‹ L'Espagne: moeurs et paysages, histoire et monuments. Orne de seize gravuresChapitre 56 sur 159 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Le commerce n'était pas moins protégé , et l'exportation des esclaves était sagement interdite. Des travaux importants furent exécutés pour la canalisation des fleuves : flumina majora per quœ commercia veniunt marium; et, au commencement du vn" siècle, le roi Sisebuth avait des navires de guerre. Pour favoriser les relations avec les étrangers, on accordait à ceuxci la faculté de faire juger leurs différends selon les lois de leur nation par des compatriotes établis dans les ports de mer : ne dirait- on pas l'institution des consuls, qui pourtant ne se dessine nettement dans les Sports de la Méditerranée que des siècles plus tard?

Je ne veux pas insister sur cet ensemble de lois et de règlements; mais il faut qu'on sache que les Wisigoths l'emportèrent sur les peuples barbares convertis au christianisme, sans excepter les Francs, fils aînés de l'Église, par le nombre et l'importance de leurs écoles, par le soin apporté à la formation des bibhothèques.

Cette civilisation, cette supériorité que je constate chez les Wisigoths, est due principalement à l'action des évêques, qui sont les guides de la nation dans les conciles de Tolède, assemblées nationales à la fois politiques et religieuses, premières cortès ou états généraux du royaume. On y traitait d'abord des affaires ecclésiastiques, et les laïques n'étaient là que comme témoins ; mais ils délibéraient avec les évêques sur les affaires temporelles. Les actes de ces conciles, dont le dix-huitième fut tenu sept ans avant l'invasion des Arabes , forment une des sources les plus sûres et les plus importantes de notre histoire.

Eh bien, le second concile, en 527, établit une école ecclésiastique dans chaque évêché; le quatrième, en 633, disait: < L'ignorance, mère de toutes les erreurs, doit être évitée surtout par les prêtres du Seigneur : Ignorantiay mater cwictorum errorumy maxime in sacerdotibus Dei vitanda est. >

(Chaque monastère avait une école et une collection de manuscrits. Et si saint Isidore de Séville détourna les moines de s'occuper de la littérature païenne, ce n'était pas qu'il en condamnât l'étude ; mais il voulait que le religieux fût absorbé par celle de la science sacrée. Ses propres écrits, ce qu'il dit de l'organisation des bibliothèques, montrent avec quelle avidité on rassemblait en Espagne tous les trésors de l'esprit humain. Il y avait une bibliothèque royale, et les rois Sisebuth, Recessuind, s'occupaient des belles -lettres. Celui-ci fit revoir par Braulion, évêque de Saragosse, le poème de Dracontius sur VHexaméron ou l'CEuvre des six jours de la création. Sisebuth écrivit lui-même la Vie de saint Desiderius, et saint Isidore lui dédia, comme à un juge compétent, son ouvrage ^nv la Nature des choses. Il envoya Tajo, évêque de Saragosse, tout exprès à Rome pour avoir un exemplaire des Morales du pape saint Grégoire le Grand. Longtemps avant lui, on avait vu saint Donat rapporter d'Afrique une cargaison de manuscrits.

Aussi l'Espagne wisigothe nous présente une liste fort honorable de Pères et d'écrivains ecclésiastiques. Jean, évêque de Gerundum, fondateur du couvent de Biclare, continue la Chronique de l'Africain Victor de Tune; la persécution du roi arien Léovigilde l'avait

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