CHAPITRE III
Si elles présentent d'abord un coup d'œil très différent du premier aspect des églises de France , cela tient surtout à la séparation du sanctuaire et du chœur par la largeur du transept, et à l'enceinte élevée qui sépare ces deux premières parties du reste de l'édifice ; c'est ensuite à l'absence de bancs et au singulier effet produit par l'assistance féminine. Les hommes restent debout ou agenouillés; mais les femmes s'asseoient par terre , sur la pierre froide ou sur les nattes de sparterie, estaraSy qui recouvrent une partie du pavé de la nef. Nous ne sommes pas plus accoutumés au mouvement des éventails, qui s'ouvrent et se ferment sans cesse en bruissant comme les ailes de l'oiseau eff^arouché dans sa cage.
Le prêtre , non plus qu'en Itahe, ne porte pas la croix sur la chasuble. Sa barrette off*re quatre pointes aiguës, et prend ainsi quelques airs d'architecture chinoise qui tout d'abord surprennent. Avec le caHce, il y a double palle et double corporal, et plusieurs des linges d'autel sont généralement chargés de broderies et enrichis de dentelles ou de bordures à jour. Les nappes disparaissent communément sous une toile cirée, bien peu convenable quand elle est vieille, et qui s'ouvre seulement à la place de la pierre consacrée , pour qu'on y place le calice. A la messe, l'officiant ne met pas l'eau dans le calice en la versant dans la burette; mais il se sert d'une petite cuiller d'argent qui permet de mesurer plus exactement la minime quantité d'eau à mêler avec le vin.
Dans les processions, le saint Sacrement est porté tantôt sur un char triomphal, tantôt par plusieurs pré-
iOO L'ESPAGNE
très qui soutiennent les pesantes custodes où se pose Tostensoir. Quand il s'agit d'une simple exposition , en beaucoup d'églises, un petit mécanisme permet de relever lentement les draperies qui environnent et cachent l'ostensoir; et le saint Sacrement se découvre peu à peu avec un effet qui nous semblait légèrement théâtral. A ce moment, comme à l'élévation durant la messe, les fidèles se frappent la poitrine, quelquefois avec une vigueur inusitée parmi nous.
Le signe de la croix, tel qu'il se fait en Espagne, est assez compliqué. Il est au moins quadruple, car on le trace 1** sur le front, en disant: por la senalde la craz^ par le signe de la croix; 2* sur la bouche, en disant : de nuestros enemigos, de nos ennemis; 3* sur le menton, la poitrine et les épaules, en disant: Libra nos, senorDio nuestro : Délivrez- nous. Seigneur notre Dieu; 4° sur le front, l'estomac et les épaules, comme nous le faisons en France, et en ajoutant: In nomine Patris, etc.; 5*" on met le pouce en croix sur l'index, et l'on baise la croix ainsi figurée. Ces signes réunis indiquent qu'on doit être disciple de Jésus-Christ : coj^de, ore et opère, de cœur, de parole et d'action.
Nous faisions la plupart de ces remarques dans la cathédrale de Tolède.
Après avoir mesuré de l'œil, au croisillon du midi, une peinture de saint Christophe qui a plus de treize mètres cinquante centimètres de hauteur, nous sortîmes de l'édifice par la porte des Lions , dont nous admirâmes les statuettes, les dais et les vantaux de bronze. Ces gigantesques images de saint Christophe , portant l'enfant Jésus sur ses épaules et traversant un torrent, ont