CHAPITRE V
drid, Notre-Dame du Pilier à Saragosse, Notre-Dame d'Afrique à Geuta.
€ Pour l'Espagne, il semble que la Vierge soit multipliée par ses images ; on l'invoque sous mille noms divers, et qui souvent à eux seuls font naître déjà dans les âmes une joie, une consolation, une espérance : c'est Nitestra-Senora de la Luz, Notre-Dame de la Lumière , comme à Tarifa ; Nuestra-Senora de los Desemparados , Notre-Dame des Abandonnés, comme à Valence; NuestraSenora de los Remedios, Notre- Dame du Remède, à Antequerra; Nostra-Senora de Consolacion , à Utrera en Andalousie; Notre-Dame de Grâce, à Alicante; Notre-Dame de Puybueno ou de la Bonne -Montagne, à Astorga. Citons* encore Notre- Dame de la Guadalupe, une des plus célèbres du monde ; elle est noire , et fut adressée à saint Léandre de Séville par son ami saint Grégoire le Grand ; cachée dans le creux d'un rocher pendant les six siècles de la domination des Maures, elle apparut ensuite à un berger dans un buisson ardent, et Alphonse XI lui fit bâtir le magnifique sanctuaire orné de peintures de Luca Giordano et de Zurbaran , où affluent les pèlerins de l'Estramadure et de toute l'Espagne ; Notre-Dame de l'Assomption d'Elche, qui fut miraculeusement portée sur les eaux, et qui est l'objet de la piété populaire chez les Espagnols d'Algérie comme dans le pays de Murcie et de Valence; Notre-Dame du Mont-Serrat, près de Barcelone , non moins célèbre que Notre-Dame de Guadalupe, et au pied de laquelle saint Ignace, avant de quitter la carrière militaire pour la vie religieuse , fit une veillée d'armes en vrai chevalier chré-
tien; Sainte-Marie delPuche, près Valence, cachée du temps des Maures et révélée par les astéroïdes qui descendaient du ciel à l'endroit où elle reposait ; terrible aux musulmans, elle assura au roi Jacques d'Aragon, en 1238, la conquête de Valence.
€ Ces images, et une foule d'autres sont l'objet d'un culte populaire , ardent, spécial, c'est-à-dire qu'elles attirent d'une manière particulière la dévotion des fidèles, non point parce que le bois, la pierre, la matière dont elles sont faites posséderait une vertu quelconque , mais parce qu'il a plu à Dieu d'exaucer d'une façon plus éclatante ceux qui, en présence de ces images pieuses , l'invoquaient par Marie. Et pourquoi la divine providence, qui fait sourdre ici plutôt que là, dans la nature , les fontaines d'eau vive , n'ouvriraitelle pas où il lui plaît des sources plus abondantes de grâces et de bénédictions ?
« Il n'est donc rien de repréhensible dans le culte de Marie , tel qu'il se pratique en Espagne avec l'approbation de l'Église ; et si des abus accidentels, si quelque superstition se produit, c'est en dehors des règles de l'Église, qui s'efforce de les prévenir et d'y porter remède. >
Ainsi parlai-je à mon ami William. Nous nous séparâmes fort tard ; aussi le sommeil s'appesantit sur nos paupières, au point qu'il ne fut chassé ni par les premiers rayons du jour, ni par les marteaux qui remplacent les sonnettes et retombent lourdement sur les portes extérieures, ni par le chant des cailles qui s'éveillent avec l'aube dans leurs cages suspendues aux fenêtres des maisons. Je ne puis pas de^iner ce qui dé-