‹ L'Espagne: moeurs et paysages, histoire et monuments. Orne de seize gravuresChapitre 61 sur 159 · MADRID — LE CULTE DE LA VIEKCE EN ESPAGNE · texte numérisé non relu

MADRID — LE CULTE DE LA VIEKCE EN ESPAGNE

J'aime l'Espagne, mais peu Madrid. Pourquoi? C'est que Madrid n'a pas d'histoire, et possède par consé- <|uent peu de monuments. Qui dit monument, dit souvenir, selon l'étymologie du mot monumenturriy dérivé àemonerey avertir.

Mais quels souvenirs peut garder Madrid? Dans les grandes luttes contre les Maures, c'est une obscure forteresse pour la défense du Mançanarès ; puis un simple manoir pour les rois de Gastille; et Philippe II ne l'adopta comme siège de la cour qu'en 1563. C'est donc une ville moderne. Il est vrai qu'elle s'est efforcée de suppléer à la noblesse , à Vhidalguia des antiques cités espagnoles, par sa fidélité aux souverains qui ont su le mieux s'identifier avec la nation; ses rois ont également senti qu'il fallait la relever en face des capitales qu'elle détrônait ; Charles-Quint l'a proclamée impérial y coronada; et Ferdinand VII ajouta muy heroica, très héroïque, parce qu'elle siffla Murât en 1808, ferma ses portes à Napoléon, et regarda constamment d'un œil

oblique son frère le roi Joseph , que le grand capitaine essayait d'imposer à l'Espagne.

Mais encore les titres sonores ne suffisent pas. Les souverains ont donc élevé des édifices à Madrid. Philippe V, petit-fils de Louis XIV et chef de la maison des Bourbons d'Espagne, l'a dotée, en 1737, du Pala-cio real^ qui a coûté près de quatre-vingts millions. C'est peut-être, avec le Real Museo^ dont les constructions datent de Charles III (1759-1788), le seul édifice vraiment digne de la capitale d'un grand peuple. Il est bâti en carré, et sa superbe façade, au couchant, domine les campagnes où coule (lorsqu'il a de l'eau) le Mançanarès; de ses terrasses et de ses balcons, la vue s'étend jusqu'à la chaîne du Guadarrama aux cimes bleues.

Il faut joindre aux constructions intéressantes le pont de Tolède, sur le Mançanarès; mais on sait que ce pont, au parapet chargé de sculptures, partage l'infortune d'une grande partie des ponts d'Espagne, simples viaducs sous lesquels il n'y a pas d'eau. Les torrents grondent pendant quelques semaines seulement; les rivières du Centre et du Midi, alimentées par la fonte des neiges, sont à sec une partie de l'année ; d'où vient que de mauvais plaisants conseillent à l'Espagne de vendre ses ponts pour acheter de l'eau. Il n'est lazzi dont ne soit abreuvé ce pauvre Mançanarès, malgré son beau pont de Tolède.

Rentrons en ville.

Nous y cherchons vainement une église capable d'exciter l'admiration par la grandeur et la beauté de ses proportions. Quelques détails de sculpture, des

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