CHAPITRE VI
manité, et dont le reflet éclatant ou obscur charme d'un bout de la terre à Tautre la chaumière du pauvre et le palais du riche. Le Spasimo, qui représente Jésus tombé sous le poids de sa croix et les saintes femmes se jetant au-devant de lui, est la pièce capitale du musée, et peut-être le meilleur ouvrage de Raphaël, si Ton excepte la Transfiguration, du Vatican. Le Spasimo, dont le nom vient du couvent sicilien de Santa- Maria-dello-Spasimo, ou de la Vierge évanouie, pour lequel il fut peint, a des tons briquetés et bistrés qui le mettent au-dessous de la Transfiguration pour le coloris; mais il est au-dessus par la beauté et Tunité de la composition.
La Vierge à la perle, ainsi appelée peut-être de l'exclamation de Philippe IV: Celle-ci est 7na perle ! o\x bien du i)etit coquillage, huître perlière mêlée aux jouets de Gesii bambino, rivalise ici avec la Vierge au poisson, si belle, si chaste, mais dont la composition ne parait pas bien comprise des critiques. Ce tableau nous montre un jeune chrétien présenté par son ange à Tei]fant Jésus, qui est sur les bras de la sainte Vierge. Le divin enfant se penche vers le jeune homme , et de la gauche lui indique, entre les mains de saint Jérôme, le livre des saintes Écritures, la loi de Dieu. C'est donc avec une véritable intelligence du sujet que cet admirable tableau se trouve placé en France dans la chapelle de plusieurs maisons d'éducation. Les critiques se trompent quand ils y voient Tobie et son ange; aussi ne peuvent-ils se rendre compte du reste de la composition. Tout, au contraire, devient naturel dans la signification que Ton vient de Hre. Le poisson s'ex-
])li([ue comme symbole du chrétien; car dans les monuments et les écrits des premiers siècles du christianisme, le poisson, en grec ichthus, est un hiéroglyphe qui signifie: Jésus-christ, Fils de Dieu, Sauveur; en grec : lésons Chrislos, Theou Uios, Soter : on voit que le mot ichthus est formé des initiales de ces derniers mots grecs. C'est à cause de cet acrostiche que la figure du poisson avait été adoptée des premiers chrétiens comme un signe mystérieux qu'ils comprenaient, mais (pie les païens ne comprenaient pas.
Le musée royal contient naturellement une foule de tableaux des écoles espagnoles, et les noms de Murillo,. de Zurbaran, de l'Espagnolet , y apparaissent dans toute leur gloire. Au lieu d'essayer une analyse de leurs ouvrages, analyse qui nous mènerait trop loin^ je rappellerai brièvement quelles sont les grandes écoles de peinture de la Péninsule et quels maîtres les ont illustrées.
« En Espagne, dit M. Viardot, quatre écoles principales se formèrent, non successivement comme celles d'Italie, mais à peu près simultanément. Ce sont les écoles de Valence, de Séville, de Tolède et de Madrid. Les deux premières se fondirent bientôt dans les deux autres. :> Celle de Valence alla se réunir à la grande école de Séville, comme les petites écoles de Cordoue, de Grenade et de Murcie; tandis que l'école de Tolède, avec les petites écoles de Barcelone et de Valladolid , s'unissait à celle de Madrid. Restent donc deux écoles,. l'Andalousie et la Castille.
L'école de Valence nomme avec orgueil les artistes suivants: Juan de Joanès (1523-1579), qui jamais ne