CHAPITRE XIII 3i
sans parler des olives, des grenades, des oranges, et de cent autres produits qu'elle tire, il est vrai, d'une bonne partie de FAndalousie. Dans les environs, on cultive la canne à sucre, le tabac, le coton, le mûrier; tandis que la sierra Nevada ou chaîne de montagnes neigeuses, et celles de Ronda et d'Antequera, où se faisait autrefois la contrebande par Gibraltar, produisent les arbres et les fruits du nord. C'est donc ici une terre favorisée du Ciel.
Mais le mot s'applique surtout à la vega de Grenade , aux vallons et aux coteaux des Alpujarras. En vain demanderais-je à ma pauvre palette les couleurs nécessaires pour peindre la région qu'arrosent le Darro et le Genil. Le peintre le plus habile serait tenté de briser ses pinceaux en présence de ces divins paysages. La nature est si belle à Grenade, que l'Alhambra, le Généralife, ces monuments mauresques dont le nom seul excite les plus doux rêves, lui doivent autant qu'à l'art leurs charmes et leur célébrité.
Vous retrouverez à Grenade, mais très accusée, la physionomie mauresque des principales villes de l'Andalousie. Toutefois l'animation générale, la gaieté, les promenades, qui supposent des mœurs douces et un caractère sociable, les peintures d'ornements en grisaille sur fond rose ou vert -pomme à la façade des maisons révèlent hautement l'influence chrétienne. La vie s'épanouit, au lieu de se concentrer derrière des murailles égoïstes et muettes, comme dans les villes musulmanes, où régnent, en dehors des bazars, le silence morose et un implacable ennui.
Nous visitâmes successivement VAlbaycin, quartier
maintenant misérable, où se réfugièrent autrefois (1227) les Maures de Baeza, qui lui ont donné son nom ; la Churra ou Mauror, l'ancien quartier des porteurs d'eau; VAntequerelay qui, en 1410, fut l'asile des fugitifs d'Antequera, prise par les chrétiens; et, dans la ville nouvelle, près de la place Biharramhla , la cathédrale et le Zacatin.
La place, célèbre dans les romanceros comme théâtre des tournois et des fêtes publiques, a échangé son nom contre celui de Plaza de la Constitucion, si répété en Espagne qu'il dégoûte du système constitutionnel au lieu de le faire aimer. Quelle maladresse et quelle folie d'effacer tant de vieux noms historiques et populaires! La cathédrale, construite par Diego de Siloé (1529-1560), est vaste et a cinq nefs, comme la plupart des grandes égHses d'Espagne. Nous y remarquâmes surtout le sanctuaire ou capilla mayor^ avec ses colonnes corinthiennes qui portent les statues colossales des douze apôtres, ses verrières historiées et ses belles peintures d'Alonzo Cano et de ses élèves. Parmi de somptueuses chapelles, on distingue la capilla real; là sont les tombeaux de Ferdinand et d'Isabelle, qui ont enlevé Grenade aux Maures et mis fin à leur domination en Espagne (1492); là aussi reposent le roi Philippe I" et sa femme Jeanne la Folle, mère de Charles -Quint.
Le Zacatin est une vieille rué arabe qui suffirait à elle seule pour captiver l'antiquaire, si l'Alhambra ne l'appelait à étudier le chef-d'œuvre , le dernier mot de l'architecture mauresque.
Prenez dans leur ensemble les monuments des