour que vous voyiez que je les possède : une vanité aussi ridicule est bien loin de moi. Mais il me plaît de donner à chacun ce qu'il mérite, et je n'ai pas encore assez de liberté avec vous, qui êtes gentilhomme et homme du monde, pour vous recevoir dans ma maison, la première fois, en costume de charretier. C'est là

un devoir de courtoisie, dont je m'acquitte avec grand plaisir. »

Le seigneur de Provendano est un esprit très cultivé. Il a voyagé, a occupé des postes politiques importants et a composé une dizaine de volumes pleins d'érudition sur l'histoire de la province. Sa conversation déborde de science et de noble philosophie. II prouve bien par son exemple qu'un homme supérieur peut se plaire à la solitude de la montagne et aux modestes travaux de la terre; et il essaye à son tour de persuader Marcelo.

Pereda a tracé ce portrait de gentilhomme laboureur avec une visible sympathie, et d'après nature, paraît-il. En tout cas, le type est bien conforme à la tradition nationale. Il rappelle le vieux Tello de Meneses de Lope, qui, dans son opulence, a conservé la simplicité des temps primitifs, surveille lui-même ses paysans et met la main à la besogne. D'une économie vigilante dans les petites choses, il est d'une libéralité magnifique dans les grandes. Des paysans viennent lui demander de contribuer par une gratification à la construction d'une église et le surprennent maltraitant un de ses valets, qui a égaré un pied de cochon : « Retirons-nous, disent-ils, cet avare ne nous donnera rien ». Il les arrête, et lorsqu'il sait l'objet de leur requête,

leur remet trois mille ducats : « Si je laissais perdre un pied de cochon, je ne pourrais pas faire de pareils cadeaux. »

Plusieurs autres silhouettes d'hidalgos montagnards passent sous nos yeux dans les dernières pages du roman. Ce sont les personnages chers entre tous à Pereda, ceux qui représentent les plus nobles et les plus fières qualités de la race. Aussi en fait-il presque des êtres surhumains, des héros. Lisez cette prodigieuse rencontre entre le seigneur de Provendafio et Don Lope de Robledal :

Le senor de Provendafio s'arrêta un instant pour le regarder, la main de biais sur le front, et l'autre s'arrêta aussi en clouant sur lui ses yeux sombres et imperturbables. Ils semblaient deux lions. Il ne leur manqua que de se flairer. Puis ils s'approchèrent davantage, et s'étreignirent la main droite avec de violentes secousses. Ils me parurent alors deux chênes jumeaux de la montagne, ébranlés par le souffle de la même rafale.

Ne dirait-on point une page d'épopée et comme un écho lointain du Romancero ?

Cependant, l'état de D. Celso s'aggrave. L'excellent homme, dans ses derniers jours, a concentré sur son neveu tous les sentiments de tendresse dont il a été jusque-là peu prodigue envers sa famille. Il ne tremble pas trop devant la mort,

mais il s'inquiète de laisser tant de pauvres gens sans appui ; et par ses démonstrations affectueuses, par ses promesses et ses dons, il veut obtenir que Marcelo s'engage à le remplacer. Marcelo, ému de ses angoisses, gagné aussi par cette conspiration de la nature et des hommes, lui promet de ne plus quitter Tablanca.

La scène de la mort de D. Celso est traitée dans un grand sentiment chrétien. Une procession nocturne de tout le village, parmi le grand silence de la neige qui assourdit les pas, accompagne le curé qui porte le bon Dieu à l'agonisant. Et après l'acte solennel que la plume du romancier se refuse à décrire, D. Sabas adresse au moribond la dernière exhortation à la patience et à la confiance en Dieu. Il commence « par s'engager dans les formules usées du rituel, mais les abandonne peu à peu pour entrer dans les sentiers de son propre style et de ses émotions particulières »; au langage grave du prêtre se substitue l'expression familière de la tendresse amicale; D. Celso lui répond à son tour par une protestation nouvelle de foi absolue et de résignation infinie. Et ce dialogue singulier se prolonge; ils en viennent à se tutoyer; D. Sabas se déclare envieux du sort de son ami, et enfin, « prenant à témoin de la cordialité de ce mouve-

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ment ce Dieu présent ici en chair et en sang, le curé se baissant beaucoup, l'autre se levant un peu », ils s'unissent dans un pieux embrasement, tandis que tous les assistants fondent en sanglots. Comme Neluco veut fermer la porte de la chambre, D. Celso retrouve assez d'énergie pour lui défendre d'en rien faire ; il adresse à tous un dernier adieu et déclare solennellement Marcelo l'héritier de ses biens et de son œuvre. Après avoir montré comment on vit dans la montagne, Pereda a voulu montrer avec quelle paix, quelle sérénité on sait mourir sur ces hauteurs voisines du ciel. Bien des écrivains ont raconté la beauté d'une pieuse mort, mais jamais avec plus de respect religieux ni de sincère émotion.

