‹ L'Espagne: moeurs et paysages, histoire et monuments. Orne de seize gravuresChapitre 152 sur 159 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

province doit en partie à cet avantage physique sa supériorité relative au point de vue de Tactivité industrielle et commerciale.

Au moyen âge, les Catalans, navigateurs hardis, pleins d^initiative , étaient, dans la Méditerranée, ce qu'étaient les Basques sur TOcéan. Au xm' siècle, ils rivalisaient avec les Pisans de la côte d'Afrique, puis ils les dépassèrent dans la carrière commerciale. L'esprit que j'appellerai provincial s'est conservé parmi eux à un très haut degré. Ils se ressentent de la faiblesse du lien politique qui les rattacha longtemps au trôné des rois de Gastille, considérés comme simples comtes de Barcelone ; et le souvenir de leurs anciens fueros, ou statuts particuliers, survit dans l'unité constitutionnelle qui les absorbe aujourd'hui. Les Catalans ont leur langue propre, qui cède difficilement la place au castillan. L'idiome catalan n'est autre que l'ancienne langue limousine, provençale ou langue d'oc , qu'on parlait autrefois dans le midi de la France , et qu'on y parle encore, altérée et mélangée de français. Son introduction au delà des Pyrénées date sans doute des conquêtes de Gharlemagne, qui rejeta les Maures sur la rive droite de l'Ébre. Elle pénétra même au royaume de Valence, où elle est encore l'idiome populaire ; mais il y a plus de douceur et d'agrément que dans la bouche des Catalans. J'ai vu parmi les manuscrits des bibliothèques d'Espagne bon nombre d'ouvrages en langue limousine, dont plusieurs sont inédits.

En devisant sur ce sujet , William Rose et moi nous avions fixé l'attention d'un compagnon de bord, mé-

decin français, qui achevait un voyage d'agrément. Il avait lié lui-même conversation avec un Barcelonais, que nous reconnûmes bientôt pour un homme instruit, et qui, tout en prononçant le nosotros (nous autres) des Espagnols avec Temphase particulière à ses compatriotes, appréciait d'une manière judicieuse Thistoire et Tétat présent de son pays. Le docteur, d'un caractère pacifique et loyal, était cependant imbu contre l'Espagne ancienne des préjugés qui ont cours aujourd'hui parmi nous ; et s'il voulait bien reconnaître que l'Espagne contemporaine est en progrès, il attribuait, comme on le fait trop souvent, sa décadence passée à des causes qui ne sont pas réelles : au maintien de la foi catholique et de l'unité religieuse du royaume, aux mesures prises pour abriter l'Espagne contre l'agression de la prétendue réforme protestante.

Son interlocuteur, don Lopez Orobitg y Davilla (Orobitg est le nom du père, Davilla celui de la mère; les Espagnols réunissent volontiers ces deux noms) lui montra et nous fit, pour ainsi dire, toucher du doigt les causes véritables, les causes historiques de cette décadence, qui se manifeste depuis le règne de Philippe III (1628), et dont l'Espagne se relèvera, si toutefois elle reste fidèle à ses traditions religieuses, préservatrices de la révolution.

€ Souvent, disait don Lopez, les causes quiiiéterminent dans une nation l'aflFaiblissement de la force politique ou de la prospérité matérielle n'appartiennent pas à la religion, non plus que celles qui les augmentent. Cependant il est juste de dire que la vraie religion et l'unité d'un peuple dans la vraie religion

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