CHAPITRE II
truisit en Espagne les ordres religieux, au mépris de la justice et de la liberté. Il en est résulté pour le pays un mal incalculable. Je ne parle pas seulement des monastères tombés en ruines, odieusement mutilés pour devenir casernes, prisons, magasins à fourrages; ce triste spectacle s'offre de tous côtés à nos regards dans la Péninsule... •
A cet instant même nous arrivions en face des restes de San-Pablo, dont la façade gothique, décorée d'une profusion de sculptures inouïe, nous tint quelques minutes dans une contemplation muette.
< Voilà, repris-je, ce que devient un monastère qui fut une des gloires de TEspagne, un monument historique fondé par les ducs de Lerma et dans lequel se sont assemblés les conciles et les cortès ; on y a logé des forçats ; on en a démoli les murs pour avoir la pierre de taille. Mais si ce vandalisme fait mal à tout homme de cœur, combien plus faut-il déplorer les ruines morales que les persécuteurs de TÉglise ont accumulées ! L'anéantissement des ordres monastiques a porté un coup fatal à l'instruction publique, qui, malgré le mérite de quelques écoles, laisse énormément à désirer dans le royaume; on a vu grandir l'ignorance et les préjugés de la pire espèce, ceux qui inclinent à l'irréligion et préparent les révolutions politiques. Sans doute la foi n'a pas cessé de régner en Espagne; mais la piété profonde, éclairée, a beaucoup diminué. Remarquez : la communion fréquente n'est pas aussi commune en Espagne qu'en France, et cependant l'on n'y manque pas autant que parmi nous à l'observance des préceptes rigoureux de l'Église. L'absence de personnes vouées à la pratique
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de la perfection chrétienne par les vœux monastiques, Lâjcessation des exemples publics de vie contemplative, le silence imposé à ces milliers de voix autrefois consacrées à la prédication de la morale évangélique expliquent assez une telle décadence. Il est temps que TEspagne le comprenne, et qu'elle laisse refleurir dans son sein les ordres religieux qui ont si puissamment contribué à l'éclat des plus beaux siècles de son histoire.
— Mais, demanda William, les ordres religieux sontils donc proscrits dans un pays si catholi(jue ?
— Par une contradiction flagrante, et l'on peut dire honteuse, si le cardinal Ximenès, une des gloires les pluspures de l'Espagne, peut-être le plus grand de ses grands hommes, si Ximenès reparaissait dans Tolède ou Madrid avec son froc monacal , il serait appréhendé par les alguazils au nom de la loi, condamné à l'amende et à la prison ! L'habit religieux est donc proscrit. Les moines espagnols le portent librement en Syrie, au Maroc même, ce pays par excellence de l'intolérance, du fanatisme, de la barbarie; et ces moines n'ont pas le droit de le revêtir dans leur patrie.
— C'est le comble de l'ignominie et du ridicule pour un gouvernement catholique et soi-disant libéral.
— Cependant il y a des religieuses, mais cloîtrées ; elles peuvent porter leur habit, mais derrière les grilles. Les ordres ou les congrégations qu'elles représentent sont nombreux. Les religieux ne sont pas en aussi grand nombre. On a compris qu'il fallait recourir à eux pour relever les études, et l'on a laissé les pères des Écoles pies de saint Joseph Calasanz, surnommés Escolapios, diriger des collèges. Ils sont à Madrid, à Gétafé, à Va-