CHAPITRE V
entre les feux de couleur, les tapisseries et les tableaux. Ces quelques strophes résument la légende de Notre-Dame d'Atocha, et traduisent les sentiments enthousiastes de TEspagne pour sa puissante patronne •
Gloria â la Virgen, para que en el cielo, Donde moras feliz eternamente, Alcanzas del Seflor omnipotente Para el pueblo espafiol siempre consuelo!
« Vierge, gloire à vous! Du ciel où vous résidez, heureuse à jamais, obtenez du Dieu tout -puissant qu'il protège toujours le peuple espagnol. »
Gloria à ti que infudiste una fé ardiente Al soldado leal que con anhelo.
Valiente peleô, sin tregua alguna, Triunfando de la altiva Media Luna!
« Gloire à vous! vous avez enflammé la foi du fidèle soldat qui, combattant sans relâche , animé d'un ardent courage, a triomphé de l'orgueilleux Croissant. »
Sous le tableau qui représentait la Vierge d'Atocha on lisait :
Virgen de Atocha, san Lucas os hizo, San Pedro os mandô de région extrana, Padrona de Madrid y de Espana.
« Vierge d' Atocha , saint Luc vous a peinte, saint Pierre vous a envoyée de l'étranger pour que vous fussiez la patronne de Madrid et de l'Espagne. ^
Reyna de reyes ères, Reyna hermosa, Que, venida a Madrid desde Antioquia,
Nos tendiste tu mano generosa, Tus gracias aumentando cada dia.
« Tous êtes la Reine des rois; belle Reine, qui, venue à Madrid depuis Antioche, nous avez tendu une main généreuse et comblés chaque jour de vos bienfaits. »
Tu de Alfonso la mano victoriosa Armaste de valor y bizarria.
Y desde él a Ysabel, en mar y en tierra, Gloria sois en la paz, paz en la guerra.
« G*est vous qui avez armé d'une valeur sans égale le bras victorieux d'Alphonse. Et de lui à Isabelle vous êtes pour nous, sur mer et sur terre , la gloire dans la paix et la paix dans la guerre. »
€ Je ne saurais vous dépeindre, continuamonami, la dévotion, la ferveur avec laquelle priait tout ce peuple agenouillé, prosterné dans le sanctuaire de Notre- Dame .d'Atocha; je remarquais surtout des femmes le regard fixé, tendu sur la sainte image, et Tinvoquant à demi -voix, mais d'une voix émue; la prière, mêlée de soupirs , passait sur leurs lèvres agitées comme par la fièvre. On eût dit qu'elles se croyaient seules dans l'église. En France, en Italie même, «i ce n'est peut-être à Rome et à Naples, on ne prie pas comme cela. Je ne parle pas de l'Angleterre : ce serait à peine d'une jeune mère invoquant la sainte Vierge sur le berceau de son premier-né en péril de mort.
. —Cher William, répondis-je, n'oublions pas que les peuples du Midi sont naturellement plus démonstratifs que nous; leur tempérament nerveux, leur imagination ardente les entraînent à des manifestations ex-