CHAPITRE I
les somptueux wagons de première classe. Elle passe en un instant des moyens de transport dans l'état d'enfance aux perfectionnements les plus avancés. Si Ton s'écarte un peu des huit à dix grandes routes, can^eteras générales ^ parcourues par la malle-poste , ^///a correo^ et les diligences, on est réduit aux coches , lourds carrosses qui font quarante kilomètres par jour; aux galeras, énormes chariots à quatre roues, qui ressemblent aux voitures de roulages des anciennes routes de France ; aux calesas et aux tartanas, plus petites, mais assises immédiatement sur l'essieu ; aux carritosy légères charrettes non suspendues, tapissées d' esteras ou de nattes de paille, et couvertes par des nattes semblables, disposées en berceau au-dessus des voyageurs. Même dans les diligences du premier ordre , on est très durement assis ; quant aux carritos, attelés ordinairement de deux mules en flèches , ils volent plutôt qu'ils ne courent à travers les chemins coupés de ravins ou hérissés de pierres. Les secousses qui j'y ai endurées m'ont fait plus d'une fois cracher le sang ; c'est en vain que je demandais grâce aux conducteurs ; ils ne s'inquiètent pas de touristes si douillets; et pourvu, comme on dit, qu'ils arrivent eux-mêmes avec le devant de la voiture, peu leur importe ce qui se passe par derrière.
Tout n'est pas rose dans un voyage en Espagne. Mais quelles compensations surabondantes aux piqûres de quelques épines !
De splendides paysages se déployaient à nos regards. C'était Fontarabie, la ville pittoresque, morte aujourd'hui, et dont les fortifications demi -ruinées attestent ce que lui coûtent les beaux titres de mutj noble ^ muy
lealy muy valerosa, siempre muy fiel (très noble, très loyale, très vaillante, toujours très fidèle) qu'elle a reçus de ses rois reconnaissants. Ces nobles épithètes ou d'autres du même genre appartiennent, par concession du souverain, à un grand nombre de villes d'Espagne, qui s'en montrent jalouses et les gardent comme la devise d'honneur de leurs armoiries.
Bilbao est ijivicta, invincible, muy noble y muy leal, pour l'énergie avec laquelle elle est restée attachée au parti d'Isabelle II dans les récentes guerres civiles ; Santander, muy noble y siempre lealy decidida; Astorga, 7ioble y lealy bene mer^ita de la patria ; Madrid , muy noble y muy lealy impérial y coronada ; et Ferdinand VII ajoutait récemment muy heroica.
De la vallée de la Bidassoa, nous arrivons à celle de rOyarzun ; la diligence côtoie l'immense bassin du Passage , qu'envahit la marée montante ; sur ses eaux vertes, les hommes et les femmes de San -Juan et de San-Pedro, bourgs qui s'élèvent au fond de la rade, manient l'aviron avec une égale habileté. Le château de Sainte -Isabelle, dont les canons défendent le port, disparaît derrière nous; et bientôt Saint- Sébastien étale, au pied du mont Orgullo, ses fortifications à la Vauban et ses rues en damier.
Saint-Sébastien a été reconstruit depuis que les Anglais, alliés de l'Espagne, l'ont pillé, ruiné, incendié en 1813 par une de ces trahisons monstrueuses que suggère à ce peuple mercantile la soif du lucre, la jalousie égoïste qui ne supporte pas de rivaux dans la carrière du commerce. Ils arrivèrent en face de cette ville, occupée par les Français ; les habitants les attendaient