‹ L'Espagne: moeurs et paysages, histoire et monuments. Orne de seize gravuresChapitre 114 sur 159 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

sociétés soi-disant patriotiques qu'il ne put dissoudre qu'à grand'peine, il défendit aux ordres religieux d'admettre à la profession, ferma les couvents qui n'avaient pas vingt-quatre profès, c'était le cas pour plus de la moitié, et il appliqua à l'extinction de la dette publique leurs biens, qui furent dilapidés par les hommes qu'on chargea de les administrer. Tout cela date de 1820.

La guerre civile ne tarda point à éclater ; et l'exil ou l'assassinat de prêtres, de religieux, d'évêques, marquèrent les années suivantes. Quelques prêtres ou moines, entre autres le chanoine Merino, parurent à la tête des guérillas royalistes, qui voulaient soustraire le souverain à l'oppression des libéraux qui le gardaient à vue. Cette situation critique du monarque Bourbon amena l'intervention de la France, et le passage de la Bidassoa par le duc d'Angoulême, le 7 avril 1823. Les cortès se réfugièrent à Cadix, emmenant captif Ferdinand VII. La régence établie à Madrid par le duc d'Angoulême cassa les actes du parti libéral, et l'armée française, maîtresse du Trocadéro et par conséquent de la baie de Cadix, après un combat où l'on perdit beaucoup de monde de part et d'autre, obligea les cortès à mettre Ferdinand VII en liberté.

Ce monarque régna encore dix ans, durant lesquels les plaies faites à l'Église commencèrent à se cicatriser. Les divers ordres monastiques et congrégations religieuses, que la tyrannie et la violence seules peuvent empêcher de fleurir au sein d'une nation aussi catholique que l'Espagne, comptèrent, vers 1830, environ 60,000 membres. Les collèges des jésuites

rappelés de l'exil annonçaient à TEspagne une régénération dont elle a bien besoin sous le rapport des études. Ces institutions brillaient surtout à Alcala, à Valence, à Palma, à Saint- Isidore de Madrid, au noviciat de la compagnie et au collège des nobles.

Mais de temps à autre des symptômes significatifs indiquaient que le duel terminé par le duc d'Angoulême recommencerait entre les royalistes et les libéraux. Ferdinand VII meurt en 1833. Son testament lègue la couronne à sa fille Isabelle, et nomme régente la reine Christine, tandis que la loi de succession appelait au trône don Carlos, frère du roi. Les partisans de ce dernier déclarèrent le testament invalide, parce qu'on l'avait surpris à Ferdinand affaibli et presque privé de ses facultés morales ; puis , parce qu'il n'appartenait pas au roi d'abolir par sa simple volonté une loi fondamentale de la monarchie espagnole. Le soulèvement des carhstes en armes devait acquérir dans la suite des proportions terribles. Le parti libéral, qui dominait le gouvernement, sembla prendre à tâche d'en provoquer le développement et d'en justifier les agressions.

Il mit la main, dès 1834, sur les revenus de chaînes ecclésiastiques, et sévit contre des monastères qui avaient fourni des partisans à don Carlos. Tandis que le clergé régulier et séculier se dévouait à secourir les cholériques, les libéraux répandirent le bruit que les moines avaient empoisonné les sources. Ameutée par cette stupide calomnie, et conduite par des hommes d'une classe supérieure, une bande de sicaires se rua sur le collège de Saint- Isidore à Madrid, et y

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