CHAPITRE XII
€ — Oh! dit la mère en se levant avec un long soupir, si cela pouvait être! > Et elle se retira, étouffée par les sanglots.
« — Vous entendez, William : Oh ! si cela pouvait être! Cette parole, prononcée avec un accent indéfinissable, me pénétra comme un glaive, et porta ma pensée sur ma mère à la fois et sur mon amie. En ce moment j'ouïs la voix intérieure qui me disait : Cela peut être ; et Tespérance et la charité me répétaient tout bas : Cela est. Comme le dogme du purgatoire, enseigné par TÉglise, nié par le protestantisme, est conforme à la raison, à la nature! et qu'il est doux de pouvoir, avec l'Église, espérer du salut même de pécheurs qui n'ont pas donné, avant la mort, toutes les marques extérieures et désirables de conversion ; de pouvoir, avec elle, ouvrir les portes du ciel aux âmes demeurées protestantes par une ignorance et une bonne foi invincibles, mais qu'au dernier jour le Seigneur ne trouve pas perdues par le péché mortel !
€ — Assurément, dit William, il répugne à la raison de croire que la moindre tache damne éternellement, ou que l'âme qui est encore souillée, qui n'a point expié entièrement ses fautes, entre néanmoins au ciel sans passer par une purification. Et c'est pourtant ce que nous avait enseigné le protestantisme en niant le purgatoire !
€ — Maintenant suivez-moi en Espagne, cher William, là où le lien spirituel qui unit l'Église militante à l'Église souffrante se manifeste par tant de signes extérieurs et touchants : peintures, chapelles des âmes du purgatoire, confréries particulières. Partout, dans
les églises, nous voyons ces grands tableaux qui représentent, à la partie supérieure, la sainte Trinité et la cour céleste; au milieu de la toile, des âmes, sous la forme de corps transparents et vaporeux, montent au ciel, en compagnie des anges gardiens; au bas, des flammes, une fournaise, où les démons, naïvement figurés, mais enfin de manière à rappeler leur dégradation et leur méchanceté, s'efforcent de retenir dans les tourments les âmes qui regardent et invoquent le Ciel , toutes rayonnantes d'espérance ; partout nous remarquions, au nombre de ces troncs que la piété et la charité attachent à l'intérieur et même à l'extérieur des églises d'Espagne, ceux qui portent pour inscription : Animas benditds; quelquefois nous nous trouvions au milieu des services et des prières solennelles que font célébrer si fréquemment les confréries pour le soulagement des âmes du purgatoire ; parfois encore de pauvres femmes, de jeunes filles à la physionomie candide, nous arrêtaient dans les rues, sans soupçonner guère à qui elles s'adressaient, et, nous présentant quelque image grossièrement gravée, elleè nous demandaient une aumône, afin de faire dire une messe pour le repos d'une âme qui leur était chère... A la vue de ces peintures, de ces cérémonies, de ces quêteuses, les plaisanteries, les malédictions pleuvaient parmi mes compagnons et mes compagnes, mes frères et mes sœurs en protestantisme. Je me taisais ; car j'entendais toujours cette parole : « Oh ! si cela pouvait être! »
€ Lorsqu'il plut à Dieu de me remettre à la conduite du prêtre qui devait achever en moi l'œuvre de la