‹ L'Espagne, orné de quatre gravures d'après M. Gustave DoréChapitre 106 sur 174 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

pondantpar des beuglements aux cris de lamultitude, et cherchant d'un œil hagard sur qui se précipiter. Il aperçoit un des toréadors contre la balustrade, court à lui , baisse la tête, et va le percer de sa corne longue et pointue. Mais le jeune homme, avec une agilité surprenante et pleine de grâce, saute de l'autre côté de l'enceinte , à l'instant même où la corne Teffleure. Une petite saillie , ménagée dans la hauteur de la balustrade, lui permet d'y poser la pointe du pied pour effectuer ce saut. Ce jeu se renouvelle plusieurs fois; le taureau, toujours déçu, lassé de planter sa corne dans les planches , hésite au milieu de l'arène. Alors les chulos viennent à lui, l'agacent en lui passant leurécharpe sur les naseaux, et ils s'esquivent par un rapide mouvement quand le monstre bondit sur eux. Les picadors entrent à cheval. Laissé à luimême, le taureau avise un de ces cavaliers, se précipite la tête basse, et, au moment où il croit soulever de ses cornes le ventre du cheval , il sent le fer du picador qui pénètre dans la nuque et le maintient dans cette position impuissante. Sa fureur augmente; il se jette sur un autre cheval ; le picador manque son coup; la corne du taureau pénètre dans le ventre du noble animal, qui tombe avec le cavalier. Le péril est grand. Mais les chulos accourent et attirent le taureau en agitant leurs écharpes, tandis qu'on relève le picador alourdi par sa doublure de plomb. Quelquefois il remonte en selle, sur le même cheval qui combat encore, les boyaux pendants, mais pour retomber de lui-même ou expirer bientôt à la suite d'une nou-

velle blessure. — Un signal annonce que la scène des picadors est terminée; celle des banderilleros va la suivre. Le taureau écume et mugit. Le sang coule épais et lent de sa blessure ; il forme une plaque rouge le long de ses flancs. Plus leste que les plus agiles danseurs, souriant comme au début d'une contredanse, le banderillero s'avance à dix pas, tenant de chaque main et de la façon la plus gracieuse , à la hauteur du visage, des flèches de fer, longues de chiquantes centimètres, armées d'un seul crochet à l'extrémité et décorées de banderoles. Il les a fixées toutes deux en même temps d'un seul coup ; cela s'appelle •parear, et c'est une des difficultés de l'art. Il sourit au monstre qui tient fixé sur lui un regard flamboyant. Horreur! ils s'élancent l'un sur l'autre. Mais, par un mystère que je ne puis expliquer, l'homme n'est pas atteint; en passant, ou plutôt dans son vol, il a fixé les dards aigus dans la peau de son adversaire, à l'endroit précis, marqué parles règles du jeu, c'est-à-dire de chaque côté de l'épine dorsale, vers l'encolure. Le taureau frissonne, bondit, pour se débarrasser des flèches qui lui battent les flancs; c'est en vain, il ne fait qu'augmenter la douleur; et bientôt un autre hardi banderillero lui plante de nouveaux dards non moins solides. Les applaudissements, les bravos de la foule répondent à tous les traits de courage et d'adresse. On distingue par instants comme une basse dans ce concert, le beuglement caverneux du monstre exaspéré et qu'on dirait près de mourir de rage.

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