CHAPITRE XIII
chés et monotones de la mandoline, les mouvements rythmés du couple bohémien. Drapé dans sa mante éclatante de laine rayée, commodément appuyé sur sa mule, un arriero regardait la danse en vrai philosophe. William en paletot brochait sur le tout. Je me retournai, et je le vis prendre son album et ses crayons.
€ Singulier peuple que ces Gitanos, » me dit -il quand il m*eut rejoint et en me montrant un délicieux croquis.
Ce peuple vagabond est peut-être un reste des invasions barbares du moyen âge. Plusieurs historiens le croient venu de TÉgypte ancienne dans les montagnes de rinde septentrionale, d*où il aurait émigré par bandes dans tout l'Occident et au nord de l'Afrique . Les Gitanos, nommés en France Bohémiens, en Portugal CiganoSy en Angleterre Gypsies, Ziguener en Allemagne, Zigaus en Valachie, Zingari en Italie, passaient pour de grands magiciens, et on leur prêtait surtout la puissance du mauvais œil. Ils sont nombreux en Espagne, où ils s'arrêtèrent devant l'Océan, ubi défait orbis, et ils attirèrent, au commencement du xvn* siècle, l'attention soupçonneuse de l'inquisition. En iôiO, plusieurs, coupables de grands crimes, furent brûlés à Logreno en Castille, et les bandes vagabondes durent se fixer dans les faubourgs de quelques villes, où on les reconnaît encore à leur teint jaune ou olivâtre, à leur figure sèche, à l'éclat de leurs yeux noirs, et les femmes à la régularité de leurs traits, finement mais hardiment dessinés. Du reste, ils font profession d'être aussi catholiques que les cristianos vie j os de la Péninsule. Nous avons remarqué cette race
depuis Ciboure, près de Saint-Jean-de-Luz, jusqu'à Algésiras, mais spécialement au Triana de Séville et dans les faubourgs de Grenade.
Nous ne pouvions quitter la patrie de Suarez, ce grand disciple de saint Thomas, dont les œuvres théologiques, aussi sûres et plus étendues que celles de son maître, embrassent vingt-deux volumes in*-folio, sans visiter Técole où nous espérions retrouver son souvenir. Mais, à la suite des révolutions dont l'Espagne a souffert, la science a singulièrement baissé. L'organisation des études ecclésiastiques n'impose pas, comme en France, la même somme d'études à tous ceux qui se préparent au sacerdoce. Les règlements n'exigent, de ceux qui n'aspirent pas aux grades académiques, que trois années de latin et d'humanités, une année de philosophie et deux de théologie! Mais ceux qui veulent recevoir les grades théologiques sont soumis à sept années d'études spéciales, et trois sont requises pour le droit canon ou la législation de l'Église.
Il en résulte, sous le rapport de la science, deux classes distinctes dans le clergé espagnol, l'une fort instruite, et l'autre qui l'est beaucoup moins. Les étrangers, qui ignorent cette organisation, jugent souvent par cette dernière du niveau commun de l'instruction cléricale dans la Péninsule, et conséquemment ils se trompent. Toutefois il nous est permis de souhaiter que l'état général de l'Espagne permette bientôt d'imposer des études plus complètes à ceux même qui suivent la carrière abrégée. Les prêtres de talent^ les docteurs occupent précisément les canonicats, qui