CHAPITRE VIII
CORDOUE — LA VILLE — LA MOSQUÉE ~ LA CATHÉDRALE — LES MARTYRS — LES CORRIDAS DE TOROS
Cordoue est une ville déchue, mais où pourtant j'aimerais à vivre. Sans doute le bruit assourdissant de rindustrie moderne, l'agitation fébrile du commerce et des affaires qui animent nos cités populeuses sont la conséquence d'un progrès réel, un signe de richesse et de vie. Je n'en trouve pas moins attrayantes ces villes silencieuses, à demi endormies au milieu des monuments de leur grandeur passée; Tâme s'y recueille plus facilement; rien ne distrait dans la méditation des souvenirs de l'histoire, dans la contemplation des œuvres d'art. Nous l'éprouvions à Cordoue, au doux climat. Ses jours sont radieux et ses nuits sereines. Les Maures l'ont quittée d'hier.
Voilà bien ces rues étroites, mais pavées et propres; ces maisons blanches aux grillages verts, et, au centre des maisons bâties en carré, ces patios, entourés quelquefois de galeries à arcades. C'est là le salon, le parterre, le paradis terrestre, que ne valent point les
appartements les plus somptueux des palais du Nord. Les bananiers aux feuilles immenses, les orangers, les citronniers, les jasmins le remplissent de leurs suaves émanations, le décorent de leurs fleurs et de leurs fruits; ils y répandent une délicieuse fraîcheur, augmentée souvent par une fontaine à Tintarissable murmure. Un poète le remarque : Dieu n'a point placé nos premiers parents au fond d'un palais, et tous les peuples, comme la Genèse, ont mis le bonheur dans un jardin.
Au milieu des ardeurs de l'été, quand le touriste chemine péniblement à la recherche des vestiges romains et des ruines mauresques, son front brûlant reçoit au passage, vers le seuil de ces demeures enchanteresses, les effluves odorantes et froides des patios mystérieux. C'était pour nous une tentation d'y pénétrer afin d'en goûter la fraîcheur, au prix d'une violation de domicile.
Cordoue est un vaste musée où les Romains et les Goths, les Arabes et les Espagnols ont déposé tour à tour leurs tributs divers. Auguste l'avait appelée Colonia patricia. Quelques statues, des épitaphes, des inscriptions en l'honneur des empereurs et des consuls rappellent de nos jours ces âges lointains. Ces fortes murailles flanquées de tours rondes, carrées, octogones plus robustes encore, sont l'œuvre des Goths et des Sarrasins. Ce pont si pittoresque du Guadalquivir, défendu par la Carràhola, forteresse aux murs crénelés, remonte au temps des Romains, bien que le calife Abd-er-Rhaman III l'ait fait restaurer. Contre ses piles munies de puissants étriers, le Guadalquivir a beau