‹ L'Espagne: moeurs et paysages, histoire et monuments. Orne de seize gravuresChapitre 18 sur 159 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

lence, à Grenade, à Saragosse, à Galatayud et ailleurs encore. Mais il y a peu d'autres moines. Sauf une maison de saint Philippe de Néri, à Sévilie, pour les missions du royaume et non pour l'enseignement ; sauf quelques jésuites épars et isolés dans quelques villes, on ne compte plus que les rares monastères destinés à fournir au gouvernement des missionnaires pour ses colonies : des augustins à Valladolid, des dominicains à Ocana sont conservés pour les îles Philippines, et ils vont dans les missions de l'extrême Orient ; les franciscains de Priego sont destinés au Maroc et à la Syrie; les jésuites ont un collège à la Havane, et ils sont exclusivement chargés de Fernando -Po.

— Le dévouement des ordres religieux, dit William, est plus fort que les préjugés de ceux qui voudraient les anéantir. Ceux-là même sont heureux d'avoir des moines à leur service pour les œu>Tes de dévouement extraordinaire. Il est à croire que ces monastères que vous venez de signaler seront des germes féconds pour l'avenir. Le grand arbre de la vie religieuse déploiera de nouveau sur la Péninsule ses rameaux verdoyants et propices à une multitude d'âmes éprouvées par les misères morales.

— Oh ! je n'en doute pas ; il en sera pour l'Espagne comme pour la France, où le vieux tronc impossible à déraciner pousse dans tous les sens des rejetons vigoureux. On nous a même emprunté des greffes pour les transporter en Espagne, où elles s'épanouissent avec une rapidité qui témoigne à la fois et des rosées du ciel qui les vivifient et du caractère expansif de la France qui les a produites. Quand se fait-il un appel au dévouement, où y a-t-il des âmes à sauver, des plaies à

guérir sans que la France accoure sur les ailes de la religion? Bordeaux envoie ses dames de Lorette, de l'Espérance, de Saint- Joseph, à Madrid, à Valence, à Barcelone, à Pinto; les servantes de Marie de Notre- Dame d'Anglet, près Bayonne, nos sœurs de la Charité ont également franchi les Pyrénées, et elles rencontrent partout les sympathies les plus ardentes. Les servantes de Marie ont les premières bravé les sots préjugés qui interdisent en public l'habit religieux, et les autres sœurs françaises ont suivi leur exemple. Les libéraux espagnols n'ont pas eu le courage de réclamer contre des femmes, contre des Françaises qui, se dévouant au bien de ces étrangers comme à des frères, ne demandent en échange que la liberté de s'habiller comme il leur plaît, ou mieux selon les règles approuvées de l'Église. Espérons donc, WilHam; le temps n'est pas loin où vous ne regretterez plus ce qui manque, selon nous, à la physionomie des villes d'Espagne. »

Mon compagnon ne répondit que par quelques mots plaisants sur le chapeau des ecclésiastiques espagnols. Le fait est que cette coiffure frappe d'étonnement et provoque invinciblement à la première vue le sourire de l'étranger; elle est à larges ailes, relevées ou repliées en volute sur les côtés, et n'a guère moins de soixante centimètres d'une extrémité à l'autre. Il faut la voir de temps en temps pour n'en pas trouver les proportions excessivement bizarres. On s'y accoutume, et je suis porté à croire que le clergé espagnol doit quelque chose de la dignité de sa tenue au développement exorbitant de ce couvre -chef, qui lui impose un pas grave et mesuré.

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