XII AVANT-PROPOS
i sans savoir « ce qui sortira », et ils échouent » piteusement. Pour réussir avec une telle I méthode , il faut avoir reçu vraiment le don du ciel. Un psychologue ingénieux, arraché trop tôt aux lettres par une fin tragique, Ângel Ganivet, observe avec justesse que le trait commun des artistes espagnols, c'est l f ignorance, cette ignorance spéciale, « qui consiste à ne savoir jamais quand l'œuvre est à son véritable point d'exécution , parce qu'ils ne se laissent guider que par Fimpulsion du génie. Et comme, ajoute-t-il, le génie est une faculté très trompeuse, rarement la main guidée par lui achève bien son travail; elle s'arrête à son caprice, au hasard, et non au moment de la perfection suprême l ». Leurs chefs-d'œuvre sont donc surtout d'heureuses réussites; mais l'histoire de l'art les compte alors parmi les créations les plus originales, les plus inimitables et les plus suggestives, parce qu'elles sont les plus spontanées. Quand on entre pour la première fois au Musée du Prado, dans la salle éblouissante des Velàzquez, on a la
i. Idearium espanol. Granada, 1897, p. ^9-