‹ L'Espagne, orné de quatre gravures d'après M. Gustave DoréChapitre 12 sur 174 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

de Burgos. En arrivant à Miranda de Ebro , la première ville de la Nouvelle -Castille, nous franchîmes l'Ebre, ce fleuve dont le cours est d'environ six cents kilomètres , et qui formerait entre l'Espagne et la France une belle frontière naturelle, à défaut des Pyrénées. Ce fut la limite de l'empire de Charlemagne au ixe siècle; et l'on rencontre en Espagne quelques bonnes gens qui supposent à l'ambition de la France des vues étendues jusque-là. Mais qu'on se rassure : les rives de l'Ebre ne sont pas celles du Rhin.

La Sierra de Ona et les gorges sauvages de Pancorbo, toutes retentissantes du bruit des torrents, abrégèrent les heures qui nous séparaient de Burgos, la capitale de la Yieille-Castille. Nous découvrons de loin les flèches de la gigantesque métropole , qui devait être l'objet de notre première visite.

Comme les églises du premier ordre , et qui sont la gloire de l'art chrétien, la cathédrale de Burgos est un vaste poëme qu'il faudrait étudier dans tous ses détails. Pris dans son ensemble , il fait éclater du moins la puissance du siècle de foi qui l'a vu naître, et il reflète la grandeur de l'Espagne aux deux plus belles époques de son histoire.

C'est au commencement du xme siècle que furent jetés les fondements de ce portail, qui élève ses deux clochers gothiques à cent mètres au-dessus du sol. Toutes ces flèches, tous ces cônes dentelés dont se hérisse le vaisseau colossal , sont comme un symbole de la vie sociale qui rayonna dans la Péninsule depuis

le temps où saint Ferdinand, roi de Léon et de Castille, battait les musulmans et les chassait de Séville, de Gordoue et de Cadix, jusqu'au temps de Charles- Quint et de Philippe II , où le soleil ne se couchait plus sur les terres de Castille. Ces clochers, ces tourelles, ces gerbes de grêles colonnettes, ces dentelles de la façade , cette rosace et ces deux fenêtres d'un style si pur, qui s'ouvrent au-dessus d'elle, ces statues et ces ornements sculptés , n'est-ce pas le réveil d'un grand peuple , l'ardente action de grâces qu'il offre au Ciel pour l'affranchissement du sol de la patrie et la conquête d'un monde?

Lorsque les galions chargés d'or sillonnent les mers pour apporter à Charles-Quint, à Philippe II, les riches tributs de leurs possessions lointaines, n'est-il pas juste que des strophes nouvelles s'ajoutent à ces hymnes de pierre ? L'architecture, la sculpture, la peinture, l'orfèvrerie ne seront- elles pas conviées à traduire la reconnaissance et tous les pieux sentiments de la catholique Espagne? Ainsi fut construite la porte de la Pellejeria, où les statues et les figurines se mêlent aux sculptures de fantaisie qui caractérisent la renaissance espagnole, et forment le genre d'ornement nommé plateresco par les artistes de la Péninsule ; ainsi s'éleva sur sa tour octogone le dôme hardi et somptueux auquel travailla Philippe de Bourgogne, et que Philippe II proclamait l'œuvre des anges plutôt que l'ouvrage de l'homme.

Grâce au vandalisme de la révolution française,

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