‹ L'Espagne: moeurs et paysages, histoire et monuments. Orne de seize gravuresChapitre 151 sur 159 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

LA CATALOGNE — CAUSES DE LA DÉCADENCE DE L^ESPAGNE L^ESPAGNB ET l'aNGLETBRRE

Une route ombragée d'arbres d'une belle venue nous conduisit au Grao, près de Valence. Les passagers étaient nombreux à bord; le ciel était serein, et Ton se promettait une douce traversée pour Barcelone. Nous voulions voir cette capitale de la province la plus riche et la plus industrieuse de TEspagne. La prospérité de la Catalogne date de loin; ses habitants ont toujours eu, plus que ceux des provinces méridionales, l'activité, l'amour du travail et l'intelligence des affaires.

Les Catalans ne méritent donc pas ce reproche général de paresse qu'on adresse aux Espagnols. La Biscaye, le royaume de Valence, sont aussi des contrées laborieuses ; et si l'on ne peut pas en dire autant des Castilles, de l'Estramadure , des royaumes de Murcie et de Léon , il faut se souvenir qu'on rencontre partout une classe d'hommes livrés avec ardeur aux plus pénibles travaux : tels sont les voituriers et les arrieros, les agriculteurs de la Manche au sud de

Tolède, les vignerons de Jérès et de Malaga, les gens de la Galice et des Asturies qui émigrent comme portefaix et domestiques.

La sieste, qui fait perdre deux heures de travail au milieu du jour, est peut-être nécessaire dans les plus chaudes provinces, à la saison d^été. Nous avons éprouvé nous-même que la meilleure volonté du monde s'épuise à lutter alors contre l'influence du climat ; et, si la paresse ne cesse pas pour cela d'être un péché capital, il faut convenir que l'indolence est excusable. L'accroissement d'activité et d'application au travail, qui est un fait général en Europe, tend d'ailleurs à modifier le caractère espagnol. Le pays manquait de chemins et de débouchés, l'industrie était sans aiguillon; cette cause d'apathie disparaît à mesure que les chemins de fer se construisent, et qu'on multiplie ou qu'on perfectionne les autres moyens de communication par terre ou par eau. Les canaux malheureusement et les rivières navigables feront toujours défaut à une grande partie de l'Espagne. On doit regretter aussi que ses principaux cours d'eau n'aient pas la direction la plus favorable au développement de ses intérêts. Le Minho, le Douro, le Tage, la Guadiana, le Guadalquivir, s'en vont à l'Océan ; et plusieurs traversent le Portugal, qui divise très mal à propos la Péninsule, si bien constituée pour être sous un sceptre unique. Il vaudrait mieux pour l'Espagne avoir son versant principal et l'embouchure de ses fleuves du côté de la Méditerranée : ses produits auraient pris une tout autre extension. L'Ébre et le versant de la Catalogne ont précisément cette direction exceptionnelle, et la

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