‹ L'Espagne: moeurs et paysages, histoire et monuments. Orne de seize gravuresChapitre 113 sur 159 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

OÙ le prieur venait s'asseoir, et où Ton remarque dans le mur une petite excavation destinée à recevoir sa tabatière. Et de là portant mes regards tantôt sur le cours sinueux du Guadalete, tantôt sur les pans de muraille près de s'écrouler, ou bien sur les verts coteaux qui doivent leur richesse au monastère, je pensai tristement à l'ingratitude des hommes, et aux excès dignes des bêtes sauvages qu'ils savent commettre au nom de la liberté.

Disons brièvement quels sont les mouvements révolutionnaires qui ont semé l'Espagne de ces ruines que nous avons tant de fois rencontrées sur notre chemin, symboles trop éloquents des ruines morales dont la nation se ressent encore aujourd'hui. Les monastères, les œuvres d'art, les monuments religieux ont énormément souffert durant la guerre de l'indépendance contre les Français (1808-1813). Mais les moines sacrifiaient tout pour la patrie, et se distinguaient par leur héroïsme dans la résistance à l'étranger. Toutefois ce n'est pas dans cette guerre, c'est dans les guerres civiles allumées plus tard par les libéraux espagnols, qu'il faut chercher les véritables vandales du xix" siècle en Espagne* A la fin de 1813, Napoléon avait été forcé de rendre le trône d'Espagne à Ferdinand VII, qui d'abord gouverna suivant la constitution de l'État, pubhée en 1812 par les cortès, assemblée du royaume chargée de discuter les lois et de voter l'impôt. Mais, en 1814, Ferdinand supprima les cortès et la constitution , qui lui paraissaient entraver l'action du pouvoir royal au détriment du bien public. A partir de ce moment, le pays fut divisé par les deux opinions

opposées des royalistes et des libéraux. De là les luttes intestines, les insurrections et les guerres civiles qui ont ensanglanté la Péninsule, et dont le clergé régulier surtout a été injustement victime quand l'opinion libérale venait à triompher.

Il y avait division dans le clergé, comme dans les autres classes de la nation, sur la revendication du régime constitutionnel ; malheureusement les chefs et les meneurs du parti hbéral, animés d'un esprit irréligieux, voulaient absolument des lois et des mesures attentatoires aux droits de l'Église , à la liberté et à la propriété des ordres monastiques. Rejetés ainsi du côté de l'absolutisme par l'instinct de la conservation et l'attachement à la justice, abstraction faite de la question purement politique, les moines furent considérés comme ennemis de la liberté constitutionnelle. On les supprima, on les massacra aux premières heures des divers triomphes du parti libéral; et les monastères avec leurs églises furent par centaines fermés et abandonnés aux causes naturelles de destruction, puis, durant les dernières guerres civiles, pillés, saccagés, renversés, brûlés dans toutes les provinces.

Le premier triomphe du parti constitutionnel eut lieu en 1820, à la suite d'une insurrection militaire qui contraignit le faible Ferdinand à jurer la constitution à Madrid, le 7 mars. Le parti qui était au pouvoir exigea des évêques qu'ils imposassent aux curés l'obligation d'expUquer la constitution du haut de la chaire à leurs paroissiens; il supprima les jésuites, força les clercs et les religieux non revêtus du caractère sacerdotal au service militaire. Poussé dans cette voie par des

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