‹ L'Espagne: moeurs et paysages, histoire et monuments. Orne de seize gravuresChapitre 147 sur 159 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

restre ; seulement Tengrais est acheté trop cher. Une excursion à Elché nous mit à même d'apprécier la richesse commune du sol. Le voyageur se croit transporté subitement dans les oasis du Sahara, ou plutôt dans les campagnes de la vallée du Nil. Elché cultive

PALMIERS D^ELCIlé

une grande forêt de palmiers , qui lui donnent chaque année quatre -vingt mille branches enlevées à leur couronne, et cent quarante mille arrobes de dattes mûres, d'une valeur de trois cent cinquante mille francs. Et pourtant nous ne récoltons de dattes en Algérie qu'au delà du versant sud de l'Atlas, à Laghouat, à plus de quatre cents kilomètres au sud d'Alger ; à Biskra , qui est à deux cent quarante kilomètres du littoral. Plus au nord, elles ne mûrissent pas, ou mûrissent mal. C'est d'Elché que se répandent, dans l'Europe entière, ces palmes aux feuilles artis-

tement tressées, que ron a fait blanchir sur Tarbre en les pliant, après les avoir relevées et serrées en forme de cône. Les Espagnols, le jour de la bénédiction des Rameaux, enlacent ces palmes aux balcons de leurs demeures pour être préservés de la foudre, comme nous l'espérons en France du buis bénit.

D'Alicante à Valence, nous préférâmes le chemin de fer aux navires, qui offrent les chances de TafiFreux mal de mer. Valence est encore un vrai miroir de TEspagne, une transition du nord au midi, mais qui tient plus de l'Andalousie que de la Catalogne, si ce n'est pour la langue. Le jour du Rosaire, nous fûmes témoins de l'esprit profondément religieux de la population , et de ses usages encore empreints des caractères du moyen âge. A l'aube, à la lueur des torches luttant avec l'aurore, les sérénades commencèrent devant les madones posées au-dessus des portes des maisons, et décorées pour la fête dans tous les quartiers, les musiciens allaient de l'une à l'autre, et le peuple venait en procession sans le concours du clergé.

Nous suivîmes nous-mêmes une de ces processions dans une rue des plus pauvres. Il n'y avait point de prêtres, mais seulement des confrères du Rosaire et les gens du quartier. Deux musiques se faisaient entendre alternativement : l'une, simple fanfare de cuivre et de tambours ; l'autre composée de tambours et de hautbois, semblable à celle des Maures d'Afrique lorsqu'ils se promènent avec un drapeau à leur tête, en l'honneur de quelque marabout. J'ai vu de près et touché de vieilles bannières, qui doivent dater du XVI* siècle, et où les broderies d'or et d'argent sont

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