‹ L'Espagne: moeurs et paysages, histoire et monuments. Orne de seize gravuresChapitre 57 sur 159 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

retenu dix- sept ans à Gonstantinople; mais Wisigoth de naissance , il avait profité de son exil pour apprendre le grec et le latin, Maxime, évêque de Saragosse, écrivit l'histoire de l'Espagne sous les Wisigoths, ouvrage malheureusement perdu; Tévêque de Tolède, Julien, nous a laissé le récit d'une expédition militaire du roi Wamba. Saint Léandre (540-596), évêque de Séville, Romain d'origine, fut aussi exilé par Léovigilde pour avoir converti plusieurs princes wisigoths; il revint d'Orient, et donna les instructions de la foi catholique à Récarède, l'héritier du trône. Ses écrits sur la vie religieuse des femmes et le bien de l'Église, ses travaux liturgiques, montrent qu'il unissait la science à la sainteté. Il fut, ce n'est pas la moindre de ses gloires, le maître de son frère saint Isidore, qui lui succéda sur le siège de Séville (601-636). Phare lumineux allumé par la Providence pour éclairer l'Occident durant cette période encore troublée de la chute du monde romain, saint Isidore, docteur de l'Église est un génie encyclopédique qui résume dans ses ouvrages la science tant sacrée que profane de l'époque où il a vécu. Ses vingt livres des Étymologies, où, en expliquant les mots, il entre fort avant dans la connaissance des choses, ses commentaires de l'Écriture, son traité des Écrivains ecclésiastiques, sa Chronique depuis Adam jusqu'en 626, comme ses autres ouvrages, témoignent d'une érudition égale à sa piété. Citons encore le Wisigoth saint Ildefonse, archevêque de Tolède, son disciple, son continuateur et son biographe; saint Julien, mort sur le siège de Tolède en 690 ; saint Braulion , évêque de Saragosse, dont saint Isidore a dit : < Il releva l'Es-

pagne tombée en décadence ; il rétablit les monuments anciens, et nous préserva de la rusticité et de la barbarie; > Tajon, son successeur, qui forma une Chaîne dor de passages empruntés aux ou\Tages des saints Pères; Paul, diacre de Mérida; saint Martin de Dume, et tant d'autres dont le nom et les œu\Tes ont péri sous le flot sanglant et fangeux de l'invasion musulmane.

S'agit-il des beaux- arts? Les monuments de sculpture et de peinture font défaut pour juger de la civilisation des Wisigoths sous ce rapport; mais leur monarchie n'a subsisté au sein du catholicisme que l'espace d'un siècle et demi; et ce n'est pas dans ce court espace de temps que des arts si difficiles et si lents à se développer peuvent beaucoup progresser chez un peuple encore jeune. Quant à l'architecture, quelques églises des Asturies, et, dans mon opinion personnelle, Sainte- Léocadie de Tolède; les constructions militaires que nous avons ici sous les yeux, comme en France les puissantes murailles de Carcassonne et d'autres villes où les Wisigoths ont laissé trace de leur passage; les exclamations poussées par les Arabes émerveillés à la vue des palais et des églises, ornements des villes dont ils s'emparaient; tout, en un mot, concourt à nous donner une idée assez favorable du mérite des monuments publics de l'Espagne aux vi' et vif siècles. Ce n'est pas à dire que les Wisigoths eussent créé une architecture où tous les éléments constitutifs d'un style à eux; mais ils ont adopté l'architecture romaine et byzantine, dont les monuments étaient nombreux dans la Péninsule; de là les colonnes avec leurs chapiteaux à

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