CHAPITRE IV
corbeilles de feuillage, les arcs cintrés, la coupole à base circulaire reposant sur quatre murs en carré, et se rattachant aux angles du carré par le moyen du membre de construction appelé pendentif. S'ils ont ajouté quelque chose à ces éléments, c'est l'arc de herradura ou en fer à cheval et l'arc à plein cintre outrepassé, que rien n'autorise à attribuer aux Arabes; car ces arcs se retrouvent dans des édifices plus anciens qu'eux en Espagne et dans ceux qui datent du commencement de leur occupation. Or ces envahisseurs de l'Espagne n'avaient pas d'architecture à eux quand ils ont passé le détroit, puisque leurs bandes se composaient de demi -sauvages de l'Atlas et de cavaliers bédouins vivant sous la tente.
Concluons donc, mes amis, que l'Espagne wisigothe était un pays sorti de la barbarie , et déjà riche des trésors de la civilisation en tout genre lorsque les hordes musulmanes commencèrent à l'envahir, par Algésiras et Gibraltar, en 711 et les années suivantes. Les Wisigoths ne pouvaient rien recevoir de ces hordes comme élément de bien ou de prospérité ; car de quels hommes se composaient- elles? Des Kabyles ou Berbères venant de la Tingitane (le Maroc actuel), plus rapprochés de l'état sauvage que de la barbarie, et d'Arabes avides d'or et de pillage, complètement étrangers aux sciences et aux arts.
< Mais, demanda William, comment se fait-il que ces hordes aient renversé la monarchie wisigothe ? et comment expliquer ensuite l'incontestable grandeur du règne des Maures en Espagne du viif au xv' siècle? Débarqués en 711 pour la première fois, ils possédè-
rent en souveraineté une étendue plus ou moins considérable du territoire espagnol jusqu'à la prise de Grenade par Ferdinand et Isabelle, en 1492. »
Voici la réponse à ces deux questions.
Les Wisigoths ont succombé à l'invasion de conquérants bien inférieurs à eux sous le rapport de la civilisation, parce que la monarchie wisigothe n'était pas héréditaire mais élective, et qu'elle devenait ainsi pour la nation une cause d'affaiblissement et de ruine, au lieu d'en constituer et d'en accroître la force. La couronne se trouvait off*erte à l'ambition et aux intrigues des grands; de là les rivalités, les divisions, les haines, qui ont préparé des traîtres disposés à vendre la patrie à l'étranger pour satisfaire leurs passions personnelles. C'est la trahison d'un gouverneur de Septa ou Ceuta, à la côte d'Afrique , qui procura aux Arabes le passage du détroit et l'entrée de la Péninsule. Ils la trouvèrent pleine de troubles et de partis : les uns tenant pour les fils de Witiza, les autres pour le roi Rodrigue. Ajoutez à cela la diff*érence des races anciennes non encore fondues avec la race gothique, et vous aurez une idée des circonstances qui aff^aiblirent les moyens de résistance chez les Wisigoths, et favorisèrent le succès chez les envahisseurs. Il faut noter enfin les perfides intrigues des juifs d'Espagne pour livrer le royaume aux Africains, intrigues rappelées en ces termes par le dixseptième concile de Tolède, en 694 : « Par d'autres crimes, non seulement ils ont cherché à bouleverser l'Église; mais ils se sont efforcés, avec une audace inouïe , de causer la ruine de la patrie et du peuple entier : Per alla suascelera^ non solum statum Ecclesiœ