‹ L'Espagne: moeurs et paysages, histoire et monuments. Orne de seize gravuresChapitre 144 sur 159 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

tement répudié le genre de constructions mauresques : elles ne sauraient pleinement répondre aux aspirations d'un peuple chrétien.

— En résumé, ajoutai -je, si les ouvrages arabes dénotent une véritable puissance, c'est dans les tours, dans les constructions militaires, où Testhétique a peu de chose à voir : je citerai les murailles de Talcazar de Grenade, la partie mauresque de la Giralda, les minarets carrés du Maroc, Tenceinte et la tour de Mansoura, près Tlemcen. On chercherait vainement Falliance imposante des savants procédés et des lignes architecturales habilement combinées ; en un mot, les compositions profondes où la science et Tart se donnent la main sous les ailes du génie. Moi qui ne suis point arabophobe, mais simplement arabophile, je trouve un peu béate Textase des arabomanes en présence des arabesques, de ces méandres et de ces entrelacs où il n'y a pas une idée. Étrangers par obligation religieuse à la statuaire et à la peinture, les artistes maures n'avaient à poursuivre ni l'idéal sublime ni l'imitation de la nature : quelle merveille si, tout entiers voués à l'agencement de dessins linéaires, ils sont enfin parvenus à d'heureuses symétries et à des combinaisons géométriques gracieuses ! quelle merveille de les avoir multipliées par le facile usage du moule, qui requiert, non pas un artiste, mais un manœuvre ! >

L'alcazar nous attirait malgré tout par un charme irrésistible. Nous aimions ses remparts en ruine, l'ombrage épais de ses beaux arbres ; nous allions de l'Alhambra à l'opulente demeure, aux magnifiques

jardins des Calderon, d*où Ton découvre si bien la ville aux toits gris, la verte véga et les champs de maïs, les cimes roses et blanches de la sierra Nevada, tout cet horizon de montagnes qui se parent de teintes nouvelles à chaque heure du jour.

Là William se plaisait à redire mezza voce la romance rêveuse :

Mon doux pays des Espagnes , Qui voudrait fuir ton beau ciel , Tes cités et tes montagnes, Et ton printemps éternel!

Ton air pur qui nous eni^Te , Tes jours moins beaux que tes nuits , Tes champs où Dieu voudrait vivre S'il quittait son paradis !

Autrefois, ta souveraine, L'Arabie, en te quittant.

Posa sur ton front de reine , Sa couronne d'Orient...

Un soir nous rentrions à la ville, quand une scène de mœurs captiva mon ami. Moins passionné que lui pour la couleur locale et complètement étranger à la chorégraphie , je le laissai observer seul à son gré une danse de Gitanos. Sous une tonnelle riante, aux castagnettes agaçantes et bavardes du gitano répondait le tambour de basque frémissant et railleur de la gitana. Groupés au hasard, mais à souhait pour un artiste, plusieurs caballeros animaient sans le savoir la scène de leurs poses, et ils marquaient eux-mêmes du cliquetis de leurs castagnettes, aux accords déta-

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