‹ L'Espagne: moeurs et paysages, histoire et monuments. Orne de seize gravuresChapitre 115 sur 159 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

égorgea quinze religieux, entre autres un célèbre orientaliste, le R. P. Juan Artigas. Les cadavres, traînés dans les rues, reçurent les plus indignes outrages. A San-Francisco-el-Grande il y eut plus de quarante victimes. Saint-Thomas et la Merci furent de même inondés de sang. Ces atrocités impunies furent le signal d'autres aussi abominables qui déshonorèrent Saragosse et Murcie en 1835. Le gouvernement, concourant à Tœuvre des assassins, décréta la suppression de la compagnie de Jésus, puis de tous les monastères qui n'auraient pas douze profès, dont huit de chœur, mesure qui frappait neuf cents couvents; les biens en étaient confisqués. Un nouveau décret abolit, le 1 1 octobre de la même année , presque tous les autres monastères; et dans ce moment, au cri de Mtxero los frailes (mort aux religieux) ! on massacrait à Barcelone des franciscains, des carméhtes, et on les brûlait avec leurs couvents. A Murcie, les flammes dévorèrent les édifices des ordres de Saint-François, de Saint-Dominique, des Trinitaires et de la Merci. On entendait de tous côtés les fusillades dirigées contre des moines coupables de compter des confrères ou des amis dans les rangs des royalistes. Enfin, le 29 juillet 1837, les cortès déclarèrent supprimés les ordres religieux, qui en fait n'existaient déjà plus.

Ce fut un pillage général.

Les biens des moines furent vendus à tel prix, que la rente de la première année payait Tachât du fonds. Les peintures, les livres, les meubles précieux et les objets d'orfèvrerie étaient volés, adjugés pour des sommes minimes et dérisoires. On vit mettre en vente

à Madrid, sur l'ordre des ministres, les joyaux de Notre-Dame d'Atocha. « A peine, dit l'historien don Vicente de la Fuente, à peine s'il est une capitale de province oii ne se voient de superbes squelettes de pierre, témoins de l'ignominie d'une époque qui ne pourrait pas construire ce qu'elle a su ruiner. Détournons les yeux de ce spectacle hideux du moderne vandalisme, afin de ne pas nous laisser aller à des récriminations qui seraient inutiles, mais non pas tardives ; car on n'a pas fini de démolir. >

Tels sont les souvenirs que je repassais dans mon esprit sur les ruines aussi grandioses que mélancoliques sur la cartuja de Jérès , pèlerinage obligé des touristes qui traversent cette riche contrée. La silleria ou les lignes de stalles de l'église offrent de très intéressantes sculptures qui achèvent de pourrir à l'humidité. Quant aux biens du monastère, qui autrefois préservaient de la faim les pauvres de tout le pays, ils appartiennent maintenant à un très petit nombre de propriétaires et n'ont pas la même utilité publique.

Après de si attristantes considérations, l'esprit aime à se reposer et à fonder pour l'Espagne de douces espérances sur le concordat conclu en 1851 entre le saint- siège et la reine Isabelle. Puissent les hommes d'État appelés à diriger le gouvernement du pays comprendre tous les avantages d'une étroite union avec le souverain pontife en tout ce qui intéresse la religion, et repousser les traditions du jansénisme, du régalismey qui tendent à réduire les droits de l'Église et à enchaîner sa liberté !

Nous allions quitter Jérès sans voir la collegiata ou

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