‹ L'Espagne: moeurs et paysages, histoire et monuments. Orne de seize gravuresChapitre 156 sur 159 · CHAPITRE XIV 3B · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV 3B

pas moins les impôts; les douanes intérieures, maintenues de province à province, ou à la frontière des anciens royaumes réunis à la Gastille , découragent les négociants et donnent naissance à la contrebande et au banditisme, qui prirent en Espagne d'effrayantes proportions. La France, sous Louis XIV, TAngleterre, la Hollande , se substituent peu à peu , sur les mers et sur les marchés, à TEspagne déchue, et déchue pour des causes honorables, mais aussi par suite de fautes politiques , de faux calculs économiques sur des points que TEspagne eut à résoudre la première entre les grandes nations modernes; par suite encore de travers dans le caractère national , de préjugés et de circonstances qui n'ont rien à démêler avec le Credo. Ceux qui s'imaginent avoir tout dit quand ils ont rappelé que l'Espagne avait dans son sein l'inquisition et beaucoup de moines sont des ignorants ou des esprits superficiels, qui répètent niaisement les assertions de gens malintentionnés envers nous, et peu au courant de notre histoire.

— Vous venez de faire une confession méritoire, dis-je à don Lopez ; vous n'avez pas dissimulé les torts ni les défauts de votre nation; laissez-nous ajouter qu'elle avait et conserve encore les qualités morales les plus précieuses ; ses défauts sont, comme on dit, les défauts de ses qualités. La classe de vos gentilshommes, de vos hidalgos, est orgueilleuse, mais noble et digne ; elle préfère la pauvreté au travail, mais elle est sobre; elle fait parade de ses vieux parchemins, mais elle conserve les saintes traditions de patriotisme et de foi ; elle est excessivement délicate sur le pun^

donor (point d'honneur), mais elle identifie son honneur à celui de la nation , et ne recule pas devant le devoir. On a pu rire de don Quichotte, cette désopilante caricature de TEspagne ; mais il a des travers et non des vices; au fond, il est honnête, dévoué, brave, loyal ; on ne le méprise pas.

— Mais enfin, interrompit le docteur, il faut convenir que TEspagne catholique, comparée à TAngleterre, n'en fait pas moins une pauvre figure, et qu'il est difficile de ne point attribuer à sa religion son infériorité.

— Vous venez de voir, répondit don Lopez , que les causes de la décadence de l'Espagne sont étrangères à la vérité des doctrines religieuses et à l'organisation de l'Église. Maintenant la prospérité actuelle, récente, et qui pourra bien être éphémère, de la Grande-Bretagne, ne tient pas davantage au protestantisme.

< La stabilité du gouvernement anglais s'explique par une organisation politique dont les bases ont été posées avant que le protestantisme existât ; ces bases sont dans la Grande -Charte ou magna char ta libertatum, souscrite en 1215 par Jean sans Terre, et que le passage de quelques rois absolus n'a pas détruite. Elle s'explique encore par la position géographique des Anglais, que la mer protège de toutes parts, et dont il est moins facile d'envahir le territoire que celui des peuples continentaux : aussi n'ont- ils presque pas eu besoin d'armée ; elle s'explique par le caractère positif, flegmatique et peu logique du peuple anglais, dont une grande partie a peu d'activité d'esprit et

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