CHAPITRE IX
porte qui donne aux jouteurs ou toréadors accès dans la lice.
« Cette porte s'ouvre, comme si elle cédait aux cris, aux sifflets, aux trépignements de la multitude impatiente d'un retard de quelques minutes; les toreros ou jouteurs à pied défilent deux à deux dans l'arène, et vont saluer le président. C'est ici un prélude. En tête de la troupe, cuadrilla, marchent les deux espadas-, nommés aussi matadors, des mots espada , épée, et matar , tuer; car leur rôle est de tuer le taureau d'un seul coup d'épée. Ils paraissent; un tonnerre d'applaudissements ébranle l'amphithéâtre. Derrière eux viennent les agiles banderilleros, qui sont chargés de planter les dards de fer, ornés de banderoles de papier, dans le dos de l'animal furieux; puis les (halos , jeunes gens qui fournissent les javelots aux banderilleros, et qui agitent le voile rouge devant les yeux du taureau, pour l'attirer où ils veulent. Ensuite s'avancent à cheval les picador es , qui doivent combattre l'animal avec une longue pique terminée par un fer très-court. Les mules empanachées, conduites à la main derrière eux, traîneront hors de l'arène les cadavres des taureaux et des chevaux qui succomberont dans le combat. Les picadors sont coiffés d'un large sombrero blanc, vêtus d'une veste ronde richement galonnée, et leur pantalon de peau jaune est doublé d'une garniture de métal. Les banderilleros, à la taille bien prise, revêtent, comme les espadas, un brillant costume qui dessine toutes les formes du corps et qui ne gêne en rien les mouvements : c'est le
costume du majo ou de l'Andalou élégant. La soie et le velours, les broderies d'or et d'argent, les boutons étincelants, une coupe gracieuse , font de ce costume un des plus heureux qu'on puisse imaginer. Les capes de soie de diverses couleurs, destinées à distraire le taureau, sont enroulées pour le moment autour de la taille des combattants.
« Le président salué, le défilé se retire de l'arène, à l'exception des chulos, qui vont se placer contre la balustrade. Le président jette du haut de sa tribune la clef du toril, dont la porte va s'ouvrir et donner le signal du combat.
« Pour en suivre facilement les péripéties, il est bon de savoir que le combat se divise en trois actes : le premier, marqué par la lutte des picadors; le second, parcelle des banderilleros; le troisième, parle coup de mort que donne l'espada ou matador. Il ne peut jamais y avoir qu'un taureau dans l'arène; le toréador doit toujours le combattre seul à seul, en face et loyalement; les autres jouteurs ne viennent en aide à leur compagnon que pour distraire l'animal , en cas de péril extrême ; enfin , on ne peut frapper le taureau que derrière la tête, entre les deux épaules. Il ne faut donc pas s'imaginer qu'il s'agit d'une bataille livrée à tort et à travers. Tous les coups sont prévus et méthodiquement réglés comme dans l'escrime.
«Le premier acte, ai-je dit, est celui des picadors. La porte du toril s'ouvre. Un taureau s'élance en bondissant jusqu'au centre du cirque, où il s'arrête, ré-