‹ L'Espagne: moeurs et paysages, histoire et monuments. Orne de seize gravuresChapitre 55 sur 159 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

égale à celle du père, sur cent autres points qu'il serait trop long d'énumérer, attestent, je le répète, une sagesse toute chrétienne, et qui fait à juste titre l'admiration des esprits éclairés.

Afin que la loi fût populaire, et que chacun pût connaître plus facilement son droit, nul exemplaire du Fuero ne devait se vendre plus de douze sous, à peine de cent coups de fouet pour l'acheteur et le vendeur. Et ce code dura, chez les Wisigoths et les Espagnols, jusqu'au xiii' siècle, où Alphonse X le remplaça par son code intitulé les Partidas, qui fit revivre davantage les lois de Justinien, le droit romain, ce droit qui a été proclamé la Raison écrite, titre qu'il mérite lorsque la religion chrétienne l'a perfectionné. Certes, si les Maures ont fait progresser quelque chose en Espagne, ce n'est pas la législation !

Serait-ce par hasard l'agriculture? Mais elle tomba d'autant moins en décadence que les enfants, partageant également l'héritage paternel, étaient intéressés, par ce morcellement du sol, à en cultiver toutes les parcelles. Cassiodore, qui écrivait vers 550, nous apprend que l'Espagne apportait ses denrées en Italie et en Afrique; et le gouvernement eut à se plaindre, comme on le voit dans le recueil des lois wisigothes, de ce que les propriétaires attachaient à l'agriculture un intérêt qui privait la patrie des défenseurs armés dont elle avait besoin. Ouvrez ce recueil, et vous y trouverez que les propriétés sont circonscrites et préservées par des bornes et des rangées d'arbres; que les troupeaux sont parqués dans des enceintes fermées de fossés ou de haies vives ; que le pacage est interdit

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à certaines époques pour laisser croître les prés. On cultivait la vigne, Tolivier, les arbres fruitiers, et, remarquez-le bien, on plantait des forêts. Les Wisigoths comprirent si bien le prix des arbres, tant détruits par les Maures et qui font si malheureusement défaut à une grande étendue du territoire espagnol, qu'ils défendirent aux voyageurs d'en abattre aucun sans la permission du propriétaire, et que les peines suivantes, d'après lesquelles on peut juger de l'estime accordée aux diverses essences, furent édictées contre les destructeurs d'arbres : pour un arbre fruitier l'amende est de trois sous ; pour un olivier , de cinq ; pour un grand chêne, deux sous; pour un petit, un sou; pour les autres espèces, deux sous. Le solidus ou le sou représentait une valeur assez élevée. Celui qui endommageait un cep de vigne était tenu d'en replanter deux. Des lois réglaient aussi l'éducation des bestiaux. Les abeilles, fort appréciées de tout temps en Espagne, où l'on consomme pour le culte une énorme quantité de cire, étaient si estimées par les Wisigoths, que le voleur d'abeilles payait neuf fois la valeur de l'objet, et recevait en outre cinquante coups de fouet. Les canaux artificiels étaient multipliés, ainsi que les écluses et les moulins, et la loi veillait à l'équitable répartition des eaux. Je lisais encore il y a peu de jours les dispositions : De confringenlibus molina et conclusiones aquarum; De furantibus aquas ex decursihiis alienis. Une haute prudence avait dressé des règlements pour la chasse de la bête fauve, pour l'usage de l'arc et du filet; pour les pièges tendus dans les lieux déserts.

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