CHAPITRE XIII
Maures en Espagne, et vous y reconnaîtrez, avec un artiste qui les a soigneusement dessinés, trois styles correspondant aux trois périodes. La première embrasse l'intervalle du vni* au xi* siècles ; elle est représentée surtout par la mosquée de Cordoue , et a pour caractères des procédés et un système de construction empruntés aux Romains, comme les colonnes et d'autres matériaux enlevés à leurs ouvrages ; Tare à voussoir de diverses couleurs et à cintre outrepassé ; Tencorbellement de Tarchivolte; la coupole byzantine portée sur des pendentifs très simples ; les mosaïques de verre ou de pâtes coloriées; des omementsi sobrement sculptés en marbre ou en stuc, et les inscriptions en lettres arabes, larges, carrées, dites coufiques, employées comme bordures et décoration des frises.
Une seconde période, correspondant aux xn* et xra* siècle, a pour caractères : Tare ogival substitué peu à peu au cintre, mais conservant toujours, comme caractère fondamental, Tencorbellement de Tarchivolte sur rimposte ; puis les lobes qui dessinent de petits arcs sous Tare principal ; les sculptures fouillées du chapiteau et de la base des colonnes; le système des pendentifs, formés de petites coupoles superposées, raccordant les angles des salles carrées avec les grandes coupoles qui les dominent; la substitution d'une décoration plus élégante à Tornementation byzantine, qui s'efface peu à peu, les petites pièces de faïence émaillée, qui remplacent le marbre aux soubassements et y composent des figures géométriques. La chapelle Villa -Viciosa de CoMoue , la Giralda et la façade de
Tancienne mosquée de Séville sont des spécimens de cette période.
€ La troisième et dernière , que résument complètement les constructions de Grenade, dit M. Girault de Prangey, est parfaitement déterminée : comme dans notre architecture ogivale des xv' et xvi* siècles, Tart de la construction disparaît sous la profusion des décors; la richesse des détails, le caprice des formes, semblent le but principal, on dirait presque unique, qu'on se propose; les pendentifs en stalactites, habilement combinés, les applications des ornements, en stuc, variées à Tinfini, envahissent partout les parois, les coupoles, les plafonds même des arcs ; les soubassements des salles offrent d'éblouissantes mosaïques de faïences; les arcs des galeries ne sont plus que draperies en stuc, découpées à jour, suspendues en festons entre les colonnes. »
Tels sont les caractères qui vous frappent de toutes parts lorsque vous parcourez les diverses parties de l'Alhambra : les corridors, la salle des Ambassadeurs, dont le plafond de bois de cèdre offre les combinaisons de lignes les plus curieuses, et dont les murs disparaissent sous des ornements si multipliés qu'on en compare l'eflFet à celui de deux guipures placées l'une sur l'autre ; la cour des Deux-Sœurs, celle des Lions j patio de las Leones, où les arcades et les colonnettes les plus élégantes encadrent la fameuse fontaine soutenue par douze lions grossièrement sculptés, mais d'une tournure pourtant un peu égyptienne, rare exemple de la sculpture arabe appliquée aux êtres vivants, et qui, interdite par le Coran, n'apparaît guère