CHAPITRE X
la fondation de la ville nouvelle; le Trocadero, canal bordé de chantiers de construction, et que le duc d'Angoulême , comme nous Tavons dit, enleva en 1823; Puerto-Real, que le Trocadero met en communication avec le fond de la baie de Cadix ; la Garraca, grand arsenal maritime ; et nous entrons dans Tîle de Léon, à l'extrémité de laquelle s'élève Cadix, une des reines de la mer.
La situation de ce port, entre TOcéan et la Méditerranée, entre TOrient et TAmérique, entre TEurope et TAfrique, est des plus avantageuses; et si Thistoire du commerce signale ces parages comme privilégiés dès la plus haute antiquité, Tavenir ne leur promet qu'un accroissement de fortune et d'activité. Cadix est très andalouse, c'est-à-dire riche, belle, propre, religieuse, poétique, morale, quoi qu'en disent les étrangers, les Anglais surtout, qui confondent la population andalouse avec sa population flottante, et qui mettent, il faut le dire, à la charge de l'Espagne leur propre corruption, celle qu'ils inoculent à une fraction minime et perdue de ses habitants.
Un de nos meilleurs et plus poétiques souvenirs d'Espagne est celui d'une promenade du soir à l'a/ameda de Apodaca^ bordée d'un côté par de riches habitations à balcons vitrés, de l'autre par la mer, qui va expirer au pied des collines de Rota et de Port- Sainte-Marie. Des jardins fleuris, des bancs de marbre blanc, où s'asseyaient les Gaditanes à la mantille noire, quelques palmiers au panache oriental, une douce brise de la mer glauque, un ciel si profond et si bleu qu'il eût paru sombre sans l'éclat de ses étoiles d'or;
c'était à ravir, lorsque des chants religieux et les accords de Torgue, sortant d'une gracieuse église ouverte sur Talameda, s'élevèrent au ciel dans le silence de la nuit, comme un hymne de la nature et de rhomme reconnaissant envers le Créateur.
Une chose cependant nous blessa, car elle n'est en harmonie ni avec les convenances, ni avec le caractère et les habitudes de l'Espagne : ce sont les statues mythologiques et nues que des édiles malavisés ont dressées là. A quoi pensaient-ils? Les dieux de l'Olympe sont bien petits et bien plats devant cette nature toute rayonnante du Dieu de l'Evangile ! Ils sont bien ridicules au milieu de cette population andalouse, qui, je l'en estime, ne les comprend pas. « Voyez donc, me disait William en me montrant dans l'ombre un Apollon sans vêtements qui soufflait dans une flûte ; a-t-il l'air dépaysé ! »
Les édiles gaditains devraient se souvenir qu'ils sont membres d'un ayuntamiento (conseil municipal) andalqu et chrétien, et suivre à ce titre l'heureuse habitude des Espagnols, qui multiplient partout les statues de leurs saints et de leurs grands hommes, au lieu des sujets bien exécutés peut-être, mais si souvent niais, qu'on voit ailleurs, aux Tuileries, par exemple, et à Versailles. Ce que j'aurais voulu trouver à l'alameda de Cadix, c'est l'image de Christophe Colomb, qui s'est embarqué à deux pas pas de là, à Palos ou à Moguer, pour la découverte de l'Amérique, et qui n'a pas une statue en Espagne.
Foin de votre mythologie! Ce n'est pas ainsi que vos pères entendaient les choses, eux qui ont donné les