CHAPITRE III
dernière, c*est la peinture murale à Thuile qui représente, sous Tarcade du fond, creusée dans répaisse muraille, l'embarquement du cardinal Ximenès à Carthagène pour TAfrique, en 1509, et la prise d'Oran par ses troupes. Le paysage qui figure cette ville, au moment où les Espagnols en escaladent les murailles, a été peint de fantaisie, sans qu'on eût égard à Taspect réel d'Oran et de ses alentours.
La présence du célèbre cardinal est ici toute naturelle; car il est le fondateur de la chapelle mozarabe et de son chapitre. Il a fait imprimer, avec la magnificence qu'il apportait dans les œuvres de ce genre , les monuments de cette liturgie vénérable, dont on attribue à saint Isidore de Se ville la dernière rédaction. Toutefois les liturgistes y découvrent bien des choses ajoutées depuis. Elle doit son nom aux mostarahes ou mozarabes, c'est-à-dire aux chrétiens mêlés aux Arabes, qui l'ont conservée et suivie pendant le temps de la domination des Maures en Espagne.
On l'appelle aussi gothique à cause de son origine, au temps des Wisigoths. La liturgie romaine lui a été substituée au xi" siècle par les soins de saint Grégoire VII et d'Urbain II, du moins dans les royaumes de Castille et d'Aragon, et il ne paraît pas qu'on la suivît nulle part après l'expulsion des Arabes d'Espagne. Le saintsiège avait les plus graves raisons de vouloir l'unité liturgique ; mais il attachait assez d'importance à la conservation des traditions renfermées dans les liturgies particulières, pour autoriser plus tard le cardinal Ximenès à faire imprimer le missel et le bréviaire mo-
zarabes atiu d'en rétablir Tusage dans une chapelle de la métropole.
L'historien Roderic de Tolède rapporte que la suppression de l'oftice gothique causa un soulèvement dans le royaume. 11 fallut recourir aux épreuves du duel et <lu feu pour arrêter le choix entre les deux missels. Le roi choisit un homme pour l'office romain, le peuple en choisit un autre pour le gothique. Le champion du romain fut tué. Les flammes aussi auraient consumé entièrement le livre romain et respecté le mozarabe. Mais Roderic vivait plus d'un siècle après , et il ne parle que sur ouï- dire, sans citer aucun auteur contemporain.
Sauf cette chapelle de la cathédrale de Tolède, où l'on conserve la liturgie mozarabe , et quelques autres chapelles où il est permis de la suivre à certains jours, nous retrouvons partout en Espagne la hturgie romaine conforme à celle qu'on suit en Italie , en France , dans la Grande-Bretagne, en Allemagne, en Amérique, dans les missions latines du Levant, dans celles de l'extrême Orient, en Afrique, en Océanie. Admirable unité, qui fait puissamment ressortir l'unité fondamentale de la foi , et qui permet de s'associer partout avec facilité à la prière pnbhque ! Je ne saurais dire de quel prix est pour le voyageur cette identité des rites et des chants sacrés, ou du moins d'une partie de ces chants, qu'il retrouve partout, malgré la diversité des peuples et des langues.
On ne peut signaler que des usages sans importance liturgiqpe parmi ceux qui sont propres aux éghses d'Espagne.