Après la mort de son oncle, Marcelo retourne à Madrid pour régler ses affaires et aussi pour s'éprouver un peu; mais Madrid lui est à charge, et il en repart au plus tôt. Avec quelle joie il retrouve sa Montagne, bien différente aujourd'hui de ce qu'il l'avait vue pour la première fois, au déclin de l'automne ! Elle est maintenant dans la splendeur de l'été, qui symbolise pour lui le renouveau de son âme, ses espérances généreuses d'une vie plus haute, consacrée aux nobles tâches et ensoleillée par la tendresse de Lita.

Quel commentaire ajouter à cette analyse, qui ne s'en dégage avec évidence ? La thèse générale du roman, — et il n'en est guère de plus opportune, — c'est un appel aux hommes de bonne volonté comme Marcelo à mieux comprendre leur devoir social, à se rapprocher du peuple pour l'instruire, et, à son contact, se régénérer. Penas arriba marque l'apogée de l'art et de la pensée de Pereda. La vieillesse et le malheur ont apaisé, semble-t-il, et sérénisé son âme. La mort brutale d'un fils de vingt ans, tendrement chéri, vint interrompre à la moitié la composition du roman. L'auteur, en une belle dédicace, nous dit comment, écrasé par la douleur, il trouva dans la soumission à la volonté de Dieu la force d'achever son livre; et le sentiment religieux, présent dans tous ses ouvrages, illumine vraiment celui-ci. Sa foi de chrétien, avivée par l'épreuve, lui fait jeter sur le monde un regard qui n'est plus découragé, triomphe d'une certaine rancune qu'il manifesta jadis contre le temps présent, et lui laisse espérer pour les générations prochaines de moins sombres lendemains. Au terme de sa carrière, l'apologiste obstiné d'un passé regretté toujours s'ouvre pour la première fois aux espérances de l'avenir. 11 aperçoit sous ses yeux des sources intactes d'énergie, qui lui

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font croire à la réalisation possible de son rêve social dans ce qu'il a d'essentiel, une vie noble, maintenue simple et vigoureuse par le contact direct avec la nature, et surélevée au-dessus de la nature par l'attrait de l'idéal chrétien.

Dans le récit tout frissonnant d'émotion où il nous contait naguère l'effroyable catastrophe * qui faillit ruiner sous ses yeux sa ville natale, Pereda nous montre le jeune Montagnard Pachin Gonzalez cherchant sa mère parmi les victimes. Il fait nuit. Pachin a parcouru en vain l'hôpital où sont exposés les cadavres par centaines. En sortant, il aperçoit le vieux jardinier, la pipe à la bouche, assis près d'un puits et caressant un gros chien blotti à ses genoux. Comme il s'étonne, le jardinier lui explique qu'il ne laisse pas le chien attaché à sa niche pour qu'il n'aboie pas.

— Et s'il aboyait, qu'importe ? demanda Pachfn.

Le bonhomme le regarda avec un geste d'étonnement, et, étendant la main et la vue sur le monceau de cadavres, il répondit :

— Aboyer 1 aboyer!... Et tout cela devant soi!... Prier, prier vaut mieux.

i. Explosion d'un navire chargé de dynamite (novembre 1 893). Pachin Gonzalez est de 1896.

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— Mais alors, répliqua Pachin plein de stupeur, jusqu'à quand allez-vous rester ainsi ?

— Jusqu'à ce que Dieu envoie le jour demain, mon fils... ou tant qu'il faudra.

Dans ce trait, de saveur toute tolstoïenne, on peut voir quelque chose de symbolique. La réponse du vieux jardinier, exprimant la foi en la prière et la certitude d'une aurore prochaine, n'est>elle pas la conclusion suprême de l'œuvre de Pereda?

L'auteur de Penas arriba occupe aujourd'hui en Espagne une situation unique : il est pour la jeune génération le maître vénéré entre tous, autant pour la noblesse de son caractère que pour la mâle vigueur de son génie. Il personnifie la tradition nationale et religieuse ; et ceux même qui ne partagent pas toutes ses idées admirent cette foi robuste, cette fidélité inébranlable à tout ce que légua le passé de plus beau et de plus glorieux. C'est dans les provinces, notamment en Catalogne, que Pereda trouva tout d'abord ses plus ardents admirateurs. On le salua avec enthousiasme comme le grand écrivain régional à opposer aux littérateurs madrilènes; mais Madrid a tenu à l'adopter tout à fait à son tour. En 1897, par une faveur excep-

