‹ L'Espagne: moeurs et paysages, histoire et monuments. Orne de seize gravuresChapitre 9 sur 159 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

des saints, des hommes illustres, celle d'un peuple entier qui s'échappent de vos pierres, des sépultures que vous abritez et des chefs-d'œuvre que vous conservez !

Mais, entre tous les noms célèbres que rappellent la ville de Burgos et sa cathédrale, il n'en est pas de plus populaire que celui du Cid Campeador. Nous sortions de la salle capitulaire, tout émus encore de la vue du fameux christ connu sous le nom de Christ de Bunjos, un chef-d'œuvre du Greco; on nous arrêta dans le vestibule, en face d'un vieux coffre vermoulu et tout brisé : « Voilà, dit avec respect notre guide, voilà le coffre du Cidy celui qui renfermait son trésor à la guerre. » Feu après, nous visitions le Solar del Cid^ ou la maison du grand capitaine, son tombeau à l'hôtel de ville, et d'autres lieux rempUs de sa mémoire.

J'avouerai pourtant que nulle part cette grave figure ne m'a plus imposé qu'au milieu des statues dont la belle porte Santa-Maria est admirablement décorée; porte digne de la cité qui fut, jusqu'à Charles -Quint (1516), le séjour des rois d'Espagne, et qui dispute à Tolède le titre de première ville de Castille. Une teinte dorée par le temps, la plus belle que j'aie jamais vue sur aucun monument, forme comme un fond de mosaïque byzantine aux statues des hauts personnages qui semblent s'être avancés jusque-là pour recevoir le voyageur étranger. C'est Ferdinand Gonzalve, premier comte souverain de Castille ; c'est Charles-Quint, accompagné d'une inscription par trop orgueilleuse, où il reçoit les titres d'empereur, romain, auguste, germanique, africain, gallique, à la façon des empereurs de l'antique Rome, qui avaient remporté (les victoires

en Germanie, en Afrique et dans les Gaules; c'est le Gid, enfin, debout, à la physionomie grave et homérique, et portant Tépée droite :

croo

MAURORUM PAVORI TERRORIQUE

Au Cid , la terreur et ï effroi des Maures.

Tandis que je copiais les inscriptions de cette porte et que mon ami William en crayonnait l'esquisse , les enfants, les femmes, les jeunes filles du peuple faisaient autour de nous un cercle fort étroit ; les visages curieux s'avançaient sur nos épaules et jusque sur notre papier. Naïveté d'un peuple qui garde encore sa simplicité antique ! indiscrétion qui nous faisait sourire !

William s'avisa de demander à un garçon déjà grand, vêtu de crasse , de lambeaux indescriptibles, d'un rayon de soleil et d'un scapulaire, quel était ce personnage, en indiquant du doigt la statue du Gid. Avait -il affaire à un de ces jeunes ciceroni en guenilles, qui, sans être membres d'aucune académie, débitent pourtant aux voyageurs de longues bribes de légendes et d'histoires? Je ne sais; mais celui-ci nous récita d'un air sérieux plusieurs faits et gestes du héros. Don Quichotte est une satire du peuple espagnol ; il en est la charge , la caricature; il représente cet esprit chevaleresque, exagéré, boursouflé par la haute opinion de soi-même, qui respire encore dans le patriotisme espagnol ; mais la légende du Gid est le type historique de la nation.

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