‹ L'Espagne, orné de quatre gravures d'après M. Gustave DoréChapitre 11 sur 174 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

nattes , ornées de rubans et tombant sur les épaules. Les jeunes filles ont la tête nue; mais les femmes mariées portent sur la tête un mouchoir de batiste ou de mousseline noire , dont les pointes retombent par derrière. Elles chaussent les abarcas } ou sandales de cuir. Les hommes, en culotte de toile, en gilet rouge , en capote de drap, et coiffés du béret bleu ou rouge, ont, comme les femmes, un maintien remarquablement digne. Ce n'est pourtant pas que leur corps ne soit voué aux fatigues , qui donnent aux paysans de la plupart des provinces de France une allure si lourde et une physionomie si vulgaire; car les Alavais travaillent beaucoup et cultivent les pentes les plus rapides jusqu'au sommet de leurs montagnes. Je regarderais comme une des causes qui contribuent à l'entretien des qualités physiques que je signale le jeu de paume, le jeu de boule, les danses primitives, zorcieos, exécutées à pas vifs, quoique sans attitudes , au son du tambourin et de la ehirola, ou flûte à trois trous. Ces exercices, éminemment populaires, en harmonie avec la simplicité des mœurs, sont très -propres à maintenir la santé du corps et l'agilité de ses mouvements; d'où vient en France le proverbe : « Courir et sauter comme un Basque.»

Le voisinage de la Nouvelle -Castille répand déjà dans le peuple l'usage du castillan ; mais nous y avons entendu aussi l'idiome basque, cette langue étrange, sans analogie avec les dialectes modernes ni avec ceux de la Péninsule. Son originalité encore inexpliquée

constitue un mystère historique, et en rend l'étude très-difficile. Rien ne facilite, en effet, la connaissance des langues comme les ressemblances, les rapprochements, les points de comparaison, qui permettent d'aller du connu à l'inconnu, et de rattacher l'inconnu au connu : mais en vain sauriez-vous le grec, le latin, le français, l'allemand, l'anglais, l'espagnol , l'arabe , autrefois parlé en Espagne , et dont viennent tant de mots castillans; vous ne seriez pas moins complètement déroutés par le basque ou euskara, comme l'appellent les nationaux; par une langue dont les noms et les adjectifs n'ont qu'un genre; dont les nombreux articles varient, selon que le sujet est actif ou passif, et la phrase affirmative ou négative ; dont les verbes sont masculins ou féminins , et qui, rejetant l'article après le nom, interpose encore entre eux l'adjectif : Exemple : l'homme bon ; guizon-on-a ; homme-bon-le. Ajoutez à cela les racines des mots dont le type est aussi inconnu que la formation des phrases est compliquée. Si l'on observe quelques emprunts, ce sera peut-être dans les mots de religion, ainsi qu'il arrive, par exemple, pour le dialecte maltais, où l'arabe domine, mais auquel l'italien ou le latin ont fourni des termes de morale et de piété. Les Basques disent ainsi le premier verset du Te Deum : Iaungoicoà zu zaiiùgu, bihotz ozoz laudatzen. Ce dernier mot rappelle le laudamus du latin.

Après un déjeuner qui faisait honneur à l'hôtel des Postes, Parador de Postas , nous reprîmes le chemin

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