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tionnelle, quoique ayant sa résidence à Santander, il fut reçu membre de l'Académie Espagnole, dont il n'avait été jusqu'alors que correspondant. Séance mémorable, qui mit en présence les deux écrivains les plus populaires de l'Espagne. Pérez Galdôs était chargé de souhaiter la bienvenue à son illustre rival et ami. Il le fit avec une bonne grâce et une modestie charmantes. Il sut exprimer la séduction exercée par Pereda sur tous ceux qui l'ont approché. Il évoqua en des pages exquises les souvenirs de leur ancienne amitié, que les discussions les plus vives ne purent jamais troubler. « Je me souviens, dit-il, que dans les premiers temps de notre amitié, il y a de cela vingt-cinq ans, nos conversations se terminaient souvent en disputes, dont la vivacité ne dépassa jamais les limites de la cordialité. Souvent, poussé par mon naturel conciliateur, je cédais de mes opinions. Pereda ne céda jamais. Il est irréductible, homogène, et d'une consistance qui exclut toute désagrégation. Plus facilement conquérait-il dans mon domaine des zones relativement vastes, que moi chez lui quelques pouces de terrain. Mais ces zones étendues, il est juste de le dire avec ingénuité, il les perdait de nouveau quand nous nous séparions, et le pouce de terrain, si par hasard j'arrivais à le gagner au prix de

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grands efforts, était de nouveau repris par mon adversaire, et à la fois suivante nous nous retrouvions comme avant, lui avec ses croyances, moi avec mes opinions. Et c'est avec intention que j'emploie ces deux termes, pour indiquer que Pereda avait sur moi cet avantage de ne pas connaître le doute. Voilà aussi la différence entre nos deux caractères considérés littérairement : Pereda ne doute pas; moi, si. Toujours j'ai vu mes convictions obscurcies en quelque partie par des ombres venues je ne sais d'où. Lui est un esprit serein ; moi, je suis un esprit troublé, inquiet. » Le morceau n'est-il pas délicieux ? Galdôs loua aussi l'écrivain dans les plus nobles termes, et on peut dire que ce beau discours fait autant d'honneur à celui qui le prononça qu'à celui qui en fut l'objet.

L'œuvre de Pereda est pour un étranger d'un abord plutôt difficile. Elle se défend par une langue d'une richesse qui déconcerte et rend inutiles tous les dictionnaires. Elle diffère tellement, par ses procédés, de*nos lectures ordinaires que la beauté ne nous en apparaît pas toujours du premier coup. Il y faut une initiation. Mais quand on a réussi à vaincre la difficulté première, on est largement récompensé de l'effort. On se sent en

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présence de quelque chose de solide et de durable, qui n'a pas bénéficié d'une mode passagère, mais qui s'est imposé lentement à l'admiration des connaisseurs.

L'art de Pereda est fait de probité littéraire et de haute valeur morale. Chez lui, absence complète de cabotinage; point de ces roueries de métier auxquelles sont dus tant de succès faciles; aucun sacrifice à la recherche de l'effet et au caprice du public. Il a sa technique à lui, qui est l'expression de son tempérament. Et l'inspiration à laquelle il obéit est toujours puisée aux sources les plus nobles. Nulle page dans son œuvre ne flatte les passions basses; ce romancier réaliste eut toujours les scrupules de l'idéaliste le plus fervent.

Lorsqu'on a eu l'heureuse fortune d'approcher Pereda, on sait jusqu'à quel point l'accord est parfait chez lui entre l'homme et l'écrivain. Je le vois avec son profil bien cervantesque, sa longue royale blanche, ses cheveux dressés sur le front, d'où semblent jaillir les idées comme des étincelles. Et le meilleur commentaire de ses livres fut pour moi sa conversation prodigieuse, passant de l'éloquence la plus véhémente — lorsqu'il s'agissait des idées essentielles — à la plaisan-

terie humoristique, lorsqu'il me contait quelque anecdote de ses « Souvenirs ». La conviction qui anime ses écrits est celle qui le fait parler et agir. Son christianisme n'est pas de la littérature. L'inspiration et la conscience, on * Ta dit mieux que je ne saurais dire, se confondent chez lui en une seule flamme, en une seule lumière.

Que les romans de Pereda se répandent en France, il est peut-être difficile de l'espérer, mais ce serait un bon signe. Cela prouverait qu'un écrivain de race latine peut gagner chez nous des lecteurs et des lectrices par des qualités plus saines que le sensualisme énervant d'un Annunzio. Beaucoup de nos livres d'imagination portent aujourd'hui l'empreinte d'un vague sentiment néochrétien : ne seraifc-il pas curieux — et instructif — d'opposer au mysticisme suspect de nos dilefctantes la foi virile et solide du seul grand romancier catholique de notre temps?

i. Galdôs.

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